“Des dizaines d’étudiants sans Master 1: Vers une sélection à tous les niveaux à l’Université Paris-Dauphine ?”

Depuis plus d’un mois, une quarantaine d’étudiants titulaires d’une licence à l’Université Paris-Dauphine attendent une réponse de l’administration à leur candidature à l’admission en Master 1 dans cet établissement. Principalement candidats dans des filières de gestion, ils sont aujourd’hui nombreux à demeurer dans l’incertitude quant à leur formation pour l’année universitaire 2015-2016, en dépit de dossiers sérieux et de vœux d’admission multiples lors de la procédure, débutée le 16 avril, et dont les résultats devaient être publiés jusqu’au 29 mai. A cette date, plus d’une centaine d’étudiants demeuraient sur liste d’attente, lorsqu’ils avaient reçu une réponse de la part de l’administration.

 

Mobilisés, ces étudiants qui se sont regroupés dans le collectif “Dauphinois sans Master 1” le 8 juin attendent des solutions de la direction de l’Université. A la suite de l’intervention des élus étudiants de l’UNEF-Dauphine, cette question a été discutée lors du Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU) mardi 16 juin, sans avancée concrète, les services de l’établissement renvoyant les étudiants à de nouvelles dates continuellement jusqu’au 29 juin.

 

Il est urgent que l’Université Paris-Dauphine propose des solutions à ces étudiants titulaires d’une licence obtenue à Paris-Dauphine. Sans proposition de Master 1 dans cet établissement, ces étudiants risquent ainsi de se retrouver sans formation pour l’année à venir, les procédures d’admission de la plupart des formations de Master 1 étant déjà closes dans la plupart des universités.

 

Il s’agit malheureusement là d’une conséquence logique de l’évolution de l’établissement depuis une dizaine d’années: à la suite de l’adoption d’un statut juridique dérogatoire en 2004, l’Université Paris-Dauphine a entrepris une profonde réforme de son offre de formation: de diplômes nationaux de licence et de master visés par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’établissement a opté massivement pour leur remplacement par des Diplômes de Grand Etablissement (DGE). Ces formations, contrairement aux diplômes nationaux, disposent en effet de maquettes pédagogiques propres et ouvrent la possibilité de sélectionner les étudiants à l’entrée et de fixer des frais de scolarité libres, pouvant aller jusqu’à 6120€ par an en master.

 

Si l’Université n’enfreint ainsi pas la loi en opérant une telle sélection à l’entrée de ces formations, l’UNEF-Dauphine déplore cependant un manque d’information chronique aux étudiants de la part de la direction, et en particulier concernant les conditions d’admission en Master 1. Une meilleure communication aurait permis d’éviter de telles situations, qui n’ont apparemment pas été anticipées par la direction, bien qu’étant fortement prévisibles du fait de l’entrée en vigueur de cette sélection en Master 1 cette année.

 

A l’avant-veille de la publication des résultats définitifs d’admission, l’UNEF-Dauphine s’interroge sur la place de la sélection à Paris-Dauphine, alors que l’Université sélectionne déjà drastiquement à l’entrée en première année ainsi qu’à l’admission en Master 2. Face à la volonté affichée par la direction de déplacer la sélection du Master 2 à l’entrée en Master 1, l’UNEF-Dauphine met en garde: si une telle réforme de l’admission en Master peut être bénéfique pour les étudiants, elle ne doit pas s’accompagner d’une sélection à tous les niveaux. Une telle évolution rendrait les parcours étudiants instables et décousus, et moins propices au développement personnel, notamment par le biais de mobilités internationales, d’années de césure de découverte du monde professionnel, ou encore d’engagement dans la vie associative à l’Université.
L’UNEF-Dauphine demande à ce que de réelles solutions soient apportées par l’administration de Dauphine, qui doit tenir ses promesses auprès de ces étudiants. Au-delà de la situation de ces étudiants, c’est bien le modèle de Paris-Dauphine qui est remis en cause par cette évolution: l’abandon de ces étudiants signifierait également renier les discours aux nouveaux entrants du président de l’Université, Laurent Batsch, sur “l’esprit d’école”. En somme, quand l’ “Université ne fait plus école”, Laurent Batsch ne semble vouloir retenir du modèle hybride université/école qu’il prône pour Paris-Dauphine que le pire de ces deux mondes: l’instabilité des parcours, la sélection en M2 et par l’échec des universités ; la sélection à l’entrée et les frais de scolarité démesurés des grandes écoles.