2 chantiers pour faire de l’éducation une priorité

L’échéance présidentielle doit permettre une prise de conscience de l’urgence à agir pour améliorer la situation des jeunes. C’est dans cette optique que l’UNEF porte dans le cadre des présidentielles deux chantiers majeurs pour reconnaître aux jeunes leur droit à l’avenir. Préparer l’avenir c’est avant tout remettre l’ascenseur social en marche. Cela passe par la reconnaissance d’un droit aux études et à une qualification de haut niveau pour tous garantis par une mise en sécurité sociale de la jeunesse. Rouvrir le champ des possibles pour les jeunes, passe aussi par une réflexion éducative. La redéfinition du rôle de l’université. Repenser le rôle de l’université pour en faire l’outil de la démocratisation de l’enseignement supérieur contre la reproduction des élites et des déterminismes  est une nécessité. Ces chantiers, à contre courant des politiques menées depuis 2007, doivent être à la source d’un nouvel élan pour le pays. 

Plus d’une trentaine d’années après le début de la massification scolaire, nombreux sont ceux qui doutent encore du bien fondé de la démocratisation scolaire. La politique menée depuis plusieurs années – en misant sur une université fondé sur l’élitisme à destination d’une minorité d’étudiants –  a détourné l’enseignement supérieur de sa mission historique qui consiste à permettre au plus grand nombre de jeunes d’en être diplômé. 

Le retour aux politiques élitistes a eu des conséquences néfastes en matière d’ouverture sociale puisque depuis 2006 la part des étudiants issus des catégories populaires (ouvriers et employés) a baissé de 9%. C’est donc une véritable ségrégation universitaire selon l’origine sociale des étudiants qui détermine aujourd’hui l’accès au diplôme. 

Une protection inadaptée et injuste

Cette aggravation des inégalités sociales légitimées par l’enseignement supérieur, prend racine dans l’inadaptation du système de protection des étudiants. Conçu après guerre pour une population étudiante dont les effectifs dépassaient à peine 200 000 unités, la protection des étudiants a été construite sur deux piliers. Les bourses sur critères sociaux – destinées aux étudiants issus des catégories les plus modestes – et les exonérations fiscales par l’intermédiaire de la demi-part fiscale versée aux parents. Ces aides directes et indirectes composent la grande partie de l’aide proposée aux étudiants. 

La massification universitaire débutée dans les années 60 a rendu obsolescent ce système. Actuellement ce sont près de 8 étudiants sur 10 qui n’ont pas accès à une bourse sur critères sociaux. Les étudiants boursiers vivent avec des revenus d’appoint puisque le montant des bourses varie entre 160 et 460 € par mois. La faiblesse de la protection enferme les étudiants dans la précarité. Ce système inadapté ne permet donc pas aux étudiants de réussir au mieux.

Au-delà de son inadaptation, le système actuel se révèle être profondément injuste. La puissance publique consacre d’avantage d’argent à destination des plus aisés. Chaque année, 1,7 milliard d’euros sont consacrés aux exonérations fiscales pour les familles les plus riches, tandis que le montant total des bourses à destination des plus modestes est seulement de 1,4 milliard d’euros. Ce système laisse donc jouer à plein les inégalités sociales et familiales.

Entre dépendance familiale et petits boulots… la précarité comme seul horizon

Outre son inadaptation et son caractère injuste le système familiariste actuel handicape l’avenir des étudiants. En décidant de faire reposer sur les familles le soutien des jeunes lors de leur parcours de formation, la puissance publique à fait le choix de s’appuyer sur les solidarités privées. 

Cette logique de protection pose problème car elle porte atteinte à l’autonomie des jeunes et les met en situation de minorité sociale alors même qu’ils sont majeurs civilement. En l’absence d’un système de protection garantissant le droit à la formation, les étudiants apparaissent comme des « enfants à charge » pour leur famille, à qui la société ne fait pas confiance. Ce maintien forcé dans les solidarités familiales implique de nombreux sacrifices. Que cela concerne les contraintes sur le choix des études à entreprendre, la cadence rapide des études ou l’incapacité de pouvoir accéder à un logement indépendant, la dépendance familiale se révèle être une négation du droit à l’autonomie.

La crise que nous vivons vient d’entamer sérieusement le mythe de la  solidarité familiale. L’impact quotidien de la crise sur le pouvoir d’achat des familles entame sérieusement leur capacité à subvenir aux besoins des leurs enfants engagés dans des études supérieures. Ainsi, pour 68% des étudiants, le salariat « alimentaire » s’impose comme une absolue nécessité. Les heures consacrées au travail salarié sont autant de moments qui détournent les étudiants de leur formation. Cela a un impact sur la réussite des étudiants, l’Observatoire de la Vie Etudiante évoque une multiplication par deux des risques d’échec pour les étudiants salariés. 

