Chili : L’éducation au cœur d’un choc des générations

Jeudi 14 juillet dernier, près de 200 000 étudiants chiliens ont défilé dans les rues pour réclamer un réinvestissement de l’Etat dans l’éducation. Avec 80% des chiliens déclarant soutenir la mobilisation, ce mouvement social le plus important depuis la fin de la dictature bénéficie d’une grande popularité au sein de la population.  Alors que le système d’enseignement supérieur chilien repose à 90% sur un financement privé, cette mobilisation donne lieu à un bras de fer entre le gouvernement chilien et une jeune génération qui veut tirer un trait sur le système libérale d’Augusto Pinochet.

Pour les jeunes chiliens : « L’éducation est un droit, pas une marchandise »

Depuis plus de deux mois, la jeunesse chilienne se mobilise massivement pour une éducation publique, gratuite et de qualité. Confrontés à des frais d’inscription les plus chers du monde après les Etats-Unis et un des plus privatisés, les étudiants dénoncent un système qui reproduit strictement les inégalités de naissance. Avec plus de la moitié des étudiants inscrits dans une université privée dont les prix varient de 350 à 1300 euros par mois, l’accès aux études de qualité n’est réservé qu’aux enfants de milieux favorisés. Loin de contrer ces inégalités, les universités publiques restent aussi peu accessibles. L’Etat chilien ne les finance qu’à hauteur de 10% maximum. 90% des coûts de l’éducation restent à la charge des étudiants, avec des mensualités variant entre 275 et 500 euros par mois. Condamnés à s’endetter pour étudier, les étudiants passent ensuite leur vie à rembourser leurs prêts.

L’éducation au cœur d’un choc des générations

Mise en concurrence des établissements, investissements douteux, spéculation sur les fonds des universités (le ministre de l’éducation a fait fortune en investissant dans les universités privées) etc., pour les jeunes chiliens, la politique d’éducation est devenue le symbole d’un gouvernement qui n’a pas tourné la page libérale des années Pinochet sur le plan économique.

Refusant de répondre d’urgence aux appels de la jeunesse, le gouvernement chilien tente en vain de casser cette mobilisation : ordre aux médias de ne pas communiquer les chiffres des manifestations, date des vacances scolaires avancées, interdiction de rassemblements devant la présidence et dispersion violente des manifestations. Des enseignants aux présidents d’universités publiques, l’ensemble de la communauté éducative se soulève aujourd’hui. Au côté de la jeunesse, les mineurs appellent à nationaliser les mines de cuivres pour financer les réformes du système éducatif. Avec 80% des chiliens déclarant soutenir la mobilisation étudiante, ce mouvement social historique bénéficie d’une grande popularité au sein de la population.

La rigueur où l’éducation, il faudra choisir !

Alors que la jeunesse se mobilise dans toutes les régions du monde pour défendre ses droits à l’éducation à travers un système éducatif public, gratuit et de qualité, l’UNEF exprime son entière solidarité avec la mobilisation de la jeunesse chilienne, symbole d’une génération engagée pour  que son avenir ne soit pas confié aux marchés.

A l’heure où les politiques de rigueur font peser de plus en plus le financement de l’éducation sur les épaules des familles, l’UNEF alerte les pouvoirs publics sur l’urgence de lever l’ensemble des barrières financières à l’éducation. A l’approche des élections présidentielles, l’UNEF fera du réengagement de l’Etat dans le système d’enseignement supérieur une priorité étudiante.