Un quinquennat contre les jeunes

Ces dernières années les mobilisations des jeunes ne sont pas passées inaperçues. Des mobilisations lycéennes contre les suppressions de postes dans l’éducation, aux luttes étudiantes pour défendre leurs aides sociales (10ème mois de bourses, maintien des aides au logement…) en passant par la mobilisation des jeunes contre la réforme des retraites les cinq années qui viennent de s’écouler auront été le théâtre d’un affrontement larvé entre les jeunes et le pouvoir en place.

Nicolas Sarkozy ne comprend pas les jeunes. Premier président élu sans les voix des jeunes, le président de la République n’a jamais su répondre aux aspirations de notre génération. Pire les orientations politiques choisies ont causé une profonde détérioration de la place des jeunes dans la société française qui se matérialise aujourd’hui par une crise sociale majeure où l’on retrouve en creux le déclin éducatif, la relégation sociale et l’exclusion de l’emploi dont sont victimes les jeunes. Cet incompréhension a été la source de l’affrontement qui s’est déroulé tout au long du quinquennat entre Nicolas Sarkozy et les jeunes. 

Des réformes menées contre l’intérêt des étudiants

Les grandes réformes universitaires et éducatives du quinquennat n’ont pas été pensées en mettant les étudiants au cœur de la réflexion. En privilégiant systématiquement l’intérêt des chefs d’établissement ou des acteurs extérieurs au monde éducatif, les étudiants ont vu leurs droits s’affaiblir. 

La mise en concurrence des universités, objectif non avoué du quinquennat

L’enseignement supérieur était une priorité de la politique de Nicolas Sarkozy. En effet, depuis 2007, le gouvernement a empilé les réformes à destination de ce secteur. La mise en concurrence dans l’optique de mettre en place un système élitiste a été le marqueur de l’ensemble des réformes. Cette orientation politique a suscité des contestations importantes au sein de la communauté universitaire. Loin de régler les problèmes que connaissait l’enseignement supérieur, la politique menée les a accentués.

Les universités et la recherche sont toujours sous-financées, leur immobilier continue à se dégrader et le taux d’échec en premier cycle demeure massif en dépit du « plan licence » lancé par Valérie Pécresse.

De nombreuses réformes ont cristallisées le mécontentement des étudiants. La LRU (loi Libertés et Responsabilités des Universités) votée quelques semaines après l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, a été fortement contestée par les étudiants et les personnels. En attaquant la démocratie universitaire et en renforçant les inégalités, la loi LRU a été appliquée contre l’avis de la communauté universitaire.

D’autres mesures ont accompagné l’autonomie, comme l’Opération Campus et le Grand Emprunt. Elles sont également allées dans le sens d’une mise en concurrence des établissements avec le risque d’une université à deux vitesses en termes de moyens financiers.

En concentrant les moyens sur une poignée d’universités, le gouvernement a clairement fait apparaitre sa volonté de voir apparaître quelques pôles universitaire ayant vocation à être compétitifs sur la scène internationale. Ce bouleversement du paysage universitaire a posé les bases d’un enseignement supérieur concurrentiel. Par des modifications à marche forcée, le gouvernement fait courir le risque de la création de déserts universitaires.

Des réformes au service des directions d’établissements

La loi LRU apporte deux principales évolutions structurelles. D’une part elle a réformé la gouvernance des établissements en concentrant de nombreux pouvoirs entre les mains des présidents d’universités. D’autre part elle octroi de nouvelles compétences aux universités en renforçant notamment leur autonomie financière.

En ce qui concerne la gouvernance, les conseils d’administration sont désormais plus restreints en nombre (30 membre en moyenne contre 60 auparavant). Le nombre des élus étudiants a fortement baissé au profit des personnalités extérieures (représentants des collectivités locales, du monde économique et social…). Outre cette baisse de la représentation étudiante au sein des conseils d’administration, la LRU a conduit à un affaiblissement des autres instances : CEVU (Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire) et CS (Conseil Scientifique).

Le renforcement de l’autonomie des universités révèle un désengagement de l’Etat dans la conduite des politiques universitaires. En matière budgétaire tout d’abord, les établissements ont désormais une autonomie sur la gestion du budget dans sa globalité, alors qu’ils n’en disposaient que sur 30% du budget environ avant la LRU. Cette gestion de la totalité du budget induit notamment la masse salariale auparavant gérée par l’Etat.

Dans la gestion des ressources humaines, les établissements ont ensuite la possibilité de recruter des agents contractuels, de gérer la politique de primes et la répartition des obligations de service ainsi que de créer des dispositifs d’intéressement.

