La France prend la tête du secrétariat du processus de Bologne : l’UNEF demande une réorientation de la politique européenne

Aujourd’hui s’ouvre la conférence interministérielle européenne sur le processus de Bologne à Erevan, en Arménie. Elle est l’occasion de fixer les orientations qui guideront les travaux du processus de Bologne jusqu’à 2017, c’est la France qui en prend, pour les deux prochaines années, le secrétariat.

 

16 ans de processus de Bologne : les étudiants tirent un bilan critique de son évolution et de sa mise en place.

Aux objectifs partagés de construction d’un espace européen de l’enseignement supérieur harmonisé facilitant la mobilité étudiante et permettant l’amélioration des conditions d’études ont été ajoutés des objectifs de compétitivité qui organisent la mise en concurrence des établissements et remettent en cause la démocratisation de l’enseignement supérieur.

Le secrétariat français du processus de Bologne doit être l’occasion pour le gouvernement de défendre une nouvelle étape dans la construction d’un espace public d’enseignement supérieur au niveau européen, permettant une nouvelle vague de démocratisation, d’accès aux études et d’échanges en rompant avec les orientations précédentes.

 

Des objectifs de financement public pour garantir l’accès de tous à l’enseignement supérieur.

Les inégalités de financement entre les pays membres de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur (EEES) constituent le premier frein à la réalisation de politiques communes ambitieuses. Les objectifs communs fixés par Bologne doivent prendre en compte l’investissement public, afin de garantir partout en Europe l’accès de tous à l’enseignement supérieur. L’UNEF souhaite que la conférence interministérielle soit l’occasion de :

 

-Déterminer  enfin des objectifs communs et chiffrés en termes de financement public de l’ESR.
-Fixer des objectifs contraignants pour harmoniser vers le bas les frais d’inscriptions en Europe et tendre vers la gratuité.
-Garantir un accès universel à l’enseignement supérieur à travers la remise en cause de la sélection.
-Sortir les dépenses liées à l’éducation et à l’enseignement supérieur du calcul des déficits publics

 

Pour une réelle mixité sociale dans la mobilité étudiante en Europe.

En 2011, la conférence de Louvain fixait comme objectif d’atteindre la moyenne de 20% d’étudiants ayant été en situation de mobilité internationale au moins 1 semestre lors de leur cursus. 4 ans plus tard les chiffres de la mobilité ont trop peu évolué et stagnent à une moyenne de 7%, en premier lieu à cause du manque de volonté politique de la part des Etats européens d’investir davantage de moyens dans les bourses de mobilité. Alors même que le communiqué de Yerevan réaffirme la nécessité de répondre aux enjeux sociaux liés à la précarité étudiante et aux conflits armées, la remise en cause du financement d’ERASMUS+, le développement des prêts étudiants au détriment des bourses, ajoutés aux politiques austéritaires dans l’enseignement supérieur en Europe, rendent ces objectifs politiques difficilement réalisables. L’UNEF souhaite que de nouveaux objectifs soient fixés pour faire avancer la mobilité sociale :

 

-Fixer à nouveau l’objectif de 20% d’étudiants ayant fait au moins un semestre à l’étranger.
-Refuser les systèmes de prêts étudiants qui plongent les étudiants dans la précarité à la sortie de leurs études.
-Investir dans les bourses de mobilité, notamment Erasmus+
-Avancer vers la reconnaissance automatique des diplômes et des compétences.

 

Avancer vers plus d’égalité entre les formations en Europe.

Les objectifs attribués aux ECTS doivent être revus pour avancer vers l’égalité entre les formations. Alors qu’ils sont devenus une trappe à concurrence entre les établissements, les ECTS doivent au contraire constituer une porte d’entrée pour plus d’égalité.

C’est en ce sens qu’il faut garantir des financements publics minimaux par ECTS en prenant en compte les taux d’encadrements, la qualité des infrastructures universitaires en plus des compétences et du nombre d’heures.