Une allocation d’autonomie pour mettre fin à un système qui ne marche plus !

Il est temps que les mesures destinées aux jeunes changent radicalement pour répondre réellement à leurs besoins. L’UNEF revendique la création d’une allocation d’autonomie pour mettre fin aux inégalités qui touchent actuellement les jeunes. Cette allocation d’autonomie doit permettre à chaque jeune de construire son parcours et de suivre les études souhaitées. Cette allocation d’autonomie repose sur plusieurs principes.

Elle doit être universelle, tous les étudiants doivent pouvoir en bénéficier. Son montant doit être suffisant pour couvrir l’ensemble des besoins et par conséquent mettre fin au salariat étudiant. Enfin pour garantir le principe d’autonomie cette aide doit être calculée en fonction de la situation propre de l’étudiant et non plus celle de ses parents afin que les jeunes soient aidés selon leurs besoins. 

Comment financer cette allocation ?

Cette allocation doit voir le jour par la refonte des aides existantes (150 aides actuellement) et par la redistribution directement aux étudiants des aides aux familles qui représentent aujourd’hui près de 5 milliards d’euros. En parallèle de la remise à plat des dispositifs existants, un plan pluriannuel de financement doit conduire au doublement des sommes consacrées actuellement aux aides directes (10 milliards d’euros actuellement).

Une réponse d’ampleur pour permettre à chaque jeune de réussir ses études

Loin d’être une proposition anodine l’allocation d’autonomie est la réponse qui doit permettre aux étudiants de se consacrer à 100% à leurs études. Elle doit être la pierre angulaire du statut de l’étudiant qui doit reconnaitre pleinement le droit aux études et garantir de nombreux droits (santé, logement, culture…). L’allocation d’autonomie représente également un puissant levier pour faire sortir le pays de la crise. En protégeant la catégorie des 18-25 ans – qui est aujourd’hui la plus pauvre de la population – elle permet à chaque jeune d’étudier dans de bonnes conditions et d’exploiter au mieux ses capacités en réalisant son parcours.

Les combats syndicaux menés ces dernières années par les étudiants ont permis d’arracher des mesures en faveur de la réussite à travers le « plan licence » et le nouvel arrêté des études en licence. Si ces mesures ont permis de rappeler l’objectif de diplômer 50% d’une classe d’âge, les premiers cycles universitaires restent marqués par l’échec massif des étudiants. 

Cette stagnation du taux de réussite a été accompagnée par un inquiétant reflux du nombre de jeunes entrants dans l’enseignement supérieur. A l’heure où la part d’une génération accédant à l’enseignement supérieur diminue, il est urgent de faire de la réussite de tous une priorité. Contrairement aux théoriciens de l’échec universitaire qui prétendent que l’augmentation du nombre de diplômés entrainerait une dévaluation mécanique des diplômes, nous pensons que la valeur des qualifications universitaires n’est pas liée au nombre de personnes qui l’obtiennent mais à son contenu. Permettre la réussite de tous ne se fera pas sans modifier les modes de transmission des savoirs, les modes d’évaluation et les contenus des formations. C’est d’une véritable révolution pédagogique dont nous avons besoin pour que plus d’étudiants puissent réussir à l’université. Pour rendre cela possible nous voulons que quatre chantiers soient rapidement entrepris.

Renforcer l’encadrement pédagogique pour ne plus laisser les étudiants livrés à eux-mêmes

Améliorer la réussite de tous à l’université ne pourra se faire sans créations de postes. Les dernières initiatives en matière de réussite en licence ont échouées car elles n’ont pas été accompagnées par une augmentation substantielle des moyens humains et financiers. Il faut rompre avec l’idée qu’il est possible d’amener 50% d’une classe d’âge à la licence à moyens constants. La transformation des modes de transmissions des connaissances (augmentation du nombre d’heures de cours, développement des cours en petits groupes…) nécessite un engagement financier conséquent.

Pour cela il est urgent d’engager un plan pluriannuel de recrutement de 2500 enseignants-chercheurs et de 2500 personnels par an pendant 5 ans pour palier au manque d’encadrement dans les universités.

Un effort particulier doit être porté à destination des filières actuellement sous dotées financièrement. Les lettres et sciences humaines ainsi que les sciences juridiques et économiques connaissent des taux d’encadrement trop faibles. Des plans spécifiques de soutien à ces filières doivent être mis en place. 

