La plateforme revendicative étudiante

Un plan d’urgence de 10 mesures immédiates pour relancer l’ascenseur social

Les étudiants sont aujourd’hui 2,3 millions, issus de tous les milieux sociaux qui composent la société française. Ils ont en commun la volonté de se saisir de tous les outils à leur disposition pour s’émanciper, choisir leur propre vie et participer au bon fonctionnement de la société.

Mais sur cette route, les obstacles sont nombreux et les mauvaises expériences changent peu à peu l’enthousiasme de l’âge en désarroi. En particulier, le diplôme est resté la meilleure protection contre le chômage mais ne suffit plus à garantir à chaque jeune qu’il pourra s’élever socialement. 

Les rigidités qui lestent l’ascenseur social et creusent les inégalités  entre les jeunes se situent à deux niveaux. Le premier est l’accès au diplôme qui, loin de se démocratiser est devenu de plus en plus inégalitaire : la part d’étudiants en licence issus de milieux populaires a diminué de 9 points entre 2006 et 2011. Le deuxième est la reconnaissance du diplôme sur le marché du travail : alors que les 18-25 sont en moyenne cinq fois plus qualifiés que leurs parents, ils travaillent pour plus de la moitié sous un contrat précaire, quand 80% de la population travaille en CDI.

Aucune politique de jeunesse ambitieuse ne pourra faire l’impasse sur ces deux sujets. Bien que les jeunes aient été présentés à raison comme l’un des thèmes majeurs de la campagne des élections présidentielles, aucun chemin clair n’a jusqu’à aujourd’hui  été tracé pour relancer l’ascenseur social. 

C’est dans cette perspective que l’UNEF publie aujourd’hui la plateforme revendicative étudiante pour la rentrée 2012. Les 10 exigences étudiantes qui constituent cette plateforme ont toutes en commun de s’attaquer aux principales causes de la reproduction sociale pour ouvrir la voie à une amélioration concrète de la situation des 18-25 ans à l’horizon 2017. Chacune des dix revendications, organisées en quatre chantiers, cible une injustice ou une incohérence qui laisse parfois livrés à eux mêmes des centaines de milliers de jeunes, sans voix et sans droits.

La publication de cette plateforme revendicative doit ainsi remplir deux objectifs. D’abord, elle doit permettre aux étudiants de se saisir des enjeux concrets qui sous tendent le débat national pour faire leur choix à partir de critères qui correspondent directement à leurs préoccupations quotidiennes.

Ensuite, elle permet d’envoyer un message clair aux candidats à l’élection présidentielle : les étudiants attendent des réponses immédiates et seront des acteurs à part entière du prochain mandat. C’est donc dès la rentrée de septembre 2012 et sur la base de ces revendications, claires et connues de tous, que le prochain gouvernement devra rendre des comptes aux étudiants. 

Ce n’est donc pas une confiance aveugle qui guidera les étudiants le 26 avril et le 6 mai pour faire leur choix, mais la certitude que le futur Président de la République aura à répondre de ses décisions, quelques mois après son élection.

1. Revalorisation des bourses de 65% pour atteindre une bourse maximale de 760 euros

Il est urgent de faire du système d’aide sociale, un système plus juste et répondant aux besoins. L’UNEF demande la revalorisation de 65% du montant des bourses, financée par le redéploiement de la demi-part fiscale. Cette revalorisation doit permettre de porter à 760 euros par mois la bourse maximale  qui, cumulée avec l’APL, permet aux étudiants les plus précaires d’étudier avec 900 euros par mois.

2. Création immédiate de 100 000 aides aux étudiants indépendants financièrement dans la perspective de la création d’une allocation d’autonomie à l’horizon 2017

Plus de 300 000 étudiants sont autonomes . Ils bénéficient d’un logement indépendant et sont fiscalement indépendants de leurs parents. Il n’existe pourtant aucun système qui les protège. Il s’agit d’une véritable injustice. Le choix de l’autonomie se pose à l’ensemble des jeunes. C’est faire ses propres choix de vie, se donner les moyens de réussir les études de son choix, commencer à se construire soi même et à construire son avenir.

L’UNEF revendique un plan pluriannuel de financement de 350 000 allocations d’autonomie sur 5 ans par la mise en place, dès la rentrée 2012, de 100 000 allocations d’autonomie, d’un montant de 760 euros mensuel (niveau de la nouvelle bourse échelon 6).

3. Revalorisation des aides au logement de 20% pour rattraper l’explosion des loyers.

La première difficulté des jeunes dans l’accès à un logement autonome concerne le montant des loyers. En moyenne un étudiant parisien doit payer 750 euros par mois et un étudiant en province 450 euros par mois. Sans ressources financières, payer un loyer est impossible sans travailler et s’appuyer sur les solidarités familiales. L’UNEF revendique ainsi la revalorisation de 20% des APL.

4. Création d’un titre de séjour couvrant la durée de l’ensemble d’un diplôme pour sécuriser le parcours des étudiants étrangers

Les étudiants étrangers ne bénéficient pas d’un renouvellement automatique de leur titre de séjour. Cette situation de préca- rité administrative est facteur de désta- bilisation pour de nombreux étudiants. Nous proposons que désormais les titres de séjour couvrent toute la durée du di- plôme préparé par les étudiants étrangers. Cette mesure doit permettre de sécuriser les parcours des étudiants étrangers en leur garantissant de pouvoir mener à leurs études à leur terme.

