Appel des élus « UNEF et associations étudiantes »

Le système éducatif français a été malmené ces cinq dernières années. En laissant les logiques comptables prendre le pas sur les enjeux éducatifs, le pouvoir sortant est responsable des profonds problèmes que rencontre aujourd’hui le service public. Loin de répondre à l’enjeu que constitue la démocratisation, les réformes mises en oeuvre ont accentué les inégalités. Malgré la résistance de la communauté universitaire et les avancées que nous avons pu obtenir (10ème mois de bourse, réglementation nationale des examens), nous ne pouvons que déplorer l’affaiblissement du service public d’enseignement supérieur à l’heure où le mandat de Nicolas Sarkozy s’achève.

Fragilisée par des années de pénurie budgétaire, l’Université a subit de plein fouet le désengagement de l’Etat. En se défaussant sur les établissements, l’Etat a contraint la plupart d’entre eux à gérer la pénurie. Cet abandon du service public a conduit les universités à ne pouvoir assurer qu’un service minimal aux usagers que nous représentons.

Dans le même temps, l’Etat a encouragé les universités à entrer en concurrence dans le seul objectif de voir une poignée d’établissements apparaître dans les très contestables classements internationaux. Pour rendre cette logique concurrentielle inéluctable, le gouvernement sortant a utilisé comme moyen de pression, les dotations financières prévues dans le cadre de l’Opération Campus et du Grand Emprunt.

Ces orientations ont de graves conséquences pour notre pays. L’Université qui fut autrefois une promesse d’ascension sociale, ne parvient plus à réduire les inégalités, pire elle les accentue ! Pour la première fois depuis l’après-guerre, nous assistons à un phénomène de déflation universitaire. Cette tendance s’illustre par la diminution du nombre d’enfants issus de milieux populaires sur les bancs de l’université. En cinq ans leur part dans les effectifs étudiants a baissé de 9 points.

L’âpreté de la sélection sociale qui s’abat sur les étudiants n’est malheureusement pas la seule conséquence des décisions appliquées lors du quinquennat. Le reflux de la démocratisation auquel nous assistons a aussi un impact considérable sur l’économie de notre pays. Selon les prédictions d’une récente étude, sans rebond considérable de la démocratisation, les diplômés de l’enseignement supérieur risquent de manquer aux secteurs qui en ont besoin. Dans les conditions actuelles de l’emploi, il manquerait à la France, 2,2 millions de diplômés en 2020. Il n’y aura pas de sortie de crise durable, sans une élévation conséquente du niveau général de qualifications.

Relancer la démocratisation une exigence économique, sociale et culturelle

Face à ce constat, nous élus étudiants, appelons les formations politiques se présentant aux élections législatives à se positionner clairement sur la nécessaire relance de la démocratisation de l’accès et de la réussite dans l’enseignement supérieur. L’accroissement du niveau de qualifications est un élément indispensable au développement du pays.

Indispensable car face à la crise que nous vivons, dépendent de la formation du plus grand nombre la production des richesses et la vitalité économique du pays ; indispensable car les inégalités qui minent notre société doivent être réduites par l’accès des catégories populaires aux qualifications supérieures ; indispensable enfin car la formation du plus grand nombre est un acte de progrès culturel. En faisant reculer l’ignorance, en favorisant l’émancipation des individus, nous nous donnons les moyens de construire une société apaisée.

De nouvelles orientations politiques pour démocratiser l’enseignement supérieur

La démocratisation ne pourra être relancée que par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique éducative reposant sur de nouvelles orientations. Les élus « UNEF et associations étudiantes » exigent l’ouverture de quatre chantiers majeurs.

Premier chantier : Garantir la réussite de tous en réformant les premiers cycles universitaires

Une réforme des premiers cycles doit être engagée pour mettre fin à l’échec endémique qui touche les étudiants. Près de 40% échouent en première année. Une réforme reposant sur la l’attribution de nouveaux moyens et sur une refondation pédagogique des formations doit permettre à 50% d’une classe d’âge d’accéder à la licence.

Deuxième chantier : Reconnaître le droit aux études par la mise en place d’une allocation d’autonomie

Actuellement 80% des étudiants ne perçoivent aucune aide sociale. Coincés entre la dépendance familiale et les revenus issus du salariat étudiant, ces étudiants sont plongés dans la précarité. Les étudiants bénéficiant des bourses sont eux condamnés à vivre avec des revenus d’appoint (entre 160 et 460 € par mois). Afin de garantir à tous les étudiants un droit aux études et une protection sociale de qualité, nous voulons qu’une réforme du système d’aides sociales soit engagée et qu’elle débouche sur la mise en place progressive d’ici à 2017 d’une allocation d’autonomie universelle.

Troisième chantier : Garantir l’égalité sur l’ensemble du territoire par la mise en place d’un cadre national des diplômes

Les restructurations de la carte universitaire entrainent une véritable fracture territoriale. La question de l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et à une formation de qualité est posée par l’émergence de grands pôles universitaires qui relèguent au second plan les universités de proximité. Pour endiguer ce phénomène, nous proposons la mise en place d’un cadre national des diplômes reposant sur une carte nationale des formations qui doit garantir à tous les étudiants l’accès à une formation de qualité reconnue sur le marché du travail. Les élus « UNEF et associations étudiantes » se battront pour l’arrêt des fusions d’universités qui sont aujourd’hui entamées, afin qu’un débat national sur la gouvernance et la carte universitaire puisse être engagé.

Quatrième chantier : Augmenter le financement de l’enseignement supérieur

Les universités sont actuellement sous dotées. En matière de taux d’encadrement la France se situe en avant-dernière position des pays de l’OCDE. Cette faiblesse de l’investissement se traduit par de profondes inégalités. Alors que l’Etat investit près de 14 000 € pour un étudiant en CPGE, la dotation est moitié moins importante pour un étudiant en filière générale à l’université. Cette situation pèse lourdement sur les établissements universitaires, 11 d’entre eux se sont mêmes retrouvés cette année en situation de déficit budgétaire. Nous proposons la mise en place d’une loi de programmation de moyens permettant d’augmenter le budget des universités et d’aligner d’ici 2017 la dépense par étudiant à l’université sur celle des CPGE.

Des mesures immédiates pour relancer la démocratisation

Pour avancer vers ces objectifs, nous exigeons des transformations immédiates. Nous demandons qu’un collectif budgétaire soit convoqué dès le mois de juin. Cela doit se traduire par le dégagement de nouveaux moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche. Les élus « UNEF et associations étudiantes » appellent les formations politiques à s’engager sur 4 mesures à mettre en oeuvre dès l’ouverture de la session parlementaire.
• La création de 5000 postes dans l’enseignement supérieur pour garantir la réussite de tous
• La revalorisation de 65% des bourses étudiantes
• L’arrêt des procédures IDEX
• L’augmentation immédiate des DGF des universités