Nos propositions pour rénover la licence
Le 17 décembre 2010, Valérie Pécresse a annoncé le lancement d’une deuxième étape du plan réussite en Licence qui devrait donner un second souffle au plan licence. En effet, les rapports et bilans se succèdent et tous remettent en cause l’efficacité du plan licence. Le taux d’échec n’a pas diminué : un étudiant sur deux échoue toujours en première année.
Il est urgent que des mesures soient prises en faveur de la réussite des étudiants en premier cycle.
Le plan réussite en licence : des bonnes intentions sans moyens
L’objectif phare du plan licence était l’augmentation du nombre d’heures d’enseignement pour augmenter l’encadrement des étudiants de 1er cycle. Cela représentait un changement de cap pour un gouvernement qui, jusque-là, refusait de reconnaitre la responsabilité du système universitaire dans l’échec massif des premiers cycles. Mais ce plan licence n’a bénéficié ni d’un cadre contraignant, ni de moyens humains et financiers suffisants.
Aujourd’hui, seuls 32% des établissements ont augmenté les volumes horaires de leurs formations, seuls 28% des universités ont réduit le nombre d’heures de cours en amphis, aucun recrutement d’enseignants-chercheurs n’a eu lieu… De plus, certaines universités ont utilisé les crédits alloués à ce plan pour mettre en place de parcours différenciés. Ces parcours consistent à sélectionner, sur la base de la mention au bac, des étudiants qui bénéficieront d’un nombre de cours plus élevé et d’un encadrement plus important. Ce sont des dispositifs élitistes bénéficiant à quelques dizaines d’étudiants.
On est bien loin des ambitions du plan licence.
2ème étape du plan licence, la reconnaissance des échecs
Dès décembre 2008, les élus « UNEF et associations étudiantes » démontrent à travers un premier bilan chiffré du Plan Licence, que celui-ci avait été appliqué de manière inégale d’une université à l’autre. Quelques mois plus tard l’IGAENR publiait un rapport tirant les mêmes enseignements. Forts de cette analyse et désireux de ne pas relâcher la pression, les élus « UNEF et associations étudiantes » ont sorti en février 2010, un classement des règles d’évaluation illégales.
La ministre de l’enseignement supérieur s’est vue contrainte de rouvrir le dossier de la licence et la 2ème étape du plan Licence fût annoncée. Elle se fixe pour objectif de faire de la Licence « un diplôme préparant à l’emploi et à la poursuite d’étude » et s’axe autour de 3 chantiers : tout d’abord, « la rénovation de la formation », ensuite « l’élaboration de référentiels de formation » pour rendre lisibles les compétences d’un diplômé et enfin « le décloisonnement des quatre filières post-baccalauréat » grâce à des passerelles entre les formations licence, diplômes universitaires de technologie, classes préparatoires aux grandes écoles, brevet de technicien supérieur.
Les priorités des élus « UNEF et associations étudiantes
Les élus « UNEF et associations étudiantes » attendent de la 2eme étape du plan licence des mesures ambitieuses pour la réussite des étudiants. La réouverture de l’arrêté licence doit permettre la mise en place de dispositifs contraignants pour les universités. Cela passe par la mise en place d’un cadrage national contraignant en matière d’évaluations des étudiants, d’offre de formations proposées et d’intitulés de diplômes. Cela passe également par un meilleur encadrement pour une réelle pédagogie universitaire; et enfin, par l’acquisition d’outils pour préparer à une insertion professionnelle réussie.
I/ Un cadrage national qui garantie l’égalité
La suppression du cadrage national des diplômes en 2003 avec la réforme LMD (Licence, Master, Doctorat), a donné une grande liberté aux universités pour fixer leurs règles d’évaluation des étudiants, les intitulés de leurs diplômes ainsi que leur offre de formation. Les disparités entre universités sont donc très importantes.
A/ Le cadrage des règles d’examen
À l’échelle nationale, les modalités d’examens sont illisibles, injustes et totalement inégales d’une université à l’autre. Illisibles car chaque université, et souvent chaque UFR, établit ses propres modalités d’examens. Injuste car, à l’image des notes éliminatoires, les règles d’examens sont trop souvent un outil de sélection par l’échec qui génèrent des situations d’échec artificiel. Inégale, car en fonction de l’université ou de l’UFR où se trouve un étudiant celui-ci n’aura pas les mêmes chances de valider son année.
Pour les élus « UNEF et associations étudiants », les modalités d’examens doivent être un outil au service de l’évaluation et de la progression de l’étudiant. Pour répondre à cet impératif, nous exigeons l’inscription dans l’arrêté Licence de :
• L’interdiction des notes éliminatoires ou « notes planchers » : s’il obtient une seule note en dessous de la « note plancher », un étudiant peut avoir une moyenne générale de 14/20, il ne pourra pas valider son semestre. Ces notes ne permettent pas de prendre en compte le niveau global d’un étudiant et sa progression.
