Décrochage universitaire : les constats se suivent, les solutions se font attendre

La ministre de l’enseignement supérieur s’est vu remettre hier un rapport sur le décrochage universitaire par le sénateur UMP Christian Demuynck. Le problème de l’échec à l’université n’est pourtant pas nouveau et les causes sont connues depuis longtemps. Alors que près d’un étudiant sur deux échoue en première année et que chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification, l’heure n’est plus à la prise de conscience mais à l’action.

Le manque d’encadrement en premier cycle et l’absence de réglementation contraignante : premières causes de l’échec à l’université

Alors qu’ils accueillent 60% des étudiants de l’université, les premiers cycles sont les parents pauvres de l’université. La faiblesse des moyens alloués aux formations de licence se traduit par des taux d’encadrement largement en-deçà des standards internationaux et place la France au dernier rang des pays de l’OCDE (5 enseignants pour 100 étudiants). En laissant les étudiants livrés à eux même, le système universitaire fait aujourd’hui de l’origine sociale l’un des principaux vecteurs de réussite. Alors que les enfants d’ouvriers représentent près de 12% des effectifs en licence, ils ne représentent plus que 6% des effectifs de master.

L’absence d’une règlementation contraignante en matière d’intitulés de formation, de volumes horaires, de contenus disciplinaires et de règles d’examens renforce les inégalités de réussite d’un établissement à l’autre. Les examens couperets en fin de semestre, l’absence de prise en compte de la progression sur l’année, la présence de notes éliminatoires ou la suppression des sessions de rattrapage, constituent des outils de sélection par l’échec trop souvent utilisés par les universités.

Après des années d’immobilisme, les réponses tardent toujours à venir

Alors que la lutte contre l’échec à l’université est une priorité reconnue par l’ensemble de la communauté universitaire, la succession de déclarations, de rapports et de nouvelles commissions masque mal le manque de volontarisme de la ministre en matière de lutte contre l’échec. L’UNEF déplore que ce chantier n’ait toujours pas été pris au sérieux par la ministre de l’enseignement supérieur. Faute de moyens et de cadrage contraignant, le plan licence lancé en 2008 n’a permis que des évolutions à la marge. De plus, les pistes récemment évoquées par Valérie Pécresse, et largement reprises par le rapport du sénateur Demuynck, notamment en matière d’orientation, contournent le problème du sous encadrement et des dispositifs pédagogiques nécessaires à la réussite de chacun.

En ne répondant pas aux attentes exprimées par les étudiants, la ministre prend le risque de répéter les mêmes erreurs que par le passé. L’UNEF exige qu’à la communication succèdent désormais les réponses attendues par les 900 000 étudiants de licence :

– Un plan pluriannuel de recrutement d’enseignants et de personnels à hauteur de 2500 postes par an pendant 5 ans.

– Un cadrage national des intitulés de formations pour redonner de la lisibilité et de la cohérence.

– La mise en place d’une spécialisation progressive tout au long du cursus de licence.

– Un seuil minimum horaire pour l’ensemble des licences à hauteur de 600 h/an

– Un cadrage national des modalités de contrôle de connaissance pour harmoniser par le haut les règles d’examens et mettre fin à l’évaluation anti pédagogique.

C’est seulement à l’aune de ces différents éléments que les étudiants jugeront de l’action de la ministre en faveur de la réussite en premier cycle