L’allongement de la durée de cotisation : une double peine pour les jeunes

La réforme des retraites présentée par le gouvernement intervient dans un contexte bien particulier, et qu’il est nécessaire de prendre en compte. D’abord elle est précédée de multiples réformes  qui ont a chaque fois fait reculer la perspective d’une retraite de qualité : la durée de cotisation était de 37 ans et demi en 1993, de 41 ans et demi aujourd’hui. A ces allongements successifs, s’ajoute l’entrée de plus en plus tardive des jeunes sur le marché du travail (27 an en moyenne ) qui enchaine les périodes de chômages, les stages, les jobs précaire et retarde leur capacité à cotiser. Pour les jeunes, l’allongement anticipé de la durée de la vie est donc ici déjà largement compensé par ces évolutions. Envisager un allongement de la durée de cotisation à 43 ans pour les générations post-73 pose ainsi de sérieuses difficultés. 

Des difficultés économiques d’abord. La faible croissance et le taux de chômage élevé, notamment chez les jeunes et les seniors, alimentent l’idée d’une quantité de travail disponible de plus en plus faible. En réalité, il est difficile de considérer que, lorsque les générations actuelles partent en retraite en moyenne à 61 ans et que 50% des nouveaux retraités ne sont déjà plus en emploi, nous pourrons rester en emploi jusqu’à 67 ans et donc vivre de nos retraites. C’est donc d’abord la promesse d’une retraite plus faible qui se cache derrière cet allongement de la durée de cotisation.

Des difficultés sociales ensuite. En effet, cette mesure rendrait les périodes d’inactivité forcées (études, chômage, insertion professionnelle prolongée) encore plus pénalisantes, puisqu’elle reculerait encore la possibilité d’accumuler des droits 

Un problème politique enfin. Il est ainsi demandé aux jeunes générations de fournir d’avantage d’efforts pour s’adapter aux évolutions démographiques. Cette perspective est extrêmement difficile à accepter dès lors que les évolutions auxquelles nous avons à faire face aujourd’hui ne bénéficient, elles, d’aucune reconnaissance. Les périodes d’études de plus en plus longues, ce qui est profitable à toute la société, reste des années « blanches » en matière de droits sociaux. L’inactivité forcée de plus en plus fréquente chez les jeunes, n’a toujours pas été accompagnée par une amélioration d’accès aux droits sociaux, notamment au RSA. Notre génération à ainsi le sentiment de devoir payer la situation économique du pays à chaque étape de sa vie : durant sa jeunesse avec la précarité, pendant sa vie salariée avec le chômage et encore après en bénéficiant de retraites moins importantes.

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