Dans le domaine immobilier enfin, la LRU a introduit la possibilité pour l’Etat de transférer aux établissements qui en font la demande la pleine propriété des biens immobiliers mis à leur disposition par les pouvoirs publics.

Voulus par les présidents d’universités, ces évolutions dans le mode de fonctionnement des universités s’avèrent être des échecs. Les transferts de compétences ont crées de nombreuses problématiques dans les universités. L’accompagnement financier de l’Etat dans le transfert des charges n’a été que partiel. Cela à conduit à augmenter les difficultés budgétaires des universités. On estime aujourd’hui que le transfert de compétences à conduit les universités à geler près d’un millier d’emploi afin d’équilibrer les budgets. 

Les dossiers étudiants malmenés

Lorsque le gouvernement a tenté de répondre aux revendications étudiantes l’insuffisance des mesures proposées a été particulièrement flagrante. De l’échec de la mise en place du plan réussite en licence à l’interdiction inopérante des stages hors cursus le gouvernement a malmené en permanence les dossiers étudiants.

Le plan licence une occasion ratée pour améliorer la réussite des étudiants

Le plan licence annoncé en décembre 2007 était une réponse à la mobilisation étudiante. En prévoyant une refonte totale de la licence à l’horizon 2010, ce plan devait permettre de mettre fin à l’échec massif qui touche les premiers cycles universitaires. 

Au final l’application des mesures phares du plan licence est très hétérogène. Chiffres à l’appui, l’on constate que l’application des mesures phares s’est faite de manière inégale. 
• Seules 32% des universités ont augmenté leur volume horaire.
• Moins de 28% des universités ont augmenté la part des cours en petits groupes et réduit la part des cours magistraux en L1.
• Seules 40% des universités ont prévu de développer la pluridisciplinarité en licence.

Cette application marginale des mesures du plan licence sont à relier à la faiblesse des moyens financiers et l’absence de pilotage national des formations de premiers cycles. Dans certaines universités, les crédits du plan licence ont été tout simplement dévoyés. Paris 2 et Bordeaux 4 se sont servies du plan licence pour mettre en place des dispositifs contraires à son esprit. Elles ont notamment mis en place des mécanismes de sélection en séparant les licences selon des parcours de niveaux. 

L’insertion professionnelle des étudiants ne s’est pas améliorée

Se présentant comme la « ministre des étudiants », Valérie Pécresse a voulu faire de la préparation à l’insertion professionnelle une des priorités de son mandat. Le bilan de cette politique visant à favoriser l’insertion professionnelle est jugé sévèrement par une majorité de français car 46% pensent que l’université française facilite moins l’insertion professionnelle aujourd’hui qu’il y a 5 ans contre seulement 36% qui pensent le contraire.

Cela prend racine dans les mesures prises par le gouvernement. Les BAIP (Bureaux d’Aide à l’Insertion Professionnelle) n’ont que peu de réalité dans les parcours étudiants. Présentés comme la solution aux problèmes d’insertion professionnelle, les BAIP n’ont pas amélioré l’insertion des jeunes diplômés. Dans la plupart des universités les BAIP ont souffert d’un manque de moyens. L’absence d’une définition claire de leurs missions n’a pas permis d’offrir dans l’ensemble des universités les mêmes outils aux étudiants.

Le désaveu concernant les réformes entreprises en matière d’insertion professionnelle est également dû à l’inaction concernant les stages. La mise en place du décret interdisant les stages hors cursus n’a pas permis de résoudre la situation. En prévoyant des exceptions au principe d’interdiction des stages hors cursus, le décret est aujourd’hui inopérant. L’absence d’une véritable réglementation interdisant les stages hors cursus conduit les entreprises à abuser des stages, actuellement 100 000 emplois seraient indument occupés.

Les revandications étudiantes méprisées

Les difficultés économiques et sociales des jeunes se sont détériorées avec la crise qui touche le pays. Les jeunes ont été dépourvus de protection face à la lame de fond social qu’a généré la crise. Aucune réponse satisfaisante n’a été apportée. Le gouvernement s’est contenté de multiplier les concertations et les tables rondes sans que rien ne change. Cette inaction politique à conduit à l’aggravation des conditions de vie et d’insertion des jeunes. Elle est à mettre en lien avec leur situation qui est le fruit d’une politique de stigmatisation sociale et économique dont ils sont victimes. 