5. Donner la priorité aux étudiants de bac techno dans l’inscription en IUT pour limiter les voies de contournement à l’université.

Les IUT offrent de véritables possibilités de poursuites d’études pour les bache- liers technologiques. Aujourd’hui les étu- diants issus des bacs technos sont trop souvent recalés dans l’accès aux DUT. Les étudiants issus des bacs généraux profitent de cette situation et utilisent les IUT comme moyen de contourner les premiers cycles universitaires. Pour lutter contre les « voies de contournement » nous proposons que la priorité soit don- née aux bacheliers technologiques dans l’inscription en IUT.

6. Recruter 2500 enseignants et 2500 personnels pour les premiers cycles universitaires pour garantir les 1500h légales d’enseignement

Le taux d’encadrement pédagogique et administratifs des étudiants français est un des plus bas de l’OCDE. Nous proposons d’augmenter l’encadrement et par consé- quent d’augmenter le nombre d’heure de cours pour les étudiants de premier cycle en mettant en place un plan de recrute- ment pluriannuel. C’est pour cela que les nouveaux moyens humains seront fléchés vers les filières actuellement sous enca- drées.

7. Référencer les licences en une liste de 30 intitulés pour une meilleure reconnaissance des formations

Il existe aujourd’hui plus de 9000 possibilités de formations différentes pour les bacheliers. Chaque université décide des intitulés des diplômes qu’elle propose aux étudiants. Les étudiants assistent ainsi à un éclatement de l’offre de formation au sein des universités à quoi vient s’ajouter l’ensemble des parcours disponibles en dehors des universités ou au sein des IUT (grandes écoles, CPGE, BTS, écoles d’architecture, …). Cette situation est une aberration pour plusieurs raisons. D’un part elle aggrave encore les difficultés d’orientation pour les étudiants avec l’apparition plusieurs intitulés de diplômes différents qui correspondent à une offre de formation similaire. D’autre part, parce que ça aggrave également la difficulté de lisibilitéspour les employeurs, qui méconnaissent aujourd’hui encore le fonctionnement des universités.  

Un consensus existe aujourd’hui au sein de la communauté universitaire afin de rendre l’offre de formation plus lisible. L’UNEF propose de limiter le nombre d’intitulés de licence à 30.

Sur la base des textes réglementaires, on peut fixer une liste de 30 mentions de licence, étant chacune rattachées à un domaine de formation :
• 5 mentions en Droit-Economie et Gestion : Droit / Economie / Gestion / AES / Sciences politiques
• 8 mentions en Arts-Lettres et Langues : Arts plastiques / Arts du spectacle / LEA / Langues / Lettres classiques / Lettres modernes / Musique / Sciences du langage
• 8 mentions en SHS : Sociologie / Histoire/ Géographie / Histoire de l’art-archéologie / Information et communication / Psychologie / Sciences de l’éducation / Philosophie
• 9 mentions STS : Mathématiques / MIASS / Informatique / Sciences pour l’ingénieur / Physique / Chimie / Sciences de la vie / Sciences de la terre /  STAPS

8. Garantir aux étudiants de master 1 une inscription en master 2 dans leur établissement d’origine.

La sélection qui s’opère entre la première et la deuxième année de master couplée à la mise en concurrence entre les étudiants dans l’accès au M2 empêche une orien- tation choisie. Des étudiants sont parfois acceptés dans des M2 qui se situent à des centaines de kilomètres de leurs lieux de vie. Pour mettre fin à cette situation aberrante nous proposons que chaque étudiant titulaire d’un M1 ait la garantie de pouvoir s’inscrire en M2 dans son université.

9. Pénaliser l’abus de stage par son inscription dans le code du travail pour protéger les stagiaires et libérer 100 000 emplois déguisés

Les stages représentent un véritable scan- dale. Rien n’est fait pour empêcher les en- treprises d’abuser des stages. Il est urgent d’agir en faisant avancer la réglementation les concernant. Pour garantir les droits des stagiaires et empêcher les dérives en matière de stage, nous proposons la pénalisation des abus de stages et son inscription dans le code du travail. Cela doit permettre notamment d’empêcher les entreprises d’embaucher des jeunes diplômés via les stages. En limitant le re- cours aux stages, des milliers d’emplois seront libérés, on estime qu’actuellement 100 000 emplois sont indument occupés.

10. Donner un accès de droit au RSA pour les moins de 25 ans.

En 2009, le RSA a été ouvert aux jeunes de moins de 25 ans ayant travaillé au moins deux ans sur les trois dernières an- nées. Ces critères extrêmement restrictifs rendent peu accessible ce revenu puisque seuls 3 000 bénéficient du RSA. Nous pro- posons la fin de l’exclusion sociale dont sont victimes les jeunes en étendant le RSA aux moins de 25 ans. Cette mesure doit permettre de protéger les 300 000 jeunes qui aujourd’hui sont sans emplois et se retrouvent sans protection sociale et sans indemnités. L’extension du RSA aux jeunes représente une avancée en ma- tière d’accès des jeunes au droit commun.