Les étudiants de Hong Kong en bataille pour la démocratie

Ces derniers jours ont été marqués par la forte mobilisation des jeunes puis de l’ensemble de la population à Hong Kong contre le projet de réforme électorale proposée par le gouvernement. Le « mouvement des parapluies » ou « occupy central » rassemble chaque jour des dizaines de milliers de personnes dans les rues de la ville pour la relance du processus démocratique qui, 17 ans après la rétrocession de Hong Kong à la Chine, ne permet toujours pas aux habitants de la région d’être souverains.

Une mobilisation pour plus démocratie

Hong Kong est une des deux régions autonomes de Chine (avec l’ancienne colonie portugaise de Macau) qui bénéficie d’un statut spécial en matière de régime politique et économique. Le principe Chinois « d’un pays, deux systèmes » fait que Hong Kong possède son propre système politique et judiciaire et la liberté d’expression y est garantie par la loi. Ancienne colonie anglaise, la région a été rétrocédée à la Chine en 1997, depuis, elle est devenue un lieu d’expression du mouvement pro-démocratique Chinois.

Pour autant, le système politique Hong Kongais est loin d’être un modèle de démocratie représentative, en effet, le pouvoir politique est essentiellement détenu par des députés issus d’élections professionnelles dans lesquelles les dirigeants des grandes sociétés ainsi les sociétés elles-mêmes en tant que personnes morales, ont un poids disproportionné par rapport aux salariés. Ce mode de scrutin conduit à une surreprésentation des milieux aisés qui élisent 30 députés sur 70 (le reste étant élu au suffrage universel) et décident du chef de l’exécutif qui nomme ensuite son propre gouvernement. Ce mode de scrutin fait de Hong Kong un des derniers Etat à encore pratiquer une forme détournée de suffrage censitaire.

C’est en opposition à cette démocratie erronée que depuis de 1997 les Hong Kongais exigent plus de démocratie, notamment par une réforme électorale pour accéder au suffrage universel direct. Pour autant la proposition du gouvernement est à contre-courant de cette aspiration : si elle prévoit l’instauration du suffrage universel direct, la libre candidature aux élections est totalement supprimée, seuls trois candidats sont à même de se présenter une fois autorisés par un comité autonome composé de dirigeants d’entreprise et de représentant des intérêts de la République Populaire de Chine.

Une mobilisation sur fond d’inégalités sociales.

Cette contestation massive de la réforme proposée par le gouvernement s’inscrit également dans un contexte social particulièrement inégalitaire. Si Hong Kong s’affiche comme la ville où la production de richesse par habitant est l’une des plus élevées, elle détient surtout le record de la ville la plus inégalitaire où 20% de sa population vit sous le seuil de pauvreté avec un revenu mensuel inférieur à 360€/mois (OCDE). L’absence de démocratie, et la détention du pouvoir public par une élite capitalistique et libérale, entrainent une absence de débat sur les questions sociales et économiques. Les préoccupations quotidiennes des habitants passent après les batailles lobbyistes entre les pseudos pro-démocrates et les pro-Pekin. Derrière la mobilisation de la jeunesse et de la population plus largement se trouve un appel à l’amélioration des conditions de vie et la réduction des inégalités.

Les jeunes au cœur de la mobilisation.

Ce sont les jeunes qui ont tiré en premier la sonnette d’alarme. Dès le 22 septembre, les étudiants sont descendus massivement dans la rue, des grèves de cours ont été lancées par dans les universités et dans les lycées. La fédération des syndicats étudiants de Hong Kong appelle à la « désobéissance civile » à travers le blocage des grandes avenues de la ville et au boycott des cours, tout au long de la semaine. Malgré la répression policière et l’arrestation de certains leaders dont Alex Chow, le secrétaire général de la fédération étudiante, la mobilisation ne faiblit pas ; au contraire, elle monte en puissance chaque jour. Les syndicats professionnels appellent également à la grève générale aux côtés des étudiants et à poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que le gouvernement Chinois renonce à sa réforme. Le 1er octobre, jour de fête nationale Chinoise, ils étaient plusieurs dizaines de milliers dans les rues de Hong Kong.

25 ans après les rassemblements de la place Tienanmen, la jeunesse est encore une fois à l’avant-garde des mobilisations pour la démocratie en Chine. L’UNEF soutient les revendications de démocratie de la jeunesse Hong Kongaise et interpelle la communauté internationale pour qu’elle prenne position.

1842 :Le Traité de Nankin met fin à la première guerre de l’opium et attribue l’île de Hong Kong à la Grande-Bretagne.

1860 : Le Traité de Pékin met fin à la seconde guerre de l’opium et rattache Kowloon, pointe de la péninsule continentale voisine de Hong Kong à la Grande-Bretagne.

1898 : Les Nouveaux Territoires sont cédés par la dynastie Qing à Londres pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf années.

1984 :Deng Xiaoping et Margaret Thatcher signent « La déclaration commune sino-britannique » qui prévoit le retour de tout le territoire de Hong Kong à la République populaire de Chine.

1997 : Rétrocession à la Chine de Hong Kong qui devient alors la « Région administrative spéciale ». Une « large autonomie » devait y être appliquée : liberté religieuse, de la presse, de l’enseignement, de circulation et aussi le suffrage universel.

2014 : Après avoir repoussé plusieurs fois l’échéance du suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif, Pékin accepte le processus mais limite les candidatures à deux ou trois personnes qui seront choisies par un comité électoral. C’est l’origine de la colère des manifestants hongkongais depuis plusieurs semaines.