Introduction
Démocratiser l’accès aux connaissances et aux qualifications, offrir à chacun des perspectives d’ascension sociale, garantir à tous une insertion professionnelle réussie, former et faire réussir les jeunes pour faire progresser l’ensemble de la société : voilà ce qu’on attend de l’université.
Malheureusement, la réalité est tout autre : loin d’être l’horizon d’une ascension sociale pour chacun, elle est aujourd’hui une étape redoutée par tous. Un étudiant sur deux échoue en première année, 150 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans n’avoir acquis aucune qualification et 17% des étudiants ressortent de l’université sans diplôme. Ceux qui cherchent une garantie en termes de contenu de diplôme et d’insertion professionnelle sont poussés vers les filières sélectives, les autres abandonnent l’idée d’accéder à une qualification. Les étudiants d’origine modeste sont ainsi de moins en moins nombreux sur les bancs des universités comme le démontre une récente enquête de l’OVE : 27% des étudiants sont enfants d’ouvriers ou d’employés, contre 53% des jeunes actifs.
L’ampleur du phénomène le démontre, la réussite en premier cycle ne peut se résumer à une question de motivation ou d’ambition personnelle. C’est l’ensemble du modèle d’enseignement universitaire qu’il faut réinterroger. Alors que la massification des effectifs a eu lieu depuis 30 ans déjà, ni les effectifs enseignants, ni le contenu des formations, ni les méthodes d’enseignement n’ont évoluées pour répondre aux besoins des nouveaux publics. L’université reste une institution d’élite, tournée exclusivement vers la recherche, et n’a pas franchi le cap de la démocratisation des enseignements pour devenir l’université de masse, l’université de tous les métiers.
La licence se situe au cœur de la question de la réussite dans l’enseignement supérieur. Accueillant près de 1.5 millions d’étudiants c’est-à-dire 60% de la population universitaire, le premier cycle reste pourtant le parent pauvre de l’enseignement supérieur. Amphis surchargés, pédagogie inexistante, cloisonnement entre les disciplines, les étudiants abordent leur entrée dans l’enseignement supérieur comme une véritable épreuve.
Le Plan réussite en licence : chronique d’un échec annoncé
L’urgence de la lutte contre l’échec a pourtant déjà contraint la ministre à agir en direction des premiers cycles. Le plan « Réussite en licence » lancé en 2007, était ainsi censé refonder en profondeur les enseignements de licence pour permettre la réussite de tous. Augmentation des volumes horaires d’enseignement (+ 5 heures hebdomadaires), développement de la pluridisciplinarité en Licence pour éviter les spécialisations précoces et faciliter les réorientations, instauration de 2 heures de langues et d’une heure d’informatique hebdomadaires pour tous les étudiants, limitation des cours en amphithéâtres au bénéfice de cours en petits groupes, ou encore mise en place d’enseignants – référents étaient autant de pistes qui devaient mettre un coup d’arrêt à l’échec en licence.
Si l’ambition affichée par le plan « Réussite en Licence » constituait un pas en avant en avant, l’insuffisance des moyens mis en œuvre (tant juridiques que financiers et humains) l’ont très rapidement condamné à n’être qu’un recueil de bonnes intentions. Trois ans après sa mise en place, les étudiants continuent d’échouer massivement à l’université. C’est ce constat alarmant qui a contraint la ministre à rouvrir le dossier de la réussite des premiers cycles.
Les échecs du plan « Réussite en licence » ne sont malheureusement pas surprenants. Il s’agissait de réformer la licence en profondeur et d’en adapter le contenu et les exigences aux nouveaux défis de l’enseignement supérieur, sans plan de recrutement d’enseignants, ni cadre contraignant. La politique de mise en concurrence des universités autonomes organisée par la ministre, conditionnant le financement des établissements à leurs performances, n’a fait qu’achever de réduire en poussière les espoirs d’améliorer la réussite des étudiants.
En effet poussées par une ministre qui fait de la course à la compétitivité internationale et du classement de Shangaï l’alpha et l’oméga de la politique d’enseignement supérieur, les universités ont préféré concentrer leurs moyens sur les filières de master ou sur des formations élitistes pour leurs meilleurs étudiants comme les collèges d’excellence dans certaines filières de droit. Ainsi, les bons élèves de Valérie Pécresse étaient précisément ceux qui reléguaient la lutte contre l’échec à l’université au dernier rang de leurs priorités.
Dès Janvier 2010, l’UNEF démontrait ainsi dans un bilan chiffré et détaillé que, faute d’un pilotage national le Plan Réussite en Licence n’avait été que peu appliqué et ce de manière très inégale. Seules 28% des universités ont augmenté la part des cours en petits groupes et 32% le volume horaire, seules 40% d’entre elles ont mis en place des formes de pluridisciplinarité et seules 40% ont amélioré les enseignements de langues et d’informatique.
La publication du rapport de l’IGAENR quelques mois plus tard, dans lequel les rapporteurs concluent que le Plan réussite en Licence « laisse entière, à ce stade, l’interrogation sur son efficacité. », n’a fait que confirmer les failles dénoncées par l’UNEF depuis le départ et a contribué ainsi à contraindre Valérie Pécresse à ouvrir une deuxième étape du Plan Réussite en Licence pour tenter de reprendre la main dans ce dossier sur lequel des résultats se font encore attendre.
Le plan « Réussite en Licence » n’a pas rempli ses objectifs, notamment concernant l’augmentation des volumes horaires d’enseignement (+ 5 heures hebdomadaires), le développement de la pluridisciplinarité en Licence, l’instauration de 2 heures de langues et d’une heure d’informatique hebdomadaires pour tous les étudiants, la limitation des cours en amphithéâtres au bénéfice de cours en petits groupes. L’absence de cadre contraignant instauré par ce plan ainsi que l’absence de moyens humains suffisants pour le mettre en œuvre en sont les causes principales. A l’heure actuelle, en dehors des mesures quasiment généralisées de tutorat et de mise en place d’un enseignant-référant instaurées respectivement dans 77% et 70% des universités, les autres mesures n’ont été que peu appliquées : seules 40% des universités ont mis en place des formes de pluridisciplinarité (et encore elles sont très diverses), seules 40% ont améliorer les enseignements de langues et d’informatique, 28% ont augmenté la part des cours en petits groupes et 32% ont augmenté le volume horaire. Pire, l’application du PRL se révèle parfois contraire aux objectifs initiaux fixés, constat partagé par le rapport de l’IGAENR : mise en place de parcours d’excellence à Paris 2 ou Montpellier 2, mise à l’écart des étudiants en difficulté à Bordeaux 4. Alors que seules 10% des universités ont mis en place des dispositifs à destination des étudiants salariés, principal public touché par l’échec et représentant 50% des étudiants, dans le même temps 47% des universités ont mis en place des parcours différenciés pour les étudiants en difficulté. Ainsi l’IGAENR, dans sa note d’étape sur la mise en place du plan réussite en Licence, a relevé qu’un nombre important d’universités dévoyaient les crédits du plan Licence pour renflouer leur budget ou pour mettre en place des mesures élitistes comme les collèges d’excellence.
L’UNEF s’inquiète notamment des velléités de certaines universités de transformer le plan « Réussite en Licence » en outil au service du tri des étudiants en instaurant une « diversification des parcours » entre les meilleurs étudiants et les autres. La solution n’est en effet pas de trier les étudiants et de multiplier les parcours avec des niveaux d’exigences différents, mais bien de créer des dispositifs d’aides en plus pour les étudiants en difficultés afin de faire réussir le plus grand nombre.
Afin de mettre un terme à cette situation dans laquelle l’absence d’outils efficaces empêche d’atteindre les objectifs fixés et les crédits alloués au plan Licence ne servent pas à mettre en œuvre des mesures améliorant la réussite de tous mais à concentrer les efforts sur les meilleurs, la ministre de l’Enseignement supérieur doit se résoudre à adopter une circulaire d’application du Plan Réussite en Licence délimitant l’usage des crédits du Plan Licence à : la systématisation de modules de langues et d’informatique dans tous les cursus, l’augmentation du volume horaire et de la part de cours en petits groupes, la mise en place de dispositifs de soutien aux étudiants en situation d’échec : modules de renforcement obligatoires au second semestre si l’étudiant n’a pas eu la moyenne au premier, cours de méthodologie supplémentaires pour les redoublants, l’évaluation des enseignements par les étudiants à la fin de chaque semestre, le développement de dispositifs spécifiques pour les étudiants salariés.
Ouvrir de nouvelles perspectives pour la licence
Les leçons de l’échec du plan réussite en licence doivent être tirées pour permettre de faire passer un cap à la réussite des étudiants. L’UNEF demande à Valérie Pécresse de tirer tous les enseignements des difficultés de mise en œuvre du plan Licence et de se donner les moyens pour en assurer la réussite.
La ministre vient d’annoncer la mise en place d’un comité de pilotage pour une nouvelle licence afin de faire des propositions sur les évolutions souhaitables de l’arrêté licence. L’UNEF souhaite que ces discussions soient l’occasion de mesures ambitieuses pour la réussite en licence. La réouverture des arrêtés licence doit permettre la mise en place de dispositifs contraignants pour les universités. La réussite des étudiants est un enjeu national qui ne peut être laissé à la seule bonne volonté des universités.
L’UNEF souhaite que la licence devienne un diplôme qui permette à chacun d’avoir accès à une qualification. L’enjeu de formation de toute une génération est un enjeu fondamental dans un contexte de crise et de chômage de masse. Contrairement aux théoriciens de l’échec universitaire qui prétendent que l’augmentation du nombre de diplômés entrainerait une dévaluation mécanique des diplômes, nous pensons que la valeur d’un diplôme n’est pas liée au nombre de personnes qui y accèdent, mais à son contenu. Permettre la réussite de tous ne se fera pas sans une rénovation en profondeur de la licence, sans s’interroger sur le mode de transmission des savoirs, ou sur les modes d’évaluation, ou sans réfléchir aux contenus des formations. Rénover la licence, c’est donner à chaque jeune les outils pour une insertion professionnelle réussie ou pour une poursuite d’étude.
Après trois ans d’échec, la réouverture du dossier de la Licence par la ministre est donc une occasion à ne pas manquer. Le succès de cette nouvelle étape, indispensable si l’on veut refaire de l’université un synonyme d’ascenseur social, ne dépend que de la capacité de la ministre à centrer la licence sur les besoins des étudiants. L’UNEF revient dans ce dossier sur les chantiers prioritaires pour permettre de qualifier massivement une jeunesse qui n’en peut plus d’attendre.






















































































































