Appel du Collectif National de l’UNEF (2 octobre 2011)

Les banques se sont remises, trois ans après, de la crise qui a bousculé un système économique semblant jusque là figé. Aujourd’hui ce sont ces banques, avec le soutien des agences de notations, qui spéculent sur la dette des États qu’elles ont-elles mêmes contribuées à créer. Cette dette est due en grande partie aux milliards d’euros injectés pour sauver le système bancaire, suite à la crise des « subprimes », causée par les marchés financiers, ainsi qu’aux politiques d’exonération de cotisations sociales pour le patronat qui se comptent en milliards chaque année. Ce sont ces mêmes marchés financiers, coupables d’hier, qui demandent aujourd’hui aux Etats de faire payer leur crise à  la population. Pour la première fois, le service de la dette dépasse le montant du budget de l’éducation nationale.

Sous couvert de maintenir la souveraineté financière des Etats et de les sauver de la faillite, les gouvernements européens s’engagent successivement dans une politique d’austérité dont les conséquences sociales et économiques sont désastreuses. En réduisant les dépenses sociales et en augmentant les prélèvements et les taxes sur la population, les gouvernements européens font exploser la précarité et le chômage. En Europe, on dénombre 44 millions de chômeurs, 20,6% de chômage chez les jeunes (un jeune sur deux en Espagne).

En France, le plan d’austérité annoncé par François Fillon est un plan injuste socialement et inefficace économiquement. Injuste car il fait reposer l’essentiel de l’effort économique sur la population. En particulier la taxe sur les contrats d’assurance (TCA) pioche dans les dépenses de santé des étudiants et fragilise le RESS, bien commun des étudiants, pour financer le remboursement de la dette. Malgré les grands discours sur la taxation des plus haut revenus leur contribution « exceptionnelle » ne représentera que 200 millions d’euros de ressources nouvelles. Ce n’est rien quand on voit que 1,2 milliards sera prélevé directement de la poche de la population en doublant la taxe sur les complémentaires santés. La CSG jusque-là prélevé sur 97% sera prélevé sur 98% du salaire. Cela représente une perte de salaire non négligeable pour les salariés. Inefficace économiquement car il asphyxie le pouvoir d’achat de la population rendant toute relance de la croissance impossible et préparant une aggravation de la crise à moyen terme.

L’UNEF s’oppose à ce que la rigueur soit la seule perspective d’avenir proposée aux jeunes. La politique du gouvernement de casse du service public et des protections collectives doit nous alerter sur la situation sociale que vivent les jeunes. Pour la première fois, le nombre d’étudiants issus des classes populaires diminue sur les bancs de l’université. Le mouvement de démocratisation de l’enseignement supérieur est en panne. Les inégalités entre étudiants, entre établissements explosent. La politique du gouvernement renforce un système de reproduction des élites.

Précaires pendant leurs études, les jeunes doivent ensuite affronter un marché du travail qui ne leur fait pas de place. La période d’insertion professionnelle, véritable bizutage sociale, est devenue un calvaire. Obligés d’enchaîner les stages les CDD sans aucune protection financière contre le chômage, les jeunes sont dans l’incapacité de faire des projets de vie solide et de se projeter vers l’avenir. 5 fois plus qualifiés que la génération de leurs parents, ils ne peuvent espérer décrocher un emploi stable qu’après plusieurs années de galère.

C’est à un tout autre avenir auquel les jeunes aspirent. Alors que la rigueur semble être le maître mot de tous les discours, les jeunes refusent d’être la génération sacrifiée sur l’autel de la crise. Déjà l’automne dernier lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, nous avions fait entendre notre voix pour protester contre un système qui ne nous laisse aucunes perspectives d’avenir. Face à une situation sociale de plus en plus dure, les jeunes n’accepteront pas que la dette devienne le justificatif de régression sociale.

Une politique pour les jeunes est une politique qui fait le choix d’investir dans l’éducation et de permettre au plus grand nombre d’accéder au plus haut niveau de qualification. La priorité est de rétablir l’égalité entre les étudiants. Cette égalité pose la question de l’accès à l’enseignement supérieur, de la réussite universitaire et de la protection sociale des jeunes. Elle ne pourra se faire sans une réforme en profondeur de notre système d’aide sociale pour en finir avec le salariat étudiant, en mettant en place une allocation d’autonomie, qui donne à chacun les moyens d’étudier sans être contraint d’être salarié. Cette politique est incompatible avec l’austérité et la « règle d‘or » qui pourrait rendre anticonstitutionnelle la mise en place d’une allocation d’autonomie.

Parce que les jeunes veulent prendre toute leur place dans un débat qui les concerne, l’UNEF appelle les jeunes à participer aux journées du 11 et du 15 octobre, contre une rigueur imposée et dépressive et prendra l’initiative de nouvelles perspectives contre la rigueur et pour la défense du RESS.