Diversité dans les grandes écoles : encore beaucoup de chemin à parcourir

Depuis que la ministre a fixé comme objectif d’atteindre 30% de boursiers dans les grandes écoles, les propositions et déclarations de bonnes intentions abondent, mais sans jamais vraiment convaincre. La logique de quotas et de discrimination positive, pratiquée par exemple à l’IEP de Paris et un temps défendue par Valérie Pécresse, n’est qu’un cache misère pour extirper quelques étudiants de milieux populaires de leurs établissements. Ce système ne règle aucunement les injustices scolaires vécues par la majorité de leurs camarades et risque de créer un phénomène de ségrégation au sein des établissements (le sociologue Stéphane Beaud parle de « démocratisation ségrégative»). Dans son livre blanc remis au mois de décembre à la ministre, la CGE préfère concentrer ses propositions sur l’orientation pour  permettre à chacun d’ « oser la préparation aux grandes écoles » et sur l’accompagnement personnalisé et matériel pour combler le retard à la sortie du bac. Ces solutions qui prétendent mettre chaque étudiant sur un pied d’égalité pour n’en sélectionner que les compétences ne font pourtant que repousser le problème  en sélectionnant en amont des concours des étudiants éligibles à ces aides.

Si le débat a le mérite de pointer du doigt le problème de la sélection sociale dans les établissements privilégiés de l’enseignement supérieur, la difficulté pour remettre à plat le système des prépas et des grandes écoles face aux discriminations interroge. Pire, la volonté de faire parvenir  les étudiants d’origine modeste à la pointe de l’enseignement supérieur tout en conservant un système par nature inégalitaire (puisqu’il  concentre des moyens financiers et humains sur des étudiants sélectionnés : près de 14000 euros pour un étudiant en prépa contre 9000 pour un étudiant à l’université) fait régner un véritable malaise.

En effet, les grandes écoles n’ont de raison d’être qu’en sélectionnant des étudiants qui ont un niveau supérieur à celui exigé à l’université, c’est-à-dire un niveau au-delà de ce que l’on peut attendre d’un étudiant qui a pourtant parcouru un cursus scolaire normal : faire réussir quelques étudiants d’exception n’y changera rien.

Le réel problème des grandes écoles est donc l’établissement d’une rupture brutale avec la majorité des étudiants.  C’est  un débat sur la légitimité d’un système qui n’offre des conditions d’études et d’insertion professionnelle optimales qu’à une minorité d’élus, quelque soient les critères de sélection, qui doit être ouvert et permettre un rapprochement des conditions d’études à l’université et dans les classes préparatoires. D’ici là, la démocratisation  des prépas et des grandes écoles doit passer par une plus grande ouverture des voies d’accès tant en nombre d’étudiants admis qu’en nombre de voies d’intégration. Si certaines propositions avancées par la CGE permettent certaines avancées comme la « diversification des voies d’accès aux grandes écoles », elles restent farouchement opposées à l’idée d’ouvrir leurs enceintes à un plus grand nombre d’étudiants. Pourtant, ce n’est qu’en brisant le mythe de l’élite éducative que l’enseignement supérieur pourra prétendre garantir à chacun l’égalité du droit à être formé, quelque soit son origine sociale.

Yannick SABAU
élu au CNESER

 

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