Article 2 de la loi ESR : Un petit débat qui masque les gros problèmes de l’enseignement supérieur.

 

A la veille de l’ouverture des débats à l’assemblée nationale concernant la loi d’enseignement supérieur, une polémique s’est enclenchée concernant l’usage de la langue anglaise à l’université. L’UNEF est attachée à la démocratisation de l’accès aux langues vivantes, mais ne soutient pas le remplacement de cours en français par des enseignements uniquement anglophones. Cependant l’UNEF déplore que cette seule question linguistique, qui ne concernera qu’une très petite minorité d’étudiants et de formations, masque les problèmes cruciaux de notre enseignement supérieur : l’échec massif des étudiants, l’explosion des inégalités face au diplôme, l’élitisme et l’hégémonie des classements internationaux.

Il faut sortir du « tout ou rien » !

Dans le cadre de certains travaux, notamment de recherche, la maîtrise de la littérature anglophone est indispensable et peut justifier que certains enseignements très précis soient dispensés en anglais. A l’inverse, le remplacement intégral du français au sein de certains cursus par de l’anglais relèverait non seulement d’un renoncement à faire du français une langue qui compte, mais serait aussi un mauvais signal envoyé à tous les jeunes de pays francophone pour qui le français est une ouverture sur le monde. L’UNEF souhaite que le débat autour de l’article 2 s’apaise pour envisager des améliorations significatives, comme l’obligation de dispenser une partie conséquente des enseignements en français. 

Ce n’est pas la guerre des langues qui menace la francophonie !

Au-delà de la seule question de l’article 2, ce n’est pas l’usage de l’anglais qui menace la francophonie. Si la France a peu à peu perdu de son rayonnement international, notamment au sein de l’espace francophone, c’est d’abord parce qu’elle a choisi l’alignement sur les classements internationaux plutôt que la valorisation de ses propres atouts. Le ministère de Valérie Pécresse a été le point d’orgue de cette orientation politique. 

Comment parler de rayonnement, lorsque les étudiants étrangers francophones se voient interdits d’étudier sur notre territoire ? Ainsi, la plupart des diplômes, notamment d’Afrique francophone, ne sont même pas reconnus par notre pays, contrairement aux diplômes d’outre atlantique. C’est donc bien plus qu’une question de langue à laquelle nous devons répondre pour promouvoir le rayonnement international de la France.

L’attractivité de la France, c’est la qualité de son service public d’enseignement supérieur.

Au-delà de l’orientation politique donnée à notre enseignement supérieur, la question des moyens alloués aux universités précède celle de la langue. En effet, que les cours soient en Français ou pas, la pénurie budgétaire qui frappe les universités et creuse un fossé bientôt irrattrapable avec certaines écoles d’élite. 

La bataille pour le rayonnement de la France, ce n’est pas de permettre à ces établissements d’attirer des élites étrangères, mais bien de renforcer l’ensemble de notre service public pour former tous les jeunes du pays, et s’ouvrir aux autres. 

C’est pourquoi l’UNEF revendique :

Un plan de rattrapage financier à destination des universités, et en particulier des premier cycles, qui passe par une nouvelle vague de recrutement d’enseignants.

Un plan de partenariat des universités françaises avec les universités francophones pour favoriser les échanges dès la licence et reconnaître les diplômes de l’ensemble des pays francophones. 

La mise en place d’un titre de séjour pluriannuel dès la première année de licence.

L’accès des étudiants étrangers au système de bourses pour leur garantir des conditions d’étude favorables à leur réussite et à notre rayonnement international.