Cette stigmatisation se matérialise par un empilement de dispositifs d’exception qui a enfermé les jeunes dans un ghetto social. La moitié des moins de 25 ans travaille en contrats précaires alors que 80% des salariés sont en CDI. Plus de 100 000 jeunes travaillent sans contrat sous le régime du stage. 30% des salariés de moins de 25 ans à temps complet sont rémunérés au SMIC. La prime de fin de CDD ne s’applique pas aux jeunes pendant les vacances scolaires, les étudiants salariés cotisent mais n’ont pas droit au chômage, la bourse d’un étudiant de 26 ans dépend de la situation de ses parents même s’il vit seul depuis plusieurs années, 300 000 jeunes au chômage ne bénéficient d’aucune indemnisation ni minima social…

Cette situation d’exclusion sociale a rendu les jeunes vulnérables aux effets de la crise. Le taux de chômage des jeunes a explosé puisqu’il atteint aujourd’hui près de 25% des jeunes actifs. Les mesures prises par le gouvernement n’ont pas permis de répondre aux enjeux soulevés par la crise. La mesure phare a été l’ouverture d’une  sous-partie du RSA qui concerne aujourd’hui seulement 3 000 jeunes. 

Concernant les étudiants les mesures sociales n’ont pas concerné l’ensemble de la population. Si le 10ème mois de bourses a été une véritable avancée pour les étudiants boursiers, 80% des étudiants n’ont pas vu leur situation s’améliorer. Cela se caractérise par la hausse du salariat étudiant (70% des étudiants) et par des difficultés sociales qui accroissent le phénomène de renoncement aux études.

Le bilan de Sarkozy entre renoncement et élitisme

L’affaiblissement des services publics et l’absence de politiques publiques à destination des jeunes ont plongé notre génération dans une grave crise. Des tendances inquiétantes ont vu le jour. De la baisse du nombre d’enfants issus des milieux populaires sur les bancs des universités à la hausse des jeunes sans emploi, les cinq dernières années auront été particulièrement dures pour notre génération qui s’est retrouvée en première ligne de la crise. 

Un système éducatif affaibli

La présidence Sarkozy aura été celle d’un affaiblissement considérable du système éducatif. La France reste notamment l’un des pays qui amplifie le plus sur le plan scolaire les inégalités sociales avec une part croissante d’élèves en difficulté : 15% en 2000 contre 20% en 2009, selon l’enquête PISA menée par l’OCDE.

L’effort de financement global de l’éducation en France a baissé de près d’un point de PIB en 10 ans. Cette baisse de la dépense éducative est a relié au désengagement financier progressif de l’Etat. Cette baisse de l’investissement est due à la baisse considérable de l’emploi dans le service public d’éducation, depuis 2002 plus de 154 700 postes d’enseignants ont été supprimés. Ces suppressions de postes se sont accélérées depuis 2007 avec la règle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. 

La réforme de la formation des enseignants dite « mastérisation » a également suscité de fortes mobilisations dans le secteur éducatif. Dans la seule perspective de réaliser des économies budgétaires, la réforme a consisté à supprimer l’année de stage se déroulant après la réussite aux concours et d’affaiblir la formation professionnelle des futurs enseignants jusque là garantie par les IUFM. Les conséquences de cette réforme qui a provoqué un tollé dans toute la communauté éducative, sont terribles pour le système d’enseignement. Les enseignants recrutés sans formation connaissent des situations professionnelles difficiles. La difficulté de l’insertion dans le métier couplée à l’augmentation du niveau d’études exigées pour passer les concours a fait fortement régresser le vivier de candidats aux métiers de l’enseignement. C’est en dénonçant ces effets que les étudiants se sont mobilisés à de nombreuses reprises pour obtenir le retrait de la réforme. 

L’université ne va pas mieux

De récentes enquêtes d’opinion viennent de montrer qu’une majorité de français n’ont pas été convaincu par les réformes universitaires. Ce jugement négatif du bilan universitaire du gouvernement démontre la faillite des réformes entreprises. Ce quinquennat restera pour les étudiants celui du renoncement et de l’élitisme social. Les étudiants veulent voir dans l’université une promesse de vie meilleure plutôt qu’un canasson dopé pour la compétition internationale. Ils attendent des réformes de fond. Dans la continuité du formidable effort de massification qui a permis à des millions de jeunes d’accéder aux emplois de cadre à partir des années 1960, c’est d’une nouvelle phase de démocratisation, entièrement consacrée à la réussite du plus grand nombre dont les étudiants ont besoin. 

Pour mettre fin à cette situation, l’UNEF porte un projet visant à apporter des ruptures avec la situation actuelle en ouvrant de nouveaux droits aux jeunes.