CMU-C : Touraine fait des économies de bout de chandelles sur le dos des étudiants


Le PLFSS 2014 prévoyait d’ouvrir l’accès à la CMU Complémentaire aux jeunes en situation de précarité. Les critères n’avaient pas été définis mais laissaient penser que cette mesure aurait une portée très limitée. Le décret d’application annoncé hier par Marisole Touraine confirme ces inquiétudes. En choisissant d’ouvrir ce dispositif aux seuls jeunes isolés et en rupture familiale, la ministre des affaires sociales choisit d’en faire bénéficier seulement 2600 sur les 650 000 étudiants boursiers. Marisole Touraine confirme ainsi que ce sont les objectifs d’économie budgétaire qui guident ses choix et non l’intérêt des étudiants.

Répondre à l’urgence sanitaire des jeunes

En termes de couverture complémentaire, les étudiants sont trois fois moins couverts que la population générale : 19% n’ont pas de complémentaire, selon la 3ème Enquête nationale sur la Santé des Etudiants. En outre, les étudiants précaires sont exclus de fait de la CMUc et de l’ACS, non parce que leurs ressources seraient supérieures au plafond de ressources mais parce que trois verrous réglementaires cumulatifs leurs en barrent l’accès : justifier d’un logement indépendant (41% n’en disposent pas), ne pas percevoir de pension alimentaire de la famille (73% déclarent l’aide familiale comme leur première source de revenu) et être indépendants fiscalement (82% ne le sont pas). Ces critères particulièrement restrictifs freinent l’expansion du dispositif. 

En pratique, seuls 1,3% des 16-29 ans en bénéficient déjà, soit 7648 jeunes. Les 2600 bénéficiaires supplémentaires feraient monter ce chiffre à 9248 jeunes, à comparer aux quelques 650 000 boursiers.

Etendre le dispositif à tous les étudiants bénéficiaires du FNAU

Il y a urgence à étendre le dispositif. Puisqu’ils ne cumulent pas ces trois critères, les étudiants se trouvent exclus du dispositif alors qu’ils remplissent les conditions de ressources du FNAU (qui donne droit à la CUMc). De plus, quand un étudiant touche un FNAU, il est majoritairement en situation d’autonomie avérée : il répond donc à la définition de précaire et isolé. Les aides devraient être automatiques et transversales dès la rentrée 2014. 

Plus largement nous souhaitons la mise en place d’un chèque santé national pour faciliter l’acquisition d’une complémentaire santé à l’ensemble des étudiants boursiers. 

Pas de priorité jeunesse sans régime étudiant

La multiplication des mesures gadgets ne suffisent pas pour répondre aux enjeux de santé des jeunes. L’UNEF rappelle qu’une politique de santé en direction des jeunes ne peut se faire sans renforcer le régime étudiant de sécurité sociale. Le régime étudiant de sécurité sociale est le meilleur outil pour répondre aux besoins de la jeunesse. Garant de l’autonomie des jeunes, il a pourtant été malmené ces dernières années à tel point  qu’il n’est plus en capacité de répondre correctement aux misions qui lui incombent.

La prochaine loi sur la santé doit donner les moyens au régime de fonctionner correctement en permettant une réforme ambitieuse du régime étudiant de sécurité sociale. Comme le proposait le rapport Kerdraon, nous devons revenir à une sécurité sociale unique, gérée par des étudiants qui connaissent les besoins de leurs pairs. Le duopole qui est en place aujourd’hui, en plus de rendre illisible le système de protection sociale le rend plus couteux. Le retour au monopole est la meilleure garantie pour améliorer la qualité de service, l’accompagnement dans la sécurité sociale par la prévention par les pairs et l’expertise d’élus étudiants connaissant les spécificités des questions de santé des jeunes.