13. Droit à la réussite

L’UNEF propose

Garantir à tous un droit à la réussite par des conditions d’étude adéquates est une question de justice sociale. Au sein d’un système où les étudiants sont livrés à eux-mêmes et où chacun doit se débrouiller par ses propres moyens, la possibilité de réussir repose aujourd’hui beaucoup sur les acquis des étudiants et leur origine sociale et familiale. Garantir l’égalité dans le service public d’enseignement supérieur et assurer sa démocratisation passe donc par assurer à tous un droit à la réussite et par conséquent la possibilité pour tous, quelque soit son origine sociale, d’aller jusqu’au plus haut niveau de qualification souhaité. A l’heure où la France enregistre un retard considérable en proportion de la population diplômée de l’enseignement supérieure, il est nécessaire de réformer le système universitaire pour qu’il garantisse la réussite de tous. L’élévation du niveau économique, social et culturel de l’ensemble de la société est à ce prix. 

Pour cela l’UNEF appelle de ses vœux une véritable révolution pédagogique à l’Université permettant de remettre l’étudiant et l’objectif de sa réussite au cœur du système universitaire en: 

• garantissant à tous l’encadrement pédagogique nécessaire pour réussir, en volume horaire comme en nombre d’étudiants par cours

• garantissant un véritable suivi pédagogique et administratif individualisé des étudiants

• garantissant des dispositifs spécifiques pour aider les étudiants les plus en difficulté.   

Ce qui existe aujourd’hui

Le système universitaire actuel et la manière dont sont organisés les enseignements font reposer plus que tout autre système l’apprentissage sur une autonomie très importante des étudiants. Ceux-ci sont donc en grande partie livrés à eux-mêmes pour assimiler les enseignements et les approfondir mais aussi pour se préparer aux examens : 

• le volume horaire hebdomadaire est la plupart du temps bien en-deça de ce qui existe dans les autres établissements de l’enseignement supérieur (CPGE, écoles, IUT, BTS…). Celui-ci est en effet défini librement par chaque université et diffère souvent d’une filière à l’autre, creusant ainsi les inégalités entre les étudiants des différentes filières qui ne bénéficient pas tous des mêmes conditions d’encadrement

• une part importante des enseignements est dispensée en amphi. Aucune règle n’oblige les universités à organiser un certain pourcentage des cours en petits groupes, ce qui, par manque de moyens, est souvent délaissé par les établissements. C’est d’ailleurs en progressant dans les années universitaires que la proportion d’amphis diminue alors que c’est dans les premières années universitaires (notamment en première année) que les étudiants ont le plus besoin de cours de méthodologie et de pouvoir bénéficier de cours en petits groupes avec des enseignants disposés à répondre à leurs difficultés. 

• Université rime aussi souvent avec cours surchargés : qu’il s’agisse des amphis ou des TD, les effectifs par cours ne permettent pas d’assurer à tous de bonnes conditions d’étude et surtout un suivi de qualité de la part des enseignants. 

• La réussite à l’université repose également plus que nulle part ailleurs sur la capacité de l’étudiant à organiser lui-même son travail : assimiler le cours, l’approfondir par des lectures, s’entraîner aux méthodes de travail…une telle autonomie peut sembler attrayante mais elle laisse en réalité l’étudiant l’étudiant seul devant la réussite et face à ses difficultés au lieu que ce soit le système qui organise les différentes étapes de sa progression. 

Le Plan Licence : un premier pas très insuffisant

Pour répondre à la situation d’échec massif en premier cycle universitaire, le Plan « Réussir en Licence » lancé en 2008 avait pour objectif d’améliorer l’organisation des enseignements à l’université pour augmenter le taux de réussite. Reconnaissant pour la première fois la responsabilité du système universitaire dans l’échec massif des étudiants, ce plan devait permettre en partie de combler les défaillances de l’université sur ce point notamment en : 

• garantissant une augmentation du volume horaire de 5h par semaine

• permettant la mise en place d’enseignants-référents dans toutes les filières

• assurant la limitation du nombre de cours en amphithéâtres.  

Le Plan « Réussir en Licence » ne s’est cependant matérialisé que par une feuille de route indicative donnée aux universités et une enveloppe budgétaire supplémentaire accordée à ce titre. Aucune contrainte réglementaire n’est venue obliger les établissements à mettre en œuvre cette feuille de route et rien ne les obligeait non plus à utiliser les crédits accordés au titre du plan « Réussir en Licence » exclusivement pour mettre en œuvre ces mesures. 