• La compensation annuelle des notes : avec celle-ci, lorsqu’un étudiant obtient 8/20 de moyenne au premier semestre et 12/20 au deuxième il valide son année. La notion même de diplôme recouvre l’acquisition d’un ensemble de connaissances et de savoir-faire donnant accès à une qualification pour l’étudiant.
Les modes d’évaluation doivent donc répondre à ces mêmes principes et donc prendre en compte le niveau général de l’étudiant et sa progression sur l’année universitaire.
• L’obligation d’une seconde session d’examen : certaines universités prennent pour prétexte la mise en place du contrôle continu pour supprimer la seconde session d’examen.
Elle permet pourtant aux étudiants de progresser en leur donnant une seconde chance.
• Des garanties pour les étudiants salariés : la mise en place du contrôle continu doit obligatoirement être associée à des mesures spécifiques pour qu’ils ne soient pas pénalisés (dispense d’assiduité garantie, aménagement des dates d’examens, etc.)
B/ Le cadrage des contenus et intitulés des diplômes
Chaque université décide également de son offre de formation. En plus de rendre très difficile la mobilité, cette réglementation a eu pour effet de nuire considérablement à la lisibilité des diplômes pour l’étudiant, mais aussi pour les professionnels.La restauration d’un cadrage national des diplômes est la condition sine qua non de l’instauration d’une Licence pluridisciplinaire et de qualité dans toutes les universités.
Pour permettre de transformer en profondeur le diplôme de Licence et améliorer sa lisibilité, ce cadrage national doit s’effectuer selon les conditions suivantes :
1. Instaurer des Licences pluridisciplinaires permettant l’acquisition d’un socle solide de connaissances diversifiées et une spécialisation progressive passe par l’organisation des diplômes par grands domaines de formation.
2. Afin d’améliorer la lisibilité de l’offre de formation pour les étudiants comme pour les employeurs, une liste des intitulés de mentions doit être mise en place.
II/ Des méthodes pédagogiques au service de la réussite
Les modes de transmission du savoir n’ont pas évolué depuis les années 60. Or, il laisse peu de place à la pédagogie. Les cours magistraux ne permettent pas un suivi individualisé de l’étudiant, pourtant ils constituent la majeure partie de l’enseignement. Les enseignants-chercheurs ne sont quasiment pas former à l’enseignement et celui-ci n’est pas pris en compte dans leur évolution de carrière.
Les élus « UNEF et associations étudiantes » font leurs propositions pour révolutionner la pédagogie à l’université:
• L’individualisation de la pédagogie : l’étudiant doit être accompagné tout au long de son cursus, notamment pour que les situations d’échec soient identifiées au plus tôt.
• La suppression des cours en amphithéâtre en première année : l’écrasante majorité des enseignements en 1er année de Licence doit avoir lieu en TD pour permettre un réel suivi de l’étudiant.
• La formation des enseignants chercheurs : les enseignants du supérieur n’ont ni formation à la pédagogie, ni valorisation de leur engagement dans leurs enseignements dans leur carrière. L’ensemble des enseignants-chercheurs doivent disposer d’une formation initiale et continue à la pédagogie. L’encadrement pédagogique des enseignants chercheurs doit être évalué et avoir une incidence sur l’avancement de leur carrière.
• L’encadrement des étudiants : les élus « UNEF et associations étudiantes » exigent un plan de recrutement pluriannuel de personnels enseignants et administratifs (2000 enseignants chercheurs et de 2000 personnels IATOSS par an pendant 5 ans) pour résorber le sous encadrement.
III/ des outils pour une insertion professionnelle réussi
Afin que tous les étudiants puissent disposer des outils pour préparer leur insertion professionnelle, toutes les formations de la Licence doivent intégrer :
• Des outils d’apprentissage du monde professionnel : travail en groupe, mise en situation, enquête de terrain, etc.
• Des modules de préparation à l’insertion professionnelle : rédaction de CV, apprentissage du droit du travail, etc.
• Un encadrement des stages : les Bureaux d’Aide à l’Insertion Professionnelle doivent centraliser les offres de stages. Le stage doit faire l’objet d’une validation pédagogique par l’équipe enseignante.
Le stagiaire doit être accompagné par un tuteur dans l’entreprise et le stage doit faire l’objet d’une évaluation.
Dossier réalisé par Yannick Sabau,
Élu CNESER






















































































































