En Afrique du Sud les étudiants se mobilisent et gagnent !

Les étudiants sud-africains ont entamé depuis une quinzaine de jours, un véritable bras de fer avec leur gouvernement pour empêcher celui-ci de recourir à une nouvelle augmentation des frais d’inscription. Cette semaine les principales universités du pays étaient bloquées par les étudiants mobilisés à Pretoria, Johannesburg, au Cap et à Grahamstown.

L’Afrique du sud, encore marquée par les stigmates de l’apartheid, aboli seulement en 1991, est aujourd’hui l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Alors que le pays est le plus riche d’Afrique (par habitant) et possède des infrastructures proches de celles d’un pays développé, plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La population noire quant à elle vit majoritairement sous le seuil de pauvreté et les inégalités de revenus se sont même creusées à tel point qu’une famille blanche a en moyenne un revenu six fois supérieur à une famille noire. L’apartheid « ethnique » a donc laissé place à un apartheid social, donc les victimes sont les mêmes.

L’augmentation importante de la pauvreté depuis les années 90 est principalement due aux orientations politiques des gouvernements qui se sont succédés. Décidé à mettre en place une économie libérale, l’Etat a abandonné l’investissement et la régulation des services publics comme le logement, la santé ou encore l’éducation.

Le système éducatif sud-africain est lui aussi considéré comme l’un des moins efficaces au monde, alors que l’école est théoriquement gratuite et accessible à tous, les financements publics sont principalement concentrés dans les centres des grandes villes, alors que les bidonvilles et les zones rurales sont complétement délaissés. La conséquence est que les populations les plus pauvres n’ont quasiment aucune chance d’obtenir un diplôme universitaire, faute de moyens mis en œuvre tout au long de leur parcours scolaire.

 

L’université de la reproduction sociale :

Les inégalités sociales atteignent leur paroxