20. Droit à la paix et à la sécurité

L’UNEF propose

Le droit à la paix et à la sécurité de la jeunesse, de tout être humain et des populations doit constituer une obligation fondamentale des Etats et des institutions internationales. 

La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, il s’agit d’un principe positif des rapports humains fondés sur la libre coopération de tous pour le bien commun. Le droit à la paix et à la sécurité est un pilier de l’engagement internationaliste de l’UNEF. Prôner la solidarité, la justice économique et le progrès social suppose de s’opposer au nationalisme et au chauvinisme, en défendant des intérêts qui sont communs à l’humanité. 

Une paix durable est la condition préalable de l’exercice de tous les droits et devoirs des jeunes pour prévenir ou régler les conflits, maintenir la paix et le dialogue. Les efforts politiques doivent prévaloir sur tous les recours à la violence et aux agressions pouvant aller jusqu’à la force armée. Si nous défendons fermement la suprématie du droit et du dialogue sur la force, les seules exceptions doivent être l’usage de la force décidée par le Conseil de Sécurité de l’Onu, dans un cadre concerté et multilatéral, pour rétablir ou maintenir la paix et « la légitime défense », face à une agression armée ou à des crimes de guerre. Ces interventions doivent être strictement régulées par le droit international et assurer l’application effective des principes des Nations Unies. Mais la prévention des conflits, la lutte contre le terrorisme, le maintien de la paix sont surtout indissociables du progrès économique et social de tous, de l’accès à l’éducation, de la mise en oeuvre de systèmes politiques démocratiques fondés sur la justice et l’égalité de tous les citoyens. 

Droit à la paix, droit à la sécurité, accès à l’éducation et réussite de tous sont ainsi  indissociables. L’éducation est un vecteur de paix fondamental. Une éducation de qualité est essentielle pour lutter contre l’obscurantisme, le communautarisme, les inégalités économiques et sociales et surmonter le désespoir économique qui contribue souvent aux conflits violents.  

Un accès trop restreint à l’éducation alimente les conflits violents. Lorsque l’accès à l’éducation n’est réservé qu’à un groupe social ou ethnique, elle renforce les inégalités économiques et sociales, l’intolérance et les préjugés qui conduisent à la guerre. L’éducation ne doit pas favoriser la reproduction des inégalités mais promouvoir l’accumulation de connaissances, l’esprit critique et la tolérance afin d’assurer l’émancipation de tous. Ne pas mettre en oeuvre des systèmes éducatifs capables de répondre à l’explosion du nombre de jeunes dans de nombreux pays constitue un véritable risque de conflit. Afin de défendre le droit à la paix et à la sécurité, les systèmes éducatifs doivent donc assurer aux jeunes les qualifications nécessaires pour échapper à la pauvreté et au chômage.  

Le respect du droit à la paix et à la sécurité est fondamental pour que les jeunes et l’éducation cessent d’être les principales cibles des conflits armés. Trop souvent en ligne de front, les jeunes sont les premières victimes des conflits. Il est de la responsabilité de la communauté internationale d’assurer le respect du droit international et d’engager fermement la responsabilité des parties impliquées dans les crimes de guerre qui considèrent les écoles et les jeunes comme des cibles légitimes en violation flagrante du droit international. La jeunesse et autres civils doivent être protégés des violations des droits de l’homme. Afin de consolider la paix par l’éducation, l’accès à l’éducation doit être assuré à tous, notamment aux populations vulnérables, aux réfugiés, aux personnes déplacées par les conflits et les systèmes d’éducation doivent être reconnus dès la paix revenue et le poursuivre à long terme. 

Il est alors urgent d’entreprendre une profonde réforme des institutions internationales et régionales pour renforcer leur place, leur gouvernance démocratique, leurs moyens de faire respecter le droit international (les conventions de Genève) par tous les états, leur efficacité dans la prévention et la résolution des conflits dans le monde. 

Alors que la légitimité de l’ONU est régulièrement mise en question et que le G20 tend à se présenter comme un nouveau cadre international, l’ONU doit être la clé de voûte d’un multilatéralisme mis au service de l’intérêt des peuples. Si des moyens militaires d’intervention et civils substantiels et permanents doivent être mis à disposition de l’ONU, il faut en revanche revoir la politique de défense des Etats afin de réduire les budgets militaires et d’augmenter les budgets consacrés à l’éducation. Le Parlement doit contrôler la production et le commerce d’armes mais aussi la politique étrangère et mettre fin au soutien à des régimes autoritaires au nom de la défense d’intérêts économiques. 

