21. Les flux migratoires

L’UNEF propose

L’enseignement supérieur doit être ouvert sur l’international. A ce titre, nous revendiquons un droit à la mobilité pour tous, une amélioration des droits des étudiants étrangers et une meilleure coopération scientifique au niveau européen et international. 

L’UNEF appelle à une amélioration de la qualité et l’accroissement du volume de la mobilité étudiante.  La mobilité étudiante doit en effet être facilité et amplifiée afin de favoriser l’échange entre tous les étudiants et une ouverture sur l’international. L’accès de tous à la mobilité est d’autant plus important qu’une expérience à l’étranger enrichit la formation des étudiants et permet d’accumuler de nouvelles connaissances. La mobilité ne doit pas amplifier les inégalités qui existent déjà au niveau national, tant en termes d’accès à l’enseignement supérieur que de reconnaissance de la qualité des formations. Tous les étudiants doivent avoir un droit effectif à la mobilité. Elle ne peut se limiter à quelques cursus, aux étudiants plus favorisés ou aux grandes écoles. La reconnaissance des études faites à l’étranger doit aussi être garantie. 

Tout les étudiants doivent bénéficier des mêmes droits et conditions d’études. Afin de favoriser la mobilité étudiante entrante tout statut dérogatoire doit être supprimé. Tous les étudiants doivent bénéficié des mêmes droits (aides sociales, logement, frais d’inscription) et un meilleur accompagnement doit être mis en place. 

Les flux migratoires doivent s’inscrire dans une logique de solidarité, d’amélioration des conditions d’études de tous, de développement de systèmes d’enseignement supérieur de qualité partout dans le monde et de coopération scientifique.  La mobilité ne doit pas être au service de la mise en concurrence des universités au niveau mondial, de course au classement de Shangaï et de fuite des cerveaux. Elle doit au contraire renforcer les systèmes éducatifs, notamment la construction d’une véritable Europe de l’Education. La coopération internationale en matière d’enseignement supérieur et notamment les migrations doivent permettre de réduire les écarts de développement en renforçant le transfert de connaissances et compétences au-delà des frontières, en particulier en direction des pays en développement. Les partenariats universitaires internationaux et les semestres passés dans un autre pays doivent ainsi être développés. 

Le développement de la mobilité et de la coopération universitaire doit être un outil  d’harmonisation par le haut de conditions d’étude et plus généralement d’existence et des droits sociaux. La mobilité étudiante et la coopération universitaire ne sont pas des outils de progrès social et de développement en soit. Le partage des connaissances, la qualité et l’accès de tous à l’éducation doivent être l’objectif prioritaire de ces projets. 

3) Alors que changer l’université c’est changer la société, la prise en compte la question des flux migratoires et de la coopération internationale dans les politiques universitaires doit permettre de sortir de la vision utilitariste et de la logique gestionnaires des flux migratoires. La mobilité s’est mondialisée et elle est un facteur d’échange et de développement. L’internationalisme, l’égalité des droits, la prise en compte de la réalité mondiale et la migration comme richesse doivent ainsi être les principes préalables à toute appréhension de la question des flux migratoires. 

Toute migration doit être organisée avec des critères respectant le droit des personnes, notamment de tout jeune, de tout étudiant. Les obstacles majeurs rencontrés par les réfugiés, les demandeurs d’asiles et les déplacés en interne doivent aussi être levés afin d’améliorer leur accès à l’éducation.   

Ce qui existe aujourd’hui

La question de la mobilité des étudiants a été la première manifestation de l’Europe de l’Education avec le lancement du programme Erasmus (programme européen d’éducation et de formation dans les domaines de la mobilité et de la coopération dans l’enseignement supérieur à travers l’Europe) le 1er janvier 2000. Jusqu’au 31 décembre 2006, le programme sectoriel Erasmus a fait partie du programme d’action communautaire en matière d’éducation « Socrates ». Depuis le 1er janvier 2007 et jusqu’en 2013, il est intégré au programme « Education et formation tout au long de la vie ». Mais à l’heure actuelle, la mobilité étudiante en Europe relève davantage du mythe que de la réalité. Dix ans après sa création, seuls 3,5% des 17 millions d’étudiants européens font un séjour d’étude dans un autre pays et 4,5% en France. Les dispositifs d’aide sociale actuellement disponibles sont : les compléments de bourse à la mobilité (400€ par mois), les allocations Erasmus (120 € par mois), les aides des collectivités ou des universités. Ces aides sont difficilement lisibles, réparties de manière inégalitaire sur le territoire, et surtout d’un montant insuffisant. La mobilité étudiante tend ainsi à renforcer les inégalités entre les étudiants et les établissements d’établissements d’enseignement supérieur en France étant donné les moyens limités et le développement de nombreux programmes très encadrés dans les grandes écoles. Le récent projet de la commission européenne visant à développer un système de prêt étudiant au niveau européen pour faciliter la mobilité risque de renforcer durablement ces inégalités. 

