DOSSIER • Réussite en Licence : 3 ans après, un bilan très mitigé !

Plan réussite en Licence : histoire d’un fiasco annoncé

En juin 2007, les élus « UNEF et associations étudiantes » obtiennent de Valérie Pécresse la mise en place du chantier « réussite en licence » qui débouche en décembre 2007 sur l’annonce du « Plan Réussite en Licence » destiné à s’appliquer à la rentrée 2008.

Le Plan Réussite en Licence (PRL) avait pour objectif de permettre à 50% d’une génération d’accéder au niveau Licence. Plusieurs chantiers ont donc été annoncés : l’augmentation des volumes horaires d’enseignement (+ 5 heures hebdomadaires), le développement de la pluridisciplinarité pour éviter les spécialisations précoces et faciliter les réorientations, l’instauration de 2 heures de langues et d’une heure d’informatique hebdomadaire pour tous les étudiants, la limitation des cours en amphithéâtres au bénéfice de cours en petits groupes, ou la mise en place d’enseignants référents.

Trois ans après son lancement, les élus « UNEF et associations étudiantes » produisent un bilan détaillé du plan réussite en Licence. Ce bilan vient confirmer les craintes exprimées quelques années plus tôt. Si les objectifs affichés du plan réussite en Licence sont satisfaisants, faute de moyens humains et financiers il n’y a pas eu d’amélioration de l’encadrement. Faute d’un pilotage sérieux, les disparités dans la mise en place du PRL sont très importantes entre les universités et entre les filières. Enfin on note qu’une partie des crédits sont souvent sous-utilisés ou sont dévoyés de leurs objectifs.

L’IGAENR confirme le diagnostique des élus « UNEF et associations étudiantes »

Quelques mois après la parution de ce bilan, Valérie Pécresse commande une note d’étape sur la mise en place du plan réussite en licence à l’IGAENR (inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la Recherche). Cette note s’appuie sur l’inspection de 11 universités et a été remise à la ministre en juillet 2010.
Il aura fallu de nombreuses demandes des élus « UNEF et associations étudiantes » pour que le document soit enfin rendu public. Et pour cause, les conclusions de l’inspection générale sont sans appel: la « mise en place au sein des universités [du PRL] a majoritairement fait l’objet d’un cadrage stratégique aléatoire[…]. D’où une application inégale entre universités et au sein même des universités ». En conséquence les inspecteurs notent que le PRL « laisse entière, à ce stade, l’interrogation sur son efficacité. ».

Pas d’augmentation des volumes horaires.

La question des volumes horaires était l’un des enjeu central du Plan Réussite en Licence. Celui-ci se fixait comme objectif d’augmenter de 5 heures hebdomadaires les volumes horaires de la licence. En effet, les étudiants de sciences humaines n’ont en moyenne que 15h de cours par semaine, quand ceux de sciences bénéficient de 25h hebdomadaires, et ceux de classes préparatoires de près de 35h.

Pour les inspecteurs de l’IGAENR, « l’évaluation permet d’affirmer sans risque d’erreur que l’objectif d’offrir cinq heures hebdomadaires d’enseignement supplémentaires à chaque étudiant de L1 n’a pas été atteint ». Pire, les inspecteurs estiment qu’il est peu probable que les nouvelles maquettes de diplômes y changent quelque chose.
Les promesses budgétaires ne sont pas au rendez-vous.

Le Projet de Loi de Financement 2010-2011 leur donne malheureusement raison : Le Plan Licence prévoyait un effort cumulé sur cinq ans de 730 millions d’euros (entre 2008 et 2012) pour atteindre un budget de 712 millions d’euros pour la Licence en 2012. Or, si dans le budget 2011, le budget du Plan Réussite en Licence est en augmentation de 40 millions d’euros, le budget global de fonctionnement des formations de Licence est lui en baisse de 109 millions !

En plus de n’avoir créé aucun poste pour permettre la mise-en-œuvre de ce plan et mettre fin au sous-encadrement chronique des premiers cycles, la ministre fait cette année le choix d’aggraver les conditions d’étude en licence ! Ce choix constitue un tournant majeur dans la politique universitaire du gouvernement qui ne peut nier avoir placé le budget de l’enseignement supérieur sous le signe de la rigueur.

L’absence de recrutements ne permet pas de remplir les objectifs du Plan Réussite en Licence

Les inspecteurs de l’IGAENR, ont rapporté que plusieurs universités avaient exprimé leurs difficultés à mettre en place le plan « Réussite en Licence » sans recrutement supplémentaire de personnels administratifs et enseignants. L’absence de recrutement est expliquée par le ministère par le fait qu’aucune université n’en aurait fait la demande explicite.
50% des crédits du PRL ne sont pas utilisés.

Aujourd’hui les universités sont dans l’incapacité de reconnaitre ce qui, dans leur budget, relève des crédits du Plan Réussite en Licence. Selon les universités seuls 28 à 30% du PRL sont effectivement affectés à la réussite.

Là encore, la note de l’IGAENR donne donc raison au bilan des élus « UNEF et associations étudiantes » : l’absence d’un financement pérenne et conséquent des universités conduit à ce que les crédits du Plan Réussite en Licence servent pour parti de rustines au budget des universités.

Des disparités fortes liées à une absence de pilotage

L’ensemble du rapport de l’IGAENR revient à de multiples reprises sur la question du pilotage. En effet personne n’est en capacité d’évaluer de manière précise, avec des indicateurs valables et communs à l’ensemble des universités, la mise en place du Pan Réussite en Licence (volumes horaires, utilisation des crédits, enseignement-référent etc).

Il est de la responsabilité de la ministre d’avoir fait reposer l’application du Plan réussite en licence sur le seul bon vouloir des université. Seul un réel pilotage national du PRL permettra d’en atteindre les objectifs.

Les élus « UNEF et associations étudiantes » exigent des réponses

Les élus « UNEF et associations étudiantes » exigent de la ministre qu’elle respecte ses engagements. Pour cela il est indispensable de revoir le budget de l’enseignement supérieur 2011 qui accorde une place plus faible que l’année dernière aux premiers cycles.

De plus un pilotage national des crédits du plan réussite en licence sera seul à même d’éviter une application trop inégale sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’un cadrage national pour la mise en place du PRL.

Enfin, les élus « UNEF et associations étudiantes » exigent la mise en place d’un plan pluriannuel de recrutement sans lequel la réussite des étudiants ne sera pas possible. Atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge à la licence demande de rentrer dans une nouvelle étape du PRL et de tirer les leçons du passé.

Yannick Sabau,
Élu au CA de l’université de Cergy

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