L’accompagnement individualisé doit être développé et renforcé afin de permettre par exemple la préparation des secondes sessions d’examens pour les étudiants en échec lors des premières sessions.

Remettre l’étudiant au cœur de l’université en engageant une révolution pédagogique

Le contenu des enseignements et des modalités de transmission des savoirs ne sont plus adaptés à la diversité que composent les 2,2 millions d’étudiants. Il est donc urgent d’opérer une véritable révolution pédagogique à l’université. Tout doit être entrepris pour remettre les étudiants au cœur de l’université.

Les formations de premiers cycles doivent évoluer pour aller vers des offres pluridisciplinaires. Ces licences doivent être construites sur la base des grands domaines de formations existants actuellement : lettres, arts et sciences humaines et sociales ; sciences techniques ; sciences économiques et juridiques… La première année doit être pluridisciplinaire et amener l’étudiant à se spécialiser tout au long de la licence. Cela doit permettre l’acquisition de la méthodologie universitaire et la découverte des différentes disciplines et filières du grand domaine concerné. La deuxième année doit amener l’étudiant à consolider ses connaissances et à parfaire l’acquisition de la méthodologie. Enfin la troisième année doit amorcer une spécialisation vers une ou plusieurs disciplines afin de préparer la poursuite d’études en master.

Les contenus de la formation doivent évoluer afin que la part entre la formation pratique et la formation théorique soit rééquilibrée. L’objectif est de mobiliser d’avantage de ressources de la part des étudiants. Pour cela des enquêtes de terrains, des travaux en groupe, des exposés doivent être régulièrement confiés aux étudiants.

Les cours en amphis doivent être supprimés en première année. Ils doivent être remplacés par des enseignements dispensés en petit groupes afin que ces étudiants puissent bénéficier d’une proximité pédagogique. 

L’augmentation du volume horaire hebdomadaire doit également être une priorité. Pour former progressivement les étudiants au travail autonome, il convient de garantir un minimum de 25 heures de cours par semaine en première année (comprenant des temps pédagogiques variés : sport, théâtre, langues). L’augmentation du temps d’enseignement en présentiel permet notamment de lutter contre les déterminismes sociaux.  

L’évaluation des étudiants un outil au service de la réussite

L’évaluation est souvent considérée par certains comme un outil de sélection par l’échec. Si la publication d’un nouvel arrêté licence a permis de garantir à tous les étudiants des droits conséquents en généralisant la compensation annuelle et en interdisant les notes éliminatoires, de nombreuses universités tentent de se servir de l’évaluation comme un moyen de sélection par l’échec. De nombreuses universités ont notamment tentés de supprimer les sessions de rattrapages. Loin de cette vision régressive, l’UNEF propose de faire de l’évaluation un outil au service de la progression des étudiants. Pour se faire nous nous battons pour le renforcement de la réglementation nationale et pour la mise en place d’une charte nationale des examens.

La diversification des modes d’évaluation est une première évolution nécessaire pour faire réussir les étudiants. La dissertation ne peut plus être le mode unique d’évaluation dans certaines filières. Cette modalité d’évaluation est discriminante, elle requière la maitrise de codes culturels très précis. Les étudiants doivent être évalués selon des modalités diversifiées. Cela doit leur permettre de mettre en avant leur maitrise des connaissances académiques mais aussi leurs aptitudes à s’approprier leur formation. Pour cela le recours au contrôle continu doit permettre d’éviter l’impasse des examens couperets sanctionnant la fin du semestre. La nature des épreuves doit aussi évoluer, les oraux, les exposés ou la réalisation de projets doivent être développés.

Cette diversification des modes d’évaluation doit être accompagnée du développement et du renforcement du contrôle continu. Dans de trop nombreuses universités le contrôle continu se résume à une seule épreuve par semestre. Nous refusons le faux contrôle continu qui reproduit les mêmes effets que les examens terminaux. Pour lutter contre cela, les épreuves doivent être multipliées tout au long du semestre afin de limiter les effets de l’examen sanction.

La mise en place de dispositifs de lutte contre l’échec est également nécessaire. La généralisation et le renforcement des dispositifs de tutorat, la mise en place de modules de remise à niveau pour les bacheliers professionnels et technologiques poursuivant en filière générale, des cours de consolidation au second semestre pour les étudiants ayant échoué au premier sont autant de dispositifs à généraliser dans l’ensemble des universités.

Enfin la mise en place de dispositions spécifiques pour les étudiants salariés doivent être possibles : dispenses d’assiduité, maintien d’examens terminaux pour les étudiants ne souhaitant pas être évalué en contrôle continu, cours du soir, enseignants-référents, augmentation de la durée d’emprunt à la BU.