La réforme de l’enseignement supérieur est devant nous, pas derrière

En réaction à un sondage très sévère sur le bilan du quinquennat en matière de politique universitaire, Laurent Wauquiez, actuel ministre de l’enseignement supérieur, a regretté mercredi dernier un déficit de pédagogie en direction de la population. Il faut pourtant reconnaître au ministre que l’agitation tout azimut de son gouvernement a permis de remettre les universités au centre de l’enseignement supérieur, au détriment des grandes écoles. Mais les grands défis universitaires réclament autre chose qu’une simple effervescence dénuée d’objectifs politiques clairs. A force de privilégier la forme aux objectifs, le gouvernement aura passé cinq années à réformer au service des directions d’établissements, sans jamais répondre réellement aux besoins de la population étudiante.

Les petites universités, fers de lance de la démocratisation et sur lesquelles des milliers de jeunes placent leurs espoirs d’ascension sociale, ont été les grandes perdantes d’une loi d’autonomie qui a creusé les inégalités territoriales. L’absence de pilotage national des activités de formation a poussé les établissements à délaisser les jeunes les moins favorisés et à concentrer leurs moyens sur les meilleurs étudiants au travers de nouvelles filières sélectives s’assurant ainsi un AAA auprès des jurys internationaux. Les 5 milliards d’euros annoncés en début de quinquennat pour la rénovation des campus se sont finalement transformés en un saupoudrage de quelques 200 millions d’euros attribués à une poignée de projets.

L’absence de recrutement d’enseignants pour des raisons idéologiques a rendu inopérant tout dispositif de lutte contre l’échec, tandis que la dépense par étudiant dans les classes préparatoires est restée deux fois supérieure à celle des étudiants des filières générales. Enfin, malgré la crise économique, la baisse du pouvoir d’achat des étudiants n’a jamais été prise au sérieux. Seul le dixième mois de bourse, arraché in extremis en fin de mandature, a permis d’améliorer les conditions de rentrée de 20% des étudiants. Les internats d’excellence, passeports logements et autres mesures cosmétiques ne parviennent d’ailleurs plus à masquer la réalité des chiffres : depuis 2006, la part d’étudiants issus de milieux populaires dans l’enseignement supérieur a reculé de près de 10%.

La pédagogie ministérielle n’y changera donc rien car les faits sont têtus : ce quinquennat restera pour les étudiants celui du renoncement et de l’élitisme social. Mais ils n’en resteront pas là. Les étudiants veulent voir dans l’université une promesse de vie meilleure plutôt qu’un canasson dopé pour la compétition internationale. Ils attendent des réformes de fond. Dans la continuité du formidable effort de massification qui a permis à des millions de jeunes d’accéder aux emplois de cadre à partir des années 1960, c’est d’une nouvelle phase de démocratisation, entièrement consacrée à la réussite du plus grand nombre dont nous avons besoin.

Quel qu’il soit, le prochain gouvernement ne pourra donc pas faire l’impasse sur des dossiers majeurs, jusqu’ici délaissés ou traités de façon superficielle par les ministres successifs. D’abord le pouvoir d’achat étudiant ne peut rester le plus faible de l’ensemble de la population. La refonte du système d’aides sociale pour un objectif de 50% de boursiers dès la rentrée 2012, la revalorisation des aides au logement et le rattrapage des constructions pour atteindre 10% d’étudiants logés en résidence universitaire en 2017 devront être des priorités immédiates et préalables à toute concertation.

Ensuite, la réussite des étudiants en licence doit être abordée en profondeur, c’est à dire par la remise à plat des enseignements, le recrutement de 25 000 enseignants et personnels sur 5 ans et une rénovation des pratiques pédagogiques liant pluridisciplinarité et spécialisation progressive. L’accueil de nouveaux publics à l’université doit redevenir une priorité gouvernementale à l’heure où seuls 40% des jeunes de moins de 30 ans issus de milieux ouvriers ont pu s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Ce chantier doit s’articuler autour de la lutte contre les voies de contournement des universités en redonnant aux IUT leur rôle historique d’accueil des étudiants issus de filières non générales.

Enfin l’ouverture des portes du master au plus grand nombre devra permettre d’augmenter le niveau général de qualification de notre pays pour rattraper un retard conséquent sur la moyenne des pays de l’OCDE, au premier rang desquels les Etats Unis ou les pays scandinaves.

Ces objectifs ne pourront être remplis qu’à la condition d’y concentrer l’ensemble des efforts humains et financiers. Les réponses devront être à la hauteur des attentes de millions de jeunes qui regardent aujourd’hui avec scepticisme une institution qui leur a tourné le dos. Chacun sait que l’université d’aujourd’hui annonce la société de demain. Si rien ne change, c’est une France de la reproduction sociale et en pénurie de travailleurs qualifiés qui se prépare aujourd’hui. Ce constat vaut toutes les prévisions des agences de notation.