L’ONU doit être l’institution dirigeant et coordonnant l’ensemble des organisations internationales. L’UNESCO et l’UNICEF doivent jouer un rôle central pour intégrer l’éducation dans les stratégies d’ensemble de consolidation de la paix. Mais la promotion de la paix et d’une nouvelle approche de la sécurité collective ne peut se limiter à une réforme institutionnelle en faveur du multilatéralisme. Eloigner le risque de guerre et de conflits, c’est avant tout lutter contre les inégalités et agir en faveur de l’accès de tous à l’éducation pour favoriser la cohésion sociale, l’égalité femmes/hommes et un développement juste et durable. Le renforcement des systèmes de régulation économique et sociale et de la coopération entre les Etats, notamment en matière d’éducation et de développement des systèmes d’enseignement supérieur, sont autant de pas en avant pour éloigner le spectre de la guerre.  

Ce qui existe aujourd’hui

La mise hors la loi de la guerre résulte d’une volonté récente de la communauté internationale. Après chaque guerre mondiale, la création de la SDN (Société des Nations), puis de l’ONU expriment la volonté d’instaurer le droit dans les relations internationales et de réglementer l’usage de la force. La paix est peu à peu érigée en valeur universelle. La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 contient dans son article III : « tout individu à le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». La charte des Nations Unies formule ce droit à la paix sous la forme : « Les Etats membres conviennent de régler les controverses par les moyens pacifiques et de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’usage de la force contre d’autres Etats ».

Tout Etat membre de l’Onu est tenu de respecter cette charte, les conventions et les résolutions adoptées par l’Onu. Les seules exceptions sont l’usage de la force décidé par le Conseil de Sécurité de l’Onu pour rétablir ou maintenir la paix et « la légitime défense », face à une agression armée. L’Onu dispose pour cela de moyens de sécurité collective fournis par les Etats. Une cour pénale internationale (Tribunal de la Haye) a pouvoir de condamner les crimes de guerre et violations des conventions de Genève. La Cour européenne des Droits de l’Homme a le pouvoir de condamner les atteintes et violations des droits de l’Homme.

La prise en compte plus spécifique de la jeunesse et du droit à l’éducation dans la défense du droit à la paix et à la sécurité est encore plus récente. Le 20 novembre 1959, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, la communauté internationale adopte à l’unanimité la Déclaration des droits de l’enfant. Tout en rappelant les grands thèmes qui ont présidé à la rédaction de la Charte des Nations Unies, de la déclaration des droits de l’homme et de la Déclaration de Genève, la déclaration des droits de l’enfant considère que l’humanité doit donner à l’enfant le meilleur d’elle-même. L’enfant doit ainsi, bénéficier d’une protection spéciale (art 2) et, en toutes circonstances, être parmi les premiers à recevoir protection et secours (art 8). L’enfant doit être protégé contre toute forme de négligence, de cruauté et d’exploitation (art 9). L’enfant doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, d’amitié entre les peuples, de paix et de fraternité universelle (art 10).

La création des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, l’UNESCO en 1945 et du Fond des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, en 1946 témoigne de la volonté de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité par l’éducation et la protection juridique et sociale de la jeunesse. 

Si ces institutions se consacrent surtout à l’enfance, leurs principes et actions peuvent  cependant s’étendre à la jeunesse dans son ensemble et à l’enseignement supérieur. L’adoption en 2000 des 6 objectifs de l’éducation par la communauté internationale soulignait d’ailleurs le rôle moteur de la jeunesse et l’enjeu que constitue l’accès de tous à l’éducation afin de préparer l’avenir et de prévenir toute forme de conflit. Une déclaration sur les droits de la jeunesse permettrait cependant de mieux caractériser les droits de cette nouvelle période de la vie et son droit à la paix et à la sécurité.

Cette prise de conscience internationale ne permet cependant toujours pas de respecter le droit à la paix et à la sécurité de la jeunesse. Les jeunes et leur accès à l’éducation demeurent les victimes principales de tout conflit. 

Les parties impliquées dans les conflits armés visent les écoliers, les civils et les écoles dans une impunité quasi totale. Cela est particulièrement vrai pour le viol et les autres formes de violence sexuelle. Alors que les tribunaux internationaux créés suite aux guerres en ex-Yougoslavie et au génocide au Rwanda ont fermement condamné les viols et les autres violences sexuelles, les considérant comme des crimes de guerre, ces actes restent des armes largement utilisées dans les conflits. L’insécurité et la peur des sévices sexuels empêchent alors les enfants d’aller à l’école, en particulier les jeunes filles et ont ainsi des conséquences dévastatrices sur l’éducation.