L’Europe demeure cependant la destination la plus répandue. Les étudiants français se rendent majoritairement en Grande-Bretagne, en Espagne puis en Allemagne. Alors que la Suède, la Finlande mais aussi l’Europe centrale et même l’Amérique Latine voient leur nombre d’étudiants français augmenter, l’Amérique du Nord connaît une progression beaucoup plus faible. Le coût de la vie et les frais d’inscription constituent ainsi des obstacles essentiels à la mobilité étudiante.  

Loin de construire une Europe de l’Education favorisant l’accès et la réussite de tous, le Processus de Bologne n’a pas su lever les obstacles. Le système de crédits ECTS et le supplément au diplôme ne permettent pas aujourd’hui une véritable reconnaissance des diplômes d’un pays à l’autre car donnent peu d’informations sur le contenu du diplôme en tant que tel et individualisent de manière trop importante la reconnaissance de celui-ci. 

Concernant la mobilité étudiante entrante, la France est le 3ème pays au monde à accueillir des étudiants étrangers derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Alors que l’importance du nombre d’étudiants étrangers en France témoigne de la qualité du système d’enseignement supérieur et de sa capacité à s’ouvrir à la mobilité étudiante entrante, les étudiants étrangers sont confrontés à une triple précarité, administrative, pédagogique et sociale.  (cf fiche étudiants étrangers). 

Dans un contexte de mise en concurrence des universités et de recherche d’attractivité internationale, une distinction dangereuse et factice tend à être établie entre « l’étudiant international » issu d’une université étrangère prestigieuse et les étudiants étrangers aux conditions d’études précaires. Ceci s’inscrit dans une perspective de coopération universitaire élitiste entre quelques pôles de réputation mondiale au détriment de l’ensemble du monde universitaire et particulièrement des pays en développement. 

La coopération universitaire peine ainsi actuellement à réduire différences de niveaux de développement en matière d’enseignement supérieur et à endiguer la fuite des cerveaux. S’il s’agit d’une compétence de l’UNESCO, ses moyens restent trop limités et ses préconisations consultatives. La coopération internationales est ainsi surtout mise en ouvre de façon bilatérale, entre grands établissements, dans le cadre de partenariats et de fondations souvent privés qui ne permettent pas de mettre en œuvre une réflexion d’implantation et de développement de l’accès de tous à l’enseignement supérieur au niveau mondial. 

Au-delà de la mobilité étudiante et de la coopération scientifique, les principaux flux migratoires concernent des populations fragiles victimes de la précarité, du chômage, des conflits et de l’absence de perspectives d’avenir. Ces dernières années, plus de 43 millions de personnes ont été déplacées, le plus souvent par des conflits armés. Les réfugiés et les personnes déplacées en interne rencontrent des obstacles majeurs en matière d’éducation. En 2008, dans les camps de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, seuls 69% des enfants réfugiés en âge de fréquenter l’école primaire la fréquentaient effectivement.  

Les moyens pour y parvenir

Pour favoriser la mobilité étudiante, l’UNEF défend :

• le droit à au moins un semestre à la mobilité par cycle universitaire accompagné d’une bourse à la mobilité dont le montant doit couvrir l’ensemble des dépenses liées au séjour à l’étranger

• la création d’un fond européen à la mobilité géré par les étudiants afin de venir en complément des aides nationales.

• la généralisation de l’enseignement des langues dans l’ensemble des cursus afin que tout diplômé de licence maîtrise au moins une langue vivante 

• la création de bureaux d’accueil et d’aide à la mobilité dans toutes les universités pour faciliter les démarches administratives des étudiants.

Pour favoriser la mobilité étudiante entrante, il faut améliorer l’accueil des étudiants étrangers :

• Assouplir la politique des visas à l’étranger et la délivrance des cartes de séjour en préfecture pour favoriser la mobilité internationale et la coopération.

L’UNESCO doit être la clé de voûte du développement de la coopération scientifique afin d’assurer une coopération au service de l’échange, du transfert de connaissance et de développement des systèmes d’enseignement supérieur partout dans le monde. Face à la multiplication des partenariats, des relations bilatérales et aux dynamique de « fuite des cerveaux », des objectifs et modalités de coopération doivent être définis et adoptés par la communauté internationale.

L’enseignement supérieur ne doit pas renforcer la vision utilitariste et gestionnaire des flux migratoires. Les migrations doivent être organisée d’après des critères respectant les droits des personnes et au premier chef, le droit des jeunes à l’éducation et à la protection sociale. Chaque critère doit ainsi s’adapter aux conditions sociales et au niveau de vie du pays d’accueil. Tout statut dérogatoire qui introduirait des droits au rabais entre étudiants selon leurs origine doit être interdit.

Le droits à l’éducation des réfugiés et des personnes déplacées doit être renforcé et devenir une priorité l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Face à l’augmentation des conflits et du non-respect de la liberté syndicale, le périmètre de l’asile doit être élargi.