Le retour du nationalisme en Hongrie

Depuis de nombreuses années on observe en Europe un retour au premier plan de l’extrême-droite. En France la parole de Marine Le Pen semble aujourd’hui banalisée, faisant fi de l’histoire et de ce qu’elle y représente. Les raisons de cette résurgence politique sont à trouver dans l’ancrage de plus en plus réactionnaire dont font preuves les partis « de centre-droit européen ». Ainsi, en reprenant les arguments et la rhétorique des partis d’extrême-droite, les partis, notamment membres du Parti Populaire Européen rendent ceux-ci « présentables » aux yeux de l’opinion. La Hongrie n’y fait pas exception. En effet, le 23 mai 2010 à Budapest, Victor Orban accédait au pouvoir. Depuis, sous le titre de « ministre-président », c’est-à-dire responsable de l’exécutif, ce conservateur ne cesse de laisser planer de nombreuses menaces sur le respect de la démocratie et de l’Etat de droit en Hongrie. L’année dernière le journal d’investigation allemand Die Tageszeitung révélait que V. Orban proposait de faire appel à des policiers à la retraite pour surveiller les allocataires d’aide sociale ou des indemnités du chômage dans la réalisation des travaux d’intérêt général que la loi leur impose de faire dans des camps. Ces derniers ont été qualifiés de « camps de travail » par le journal allemand. En réalité ces camps visent en premier lieu les rom (dont 50% de la communauté est concerné par le chômage).

En ce début d’année une nouvelle étape a été franchie avec l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution. Celle ci donne au président-ministre des pouvoirs accrus et sans contrôle du pouvoir législatif. Ces pouvoirs menacent notamment l’indépendance de la justice. De plus cette nouvelle constitution comporte une inclinaison très nationaliste (le nom de l’Etat ne fait plus mention de son caractère républicain) et affirme le caractère chrétien de la Hongrie, au mépris de toute idée de sécularisation du politique. Les mariages homosexuels sont interdits et le droit à l’avortement menacé (faisant suite à une campagne anti-avortement du ministère de la santé). Avec les lois à valeur constitutionnelle qui l’accompagnent, la nouvelle constitution menace directement la liberté des médias, socle fondateur de la démocratie. Le conseil de contrôle nouvellement institué, et nommé par le président-ministre dispose de moyens coercitifs sur les médias si ceux-ci ne sont pas « équilibrés politiquement » ou s’ils entravent « la dignité humaine », notions vagues qui séviront d’écran à une mise sous tutelle de la presse.

Alors que partout dans le monde les jeunes démontrent leur soif et aspiration à une nouvelle société, reposant sur la liberté et l’égalité, une fois encore, des gouvernements font le choix de l’obscurantisme et de l’autoritarisme au détriment même de l’intérêt général. Ainsi, nous apporterons notre soutien à la société civile et au mouvement social hongrois, qui se sont de nombreuses fois exprimés lors de ces derniers jours, pour défendre la liberté, la démocratie et le respect de tous. La lutte contre l’extrême-droite et pour le vivre ensemble que nous menons au quotidien dans nos universités s’inscrit ainsi dans une démarche européenne et internationaliste. Les jeunes ont toujours su dans le passé se mobiliser quand les droits démocratiques étaient menacés. Nous pensons que plus que jamais l’histoire démontre que lorsque la liberté de la presse commence à être muselée c’est que la dérive liberticide des gouvernants commence à prendre une ampleur extrêmement préoccupante. Ce n’est pas à cette société que nous aspirons.