De 1999 à 2008, trente-cinq pays ont été en proie à des conflits armés. Dans les pays les plus touchés par un conflit, 28 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés, soit 42% du total mondial. Dans les pays pauvres touchés par un conflit, 93% des jeunes sont analphabètes contre 79% dans les autres pays pauvres. 

Les confits armés détournent aussi les fonds publics de l’éducation au profit des dépenses militaires. A l’heure actuelle, 21 pays en développement dépensent plus pour l’armement que pour les écoles primaires : s’ils réduisaient de 10% leurs dépenses militaires, ils pourraient scolariser 9,5 millions d’enfants de plus. 

Les dépenses militaires détournent également les ressources de l’aide. Il ne faudrait que l’équivalent de 6 jours de dépenses militaires des pays riches pour combler le déficit de 16 milliards de dollars qu’accuse le financement externe du projet Education Pour Tous. Enfin, l’éducation ne représente que 2% de l’aide humanitaire. 

Les moyens pour y parvenir

Le système actuel de gouvernance mondial ne parvient pas à éliminer les menaces de guerre ni à rétablir la paix de faon durable. Afin d’assurer le droit  de tous à la paix et à la sécurité, il est urgent d’entreprendre une réforme profonde des institutions internationales mais aussi de la régulation des relations économiques et sociales qui, au nom de la concurrence et du libre-échange, favorisent le développement des inégalités et de la pauvreté qui sont un terreau favorable aux violences. 

Nous appelons ainsi à un élargissement du Conseil de sécurité afin de refléter les nouveaux équilibres régionaux et les nouveaux rapports de force, en s’élargissant à de grands pays émergents et à des pays représentatifs du monde en développement. Afin de renforcer la légitimité de l’Assemblée générale, véritable parlement des Etats souverains, les recommandations des syndicats et des organisations de jeunesse, relais des préoccupations de notre génération, doivent être intégrées aux délibérations. Les moyens d’intervention de l’Onu doivent être renforcés pour contribuer à la paix dans les zones de conflit. La mobilisation de l’opinion publique mondiale doit être amplifiée pour faire respecter, par chaque Etat, le droit international mais aussi appeler à la relance des processus de désarmement nucléaire et d’éradication de toutes les armes de destruction massive. Il est indispensable de renforcer les systèmes d’intégration régionaux, économiques, sociaux, politiques, pour renforcer les lieux de coopération et de développement plutôt que d’affrontement (Union Européenne, Mercosur, UA).

La priorité à l’éducation et à la protection de la jeunesse doit être au centre de toutes ces réformes. Les dépenses armées doivent ainsi être diminuées au profit de l’investissement dans l’éducation. L’aide humanitaire d’urgence ne doit plus être privilégiée au détriment de l’aide au développement à long terme. L’éducation doit donc être intégrée à l’aide humanitaire et occuper une place centrale dans les stratégies de prévention et de consolidation de la paix après conflit. Les systèmes d’éducation doivent ainsi être reconstruits le plus tôt possible. 

Pour cela, une meilleure coordination de la surveillance doit être mise ne ouvre par le système onusien. Le Fonds de consolidation de la paix de l’ONU doit être renforcé et les rôles de l’UNESCO et de l’UNICEF accru. L’UNESCO doit assurer un suivi strict des attaques contre l’éducation. 

Afin de mettre un terme à la culture d’impunité concernant les violences sexuelles en renforçant la surveillance des atteintes aux droits de l’homme affectant l’éducation doit être renforcée par l’application plus rigoureuse des lois internationales existantes et par la création d’une Commission internationale sur le viol et les violences sexuelles soutenue par la Cour pénale internationale. Le financement de l’aide humanitaire à travers des fonds communs doit ainsi être porté de 730 millions de dollars EU à 2 milliards de dollars EU par an, et l’éducation devra recevoir la même proportion de ses demandes que les autres secteurs. 

Le partenariat entre pays donateurs et pays en développement pour atteindre les objectifs de l’Education Pour Tous et prévenir les risques de conflits doit être renforcé par un réapprovisionnement de 6 milliards de dollars EU par an, avec des règles d’accès moins contraignantes pour les pays en conflit.