Introduction

Pour la septième année consécutive, l’UNEF publie son enquête sur le pouvoir d’achat des étudiants.

Le coût de la vie étudiante augmente de 4,1% soit deux fois plus vite que l’inflation (2,1% selon l’INSEE). Pour la onzième année consécutive, les étudiants vont connaître une dégradation de leur pouvoir d’achat.

La flambée des dépenses liées au logement en particulier à la relocation explique en partie cette augmentation du cout de la vie. Avec une hausse des loyers dans le parc locatif privé de 8,9% à Paris et de 1,9% en région, le logement reste le poste de dépenses des étudiants (en moyenne 50% du budget annuel d’un étudiant). Cette hausse continue, cumulée avec l’absence de revalorisation des aides au logement (APL/ALS), rend la situation de plus en plus difficile pour les étudiants. Depuis l’an dernier, la part du loyer à charge des étudiants a augmenté de 11% à Paris et de 2,5% en Province.

L’indice du coût de la vie étudiante est aussi tiré vers le haut par les choix politiques du gouvernement, responsable de la fixation des dépenses obligatoires. La hausse des frais d’inscriptions, du montant de la cotisation à la sécurité sociale étudiante et du prix du ticket restaurant universitaire représentent à elles seules une augmentation de 4,4% du coût de la vie. Ce choix est assumé de la part du gouvernement. Alors que le conseil d’administration du CNOUS avait alerté le ministre en donnant un avis défavorable sur la hausse du ticket RU, celui-ci a fait le choix de faire fi de cet avertissement en augmentant les dépenses obligatoires.

La politique sociale du gouvernement en direction des étudiants est aujourd’hui en échec. Depuis 2006, sortie du rapport Wauquiez préconisant des mesures pour aider socialement les étudiants, et 2007, date des grands chantiers sur la vie étudiante, le pouvoir d’achat n’a fait que se dégrader. En moyenne, depuis 2006, les dépenses obligatoires ont augmenté de 33,2% tandis que les aides sociales n’ont augmenté que de 13% (2,5 fois moins que les dépenses). Seules les dernières mesures appliquées au système d’aide (demi dixième mois de bourse, 6ème échelon de bourse), ont permis aux étudiants boursiers de limiter la dégradation de leur pouvoir d’achat. Mais cette amélioration ne concerne que 21,5% des étudiants. Près de 8 étudiants sur dix n’ont été concernés par aucune mesure sociale depuis 2001. Pire, les seuls aides destinées aux étudiants non boursiers (aides d’urgence des CROUS ou FNAU), ont subi des coupes budgétaires importantes cette année (-9,5 millions d’euros).

Les conséquences ne sont pas minces, pour la première fois depuis des décennies, l’UNEF fait le constat d’un mouvement net de reflux de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Depuis 2006, la part des étudiants, dans l’enseignement supérieur, issus des foyers les plus modestes, a baissé de 18,1 points. Le modèle républicain de l’ascenseur social ne fonctionne plus, pire il exclut. Aujourd’hui, plus qu’il y a 5 ans, l’origine sociale conditionne l’accès à une formation du supérieur. En maintenant près des trois quart des étudiants hors du système d’aide sociale, le gouvernement contraint les familles à supporter elles-mêmes le coût des études. Pour la plupart des étudiants, en particulier issus des classes moyennes et populaires, le recours au salariat étudiant, premier facteur d’échec, est alors inévitable.

Cette situation est un signal d’alarme grave que le gouvernement doit entendre. A l’heure où il exprime des réticences à verser un dixième mois de bourse pourtant promis par le chef de l’Etat, il est urgent de changer de cap politique. Si l’on ne redonne pas un souffle nouveau à la démocratisation de l’enseignement supérieur, c’est une génération entière qui se verra sacrifiée sur l’autel de la crise et de la rigueur.