Le bilan de ce plan est donc malheureusement à la hauteur des contraintes juridiques et financières imposées aux établissements. Très peu en ont mis en œuvre les mesures essentielles : 

• plus de 70% des universités ont mis en place un tutorat pour les étudiants en difficulté et des enseignants-référents. 

• 32% ont augmenté le volume horaire des formations

• 28% ont augmenté la part des cours en petits groupes

Des dispositifs d’exclusion des plus fragiles de plus en plus utilisés

En l’absence de cadre réglementaire nationale et de moyens humains et financiers suffisants, la détection des étudiants en difficultés et la mise en place d’un suivi pédagogique individualisé et adapté se sont accompagnées dans beaucoup d’universités de dispositifs dangereux et contraires aux objectifs du plan Licence. Ainsi la mise en œuvre du « contrat pédagogique » et de parcours diversifiés pour les étudiants en échec a été parfois utilisée pour rendre les étudiants responsables de l’échec ou pour mettre à l’écart les étudiants en difficulté, plutôt que de leur donner les moyens de réussir dans le cadre commun : 

• 30% des universités ont mis en place des « contrats pédagogiques »  destinés à responsabiliser l’étudiant en échec en fixant ses droits et devoirs. Cette mesure, plus idéologique qu’efficace, instille l’idée, pourtant contraire à la philosophie du Plan « Réussir en Licence », que l’échec des étudiants serait finalement de leur responsabilité. 

• Certaines universités ont préféré mettre en place des parcours « hors cursus licence » pour les étudiants en échec plutôt que de leur donner les moyens de rattraper un retard et de suivre le cursus commun 

Les moyens pour y parvenir

Afin de faire enfin reculer l’échec en Licence et assurer à tous les moyens de réussir au sein des cursus universitaires de droit commun et ainsi assurer une véritable démocratisation de l’enseignement supérieur, ce sont des mesures contraignantes juridiquement qui doivent être prises et des moyens humains et financiers suffisants qui doivent être investis. 

Garantir un taux d’encadrement suffisant pour la réussite de tous

La réussite de tous nécessite d’améliorer largement le taux d’encadrement des étudiants à l’université, aujourd’hui un des plus bas des pays développés. Cela doit permettre d’augmenter le volume horaire mais également de multiplier les cours en petits groupes à la place des cours en amphithéâtres pour assurer aux étudiants un suivi pédagogique efficace et individualisé. Afin de remettre la priorité sur les premiers cycles universitaires et d’y garantir pour tous les étudiants un droit à la réussite, il faut : 

• mettre en œuvre un plan de recrutement de personnel enseignant et administratif pour que les établissements disposent de moyens humains suffisants.

• renforcer la législation régissant l’organisation du diplôme de Licence pour y inscrire un volume horaire minimum à respecter et une répartition équilibrée des enseignements entre TD et TP. L’arrêté Licence régissant l’organisation des diplômes de Licence doit contenir : l’obligation d’un minimum de 25h de cours par semaine dans toutes les Licences ainsi que la limitation de la proportion de cours en amphithéâtres et leur interdiction en première année

• réinstaurer un fléchage national des budgets des universités pour garantir que les établissements donnent véritablement la priorité budgétaire aux premiers cycles

Développer un renforcement pédagogique spécifique pour les étudiants en difficulté

Afin de permettre aux étudiants les plus en difficulté ou en situation d’échec de rattraper leur retard et de pouvoir réussir au sein des parcours de Licence, des moyens supplémentaires doivent être développés pour renforcer le suivi pédagogique de ces étudiants par : 

• Des cours de méthodologie supplémentaires

• Des cours supplémentaires dans les matières où l’étudiant est en échec 

• Un suivi pédagogique individualisé et régulier

Placer la pédagogie au cœur du système universitaire

Afin d’en finir avec un système universitaire qui laisse chaque étudiant seul face à ses difficultés d’apprentissage et entretient des méthodes pédagogiques héritées d’un autre âge qui ne font que laisser les inégalités sociales s’exprimer et s’accentuer, il  est nécessaire de replacer la pédagogie au cœur du système universitaire en : 

• Mettant en place une formation initiale et continue des enseignants du supérieur à la pédagogie et en intégrant la prise en compte de leurs enseignements dans l’évolution de leur carrière

• Mettant en place un véritable suivi pédagogique et administratif des étudiants pour repérer le plus rapidement possible les étudiants en difficulté et leur proposer un soutien