Nouvelle enquête de l’OVE : l’université en mal de démocratisation

Les étudiants toujours salariés…

L’enquête 2010 menée par l’Observatoire de la Vie Etudiante met en avant le fait que la moitié des étudiants sont contraints de se salarier pour financer leurs études, en parallèle de leur formation. En comptant les « jobs de vacances », ce chiffre s’élève à 73%. Et seulement 32% d’entre eux indiquent que leur emploi est lié aux études qu’ils poursuivent. Le salariat étudiant est donc essentiellement alimentaire. Ils ne conjuguent pas un travail et une formation par intérêt mais bien pour répondre à des besoins élémentaires : payer son loyer, se nourrir, se vêtir et payer les transports. En résumé, le salariat étudiant est toujours la conséquence des mêmes effets, ceux d’une précarité grandissante.

… Et toujours plus précaires !

La première dépense des jeunes en formation concerne leur logement, avec des loyers qui, selon l’enquête, peuvent s’élever jusqu’à 709 euros en moyenne à Paris. Alors que le nombre de boursiers a augmenté, notamment grâce à la mise en place de l’échelon 0, moins de 10% des étudiants vivent en résidence universitaires du CROUS,  pourtant seul opérateur à pratiquer des tarifs sociaux.

La démocratisation en panne, l’ascenseur social bloqué

L’enseignement principal de cette enquête concerne les conséquences du salariat étudiant et de la précarité sur les conditions d’études. Comme le rapport PISA en faisait déjà la démonstration, la reproduction sociale reste de mise à l’université. Les enfants de cadres sont surreprésentés dans l’enseignement supérieur, et notamment dans les filières réputées. Autant de filières qui ne permettent pas de concilier salariat et réussite. A l’inverse, les enfants d’ouvriers et d’employés sont sous-représentés dans l’ensemble des formations universitaires. Et, une fois à l’université, plus d’un tiers des étudiants renoncent à un séjour à l’étranger faute de moyens. La précarité étudiante est donc un motif de renoncement, d’abandon, mais aussi un obstacle qui empêche les jeunes d’étudier dans la filière de leur choix.

Quelles solutions pour sortir les étudiants de la précarité ?

Si la mise en place d’un 10ème mois de bourse doit permettre aux étudiants boursiers d’être soulagés au mois de septembre, les carences du système d’aides sociales directes continuent de peser lourdement sur les conditions d’étude de chacun. Il est donc urgent que des mesures soient prises : l’augmentation du nombre et du montant des bourses, la construction de logements sociaux, l’exonération de la taxe d’habitation ou encore le plafonnement des loyers

Mais au-delà de l’urgence, l’enquête de l’OVE fait la preuve  que le salariat étudiant n’est pas un choix, mais une activité subie et que la précarité étudiante est un moteur de la reproduction des inégalités dans l’enseignement supérieur. Mais surtout que si l’on souhaite changer les choses, il est indispensable que des choix politiques forts soient faits par le gouvernement, sans quoi l’ascenseur social restera bloqué encore de nombreuses années.

La mise à plat du système actuel pour ne plus avoir qu’une seule aide universelle est une nécessité absolue. En prenant en compte les revenus des parents, beaucoup d’étudiants sont exclus du système d’aide, lui-même insuffisant, et connaissent « l’effet de seuil ». D’autre part, chaque jeune en formation doit pouvoir faire les études de son choix, habiter hors du domicile parental et avoir accès à l’autonomie.

Jean-Arnaud Munch,
élu au CNOUS

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