Contrôle continu et rattrapages : l’UNEF dénonce le chantage des présidents d’université et les appelle à plus de responsabilité pour faire réussir les étudiants.

Dans un communiqué de presse publié le jeudi 27 mars, la Conférence des Présidents d’Université (CPU) « s’inquiète » de l’avenir du contrôle continu dans les premiers cycles universitaires et demande une réouverture de l’arrêté licence. La CPU réagit à la décision du Tribunal Administratif de Strasbourg qui, après un recours déposé par l’UNEF, rappelle l’obligation de maintenir une session de rattrapage en licence même lorsque les étudiants sont évalués en contrôle continu.

Stop au chantage : Il est temps que les présidents d’université acceptent de respecter la réglementation.

La décision du Tribunal Administratif de Strasbourg fait référence à l’arrêté licence du 1er août 2011. Dans ce texte règlementaire, l’UNEF avait obtenu des garanties importantes pour les droits étudiants avec une formulation particulièrement claire sur l’obligation d’organiser des rattrapages : «Deux sessions de contrôle des connaissances et aptitudes sont organisées : une session initiale et une session de rattrapage après une première publication des résultats. »

Parce que certaines universités étaient en désaccord avec le contenu de l’arrêté licence, elles ont décidé… de ne pas l’appliquer ! Il a fallu que l’UNEF dépose des recours dans les Tribunaux Administratif pour que la règlementation s’applique. La décision du Tribunal Administratif de Strasbourg a été rendue, mais sont également concernés les universités de Nantes, Aix-Marseille, Toulouse 1 et Bordeaux 1.

Depuis que les tribunaux contraignent les universités à respecter la réglementation, la CPU demande la modification de l’arrêté licence et, pour obtenir satisfaction, certains présidents d’université n’hésitent pas à faire… du chantage ! Ils menacent de supprimer purement et simplement le contrôle continu si les rattrapages restent obligatoires. Il est inacceptable que la réussite des étudiants soit prise en otage pour faire pression sur le ministère.

L’UNEF appelle les présidents d’université à plus de responsabilité. La mise en place du contrôle continu et le maintien des rattrapages sont des exigences exprimées de longue date par les étudiants et reprises par les textes réglementaires. L’autonomie des universités ne signifie pas qu’elles sont au-dessus des lois, elles doivent appliquer les textes réglementaires dans l’intérêt des étudiants.

Un débat pédagogique qui a été tranché par l’arrêté licence de 2011.

L’intérêt du contrôle continu pour la réussite des étudiants ne fait pas débat. Evaluer les étudiants tout du long du semestre évite le bachotage et le couperet du partiel.  Le contrôle continu permet aux étudiants et aux enseignants de faire des bilans réguliers de la transmission des connaissances et d’adapter leur travail ou le contenu de leurs cours en conséquence.

En revanche, l’UNEF considère que l’opposition entre le contrôle continu et les rattrapages est une vision réactionnaire de la pédagogie. Les arguments justifiant cette position, rarement assumés mais souvent entendus, expliquent que les rattrapages dissuadent les étudiants de s’impliquer dans le contrôle continu. Si la pression sur les étudiants favorisait leur réussite, les partiels traditionnels ne provoqueraient pas 50% d’échec en première année !

L’UNEF considère que les atouts du contrôle continu n’enlèvent rien à ceux des rattrapages : ce sont deux droits étudiants qui ne sont pas opposables. Les rattrapages sont indispensables pour les étudiants en difficulté pendant le semestre. Des notes insuffisantes pendant le contrôle continu ne signifient pas que l’étudiant ne pourra pas atteindre un niveau satisfaisant à la fin du semestre. Pour beaucoup d’étudiants, souvent ceux qui se salarient pendant leurs études mais pas seulement, la session de rattrapage est celle qui leur permet de valider leur année.

La question budgétaire en toile de fond.

En pleine difficulté budgétaire, les universités sont peu disposées à investir des moyens à la fois dans le contrôle continu et dans les rattrapages. L’UNEF refuse que les étudiants soient une variable d’ajustement : c’est la responsabilité de l’Etat de financer les universités à hauteur de leurs besoins et celle des directions d’université d’utiliser leurs moyens pour la réussite des étudiants. L’objectif de 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur ne pourra pas être atteint si les universités sacrifient la pédagogie au nom des économies budgétaires.

L’UNEF s’oppose donc fermement à la demande de la CPU de modifier le contenu de l’arrêté licence. Une majorité d’universités appliquent déjà le contrôle continu et les rattrapages, les dernières récalcitrantes doivent rentrer dans le rang. 

L’UNEF met également en garde le Ministère de l’Enseignement Supérieur : une réouverture de l’arrêté licence serait interprétée par les étudiants comme une remise en cause de leurs droits.