Conférence de Louvain : un bilan en demi-teinte pour les 10 ans du Processus de Bologne

La conférence interministérielle de Louvain se réunissant dans le cadre du Processus de Bologne s’est achevée le 29 Avril avec un bilan mitigé pour les étudiant.

Si l’objectif du Processus de Bologne lancé en 1999 était de créer en dix ans un espace européen d’enseignement supérieur harmonisé, force est de constater que le bilan de cette construction est mitigé, faute de moyens réels mis en oeuvre: mobilité peu accessible, difficile reconnaissance des diplômes d’un pays à l’autre, mise en œuvre disparate des outils d’harmonisation à travers l’Europe. Ses dernières années, le processus de Bologne avait, de plus, sous l’influence de la Commission européenne, pris une tournure encourageant la compétitivité économique de l’enseignement supérieur et la mise en concurrence des établissements, à l’opposé de l’égalité d’accès réclamée par les étudiants. Les recommendations issues de ce processus ont ainsi servi dans de nombreux pays à justifier des politiques de remise en cause des droits étudiants, augmentant ainsi la méfiance des étudiants envers celui-ci. 

La démocratisation de l’enseignement supérieur et l’investissement public érigés en principes directeurs

En fixant l’investissement public et la réussite du plus grand nombre comme priorité au lieu de la compétitivité économique mise en avant depuis quelques années, le communiqué de Louvain adopté à l’issue de la conférence et qui doit servir de feuille de route pour les années à venir marque un tournant pour les étudiants. Dans une période où de nombreux pays connaissent un  désengagement politique et financier de l’Etat dans l’enseignement supérieur, la reconnaissance de la nécessité d’un investissement public important ainsi que de la nécessité de faire accéder le plus grand nombre de jeunes au diplôme constituent de véritables victoires face à ceux qui voient l’enseignement supérieur sous le seul prisme de la rentabilité économique.

Mobilité : enfin un objectif chiffré !

Face au constat accablant d’un pourcentage très faible d’étudiants accédant à la mobilité internationale, un objectif chiffré a pour la première fois été intégré au communiqué afin de forcer les Etats à mettre en œuvre les politiques nécessaires pour l’atteindre: 20% des étudiants européens diplômés en 2020 devront avoir effectué au moins un semestre à l’étranger.

Un bilan néanmoins loin d’être parfait…

Le principal point noir de ce communiqué est le fait qu’il encourage la mise en œuvre d’un classement européen des universités qui s’inscrit dans la logique de mise en concurrence des établissements portée par la Commission européenne, à l’origine de la proposition. Le soutien manifesté par la France à cette proposition est particulièrement à condamner, notamment dans un contexte où les étudiants et les enseignants se mobilisent en France depuis plusieurs mois contre la mise en concurrence des universités. De plus, encore une fois, les mesures concrètes manquent pour réaliser les priorités fixées par les ministres. Il reviendra par conséquent aux étudiants, dans chaque pays, de mettre les Etats face aux engagements qu’ils ont pris lors de la Conférence de Louvain en terme de mobilité ainsi que d’augmentation de l’accès et de la réussite des étudiants dans l’enseignement supérieur afin d’obtenir la mise en œuvre de mesures concrètes.