8 étudiants sur 10 sont livrés à eux-mêmes

73% des étudiants sont exclus du système de bourses. Pourtant, si la situation familiale ne permet pas à un étudiant d’accéder aux bourses sur critères sociaux, cela ne signifie en aucun cas que sa famille dispose des moyens nécessaires pour faire des études. Bien au contraire, les classes moyennes, qui subissent la vie chère mais sont exclues du système de bourse, connaissent des difficultés accrues à financer une formation à leur enfant.

Une population fragile qui subit plus fortement la perte de pouvoir d’achat

Le barème des bourses ne permet pas aux étudiants issus des classes moyennes de pouvoir avoir accès à une bourse et encore moins à une bourse échelon 1 ou plus, afin de bénéficier d’une aide directe mensuelle.  Seulement 27% des étudiants ont accès aux bourses de l’enseignement supérieur. Si l’on retire l’échelon 0 de bourse qui prend uniquement en charge les frais d’inscription et de sécurité sociale à la rentrée, il ne reste que 21,5% des étudiants qui bénéficient d’une aide mensuelle comprise entre 160 et 460 euros par mois.

Les étudiants non boursiers ne bénéficient que de l’aide au logement lorsqu’ils ont un logement indépendant. Depuis 2006, les dépenses des étudiants non-boursiers ont augmenté 4 fois plus vite que les aides. Sans aides supplémentaires, les étudiants non boursiers sont les grands oubliés des politiques sociales du gouvernement.

Des étudiants qui n’ont pas droit aux bourses mais dont la famille ne peut pas subvenir à leurs besoins.

Prenons l’exemple d’un couple au revenu mensuel de 1610 euros brut chacun (en moyenne, un salaire net de 1288 euros chacun), ayant deux enfants à charge dont un dans l’enseignement supérieur. Le revenu global brut du foyer est alors de 3220 euros (fourchette basse de la classe moyenne selon l’INSEE). L’étudiant aura droit à une bourse échelon 0, et ne bénéficiera pas de bourse mensuelle.

Il reste à charge pour la famille, 760 euros par mois (APL comprise) en province et de près de 1000 euros par mois à Paris (APL comprise). Ce qui représente dans un cas 24% du revenu brut du foyer en province consacré au jeune, et dans l’autre, un tiers du revenu brut du foyer à Paris consacré au jeune. 

Pour beaucoup de foyers cette prise en charge est évidemment impossible et pousse les étudiants à travailler pour financer eux-mêmes leurs études. Or, le salariat étudiant reste la première cause d’échec à l’université. L’exclusion des classes moyennes du système de bourse a un effet dévastateur sur la réussite des étudiants et donc sur la démocratisation. C’est à un véritable mouvement de regain de la sélection sociale dans l’enseignement supérieur auquel nous assistons.