L’UNEF à la rencontre des étudiants algériens

Du 18 au 21 mai une délégation composée de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) et de l’UEAF (Union des Étudiants Algériens en France) s’est rendue en Algérie à l’invitation des comités étudiants autonomes des cités universitaires de « Tahar Djaout », à Bejaia, et de « Tamda », à Tizi Ouzou. En effet, dans le cadre de la journée nationale de l’étudiant, journée commémorative de l’entrée dans la lutte armée de l’UGEMA (Union Général des Etudiants Musulmans d’Algérie), la délégation a participé à deux conférences en présence de syndicalistes locaux. Les discussions ont été abordées sous l’angle de l’histoire et des perspectives du mouvement étudiant.

Un évènement historique

Les deux conférences ont rassemblé au total plus de 500 étudiants. Pour la première fois depuis les années 70, des syndicalistes étudiants se sont rencontrés sans y être invité par le pouvoir en 

place. En cela, cet évènement revêt un caractère historique pour le mouvement étudiant. Au cours du séjour, l’UNEF a rencontré des étudiants mobilisés, parmi lesquels nombre d’entre eux ont animé la mobilisation de 2011, et la marche des étudiants sur Alger du 12 avril 2011. Ce fut également l’occasion d’échanger avec des enseignants et des syndicalistes autonomes.

Le dialogue entre les militants à pu se faire de manière totalement libre lors des conférences comme lors des discussions. Cette problématique de la liberté de parole et d’organisation des étudiants algériens a été au cœur des échanges. Dans un pays qui pratique allègrement le système de syndicats uniques et clients du pouvoir, il est extrêmement difficile pour les étudiants de s’organiser de manière autonome. Les comités de cité-U forment l’embryon d’un pouvoir étudiant démocratique, alors que les universités sont dirigées par des recteurs et des doyens nommés par le pouvoir.

Un regard sur l’université Algérienne

Avec près de 2 millions d’étudiants, dont une majorité de femmes, l’université algérienne est indubitablement une université massifiée qui accueille de nombreux publics. Le fonctionnement de l’université algérienne ressemble beaucoup à celui de l’université française d’avant mai 68 : un système très hiérarchisé, dirigé par l’Etat et sans la moindre démocratie.

Les échanges entre l’UNEF et les étudiants algériens, ont permis de mettre en lumière les problématiques auxquelles sont confrontés chaque jour les étudiants. S’il est vrai que le système d’enseignement supérieur algérien continue d’être gratuit et que l’Etat fournit un grand nombre de place en cité-U et de bourses, ce modèle est à bout de souffle. Les bourses sont très faibles (40€ par trimestre) et de très nombreuses Cité-U sont insalubres. Dans les universités, l’orientation est subie pour les étudiants, qui sont envoyés massivement grossir les rangs de filières techniques, dont les travaux pratiques se font sur du matériel rare et obsolète.

Cette situation universitaire et sociale, est particulièrement injuste. L’Algérie n’est pas un pays pauvre, mais le manque de volonté politique envers la jeunesse, et la corruption du pouvoir, met en péril l’avenir des jeunes. En septembre 2013, à contresens des aspirations des étudiants algériens, le gouvernement ouvrira la première université privée en Algérie.

L’Université : lieu d’expression de la jeunesse algérienne mobilisée

Lors des rencontres sur les campus, l’engagement étudiant est très présent dans le quotidien de chacun. Pour faire reculer la sélection dans un master, ou défendre la liberté de parole et la démocratie, de nombreuses associations étudiantes se coordonnent et luttent chaque jour. Ces mobilisations sont révélatrices de la capacité de résistances et subversion des jeunes algériens.

Mais face à cet engagement étudiant, le gouvernement joue le pourrissement et renforce les mouvements conservateurs et religieux dans les campus. Des heurts réguliers ont lieu entre les étudiants algériens organisés en comités autonomes et des « groupes étudiants », qui tentent de s’imposer par la violence afin de bâillonner les résistances.

L’UNEF soutient les revendications des étudiants algériens

A l’appel de la coordination locale étudiante de Bejaia les étudiants sont descendus nombreux dans la rue le 10 juin dernier pour dénoncer ces groupes. Interpellés dans le sillage de cette journée de protestation, 22 étudiants ont fait l’objet de poursuites judiciaires. L’UNEF dénonce cette atteinte aux libertés syndicales. L’UNEF condamne vigoureusement la répression policière et appelle les autorités politiques  à entendre les manifestants et apporter des réponses à la précarité quotidienne de milliers d’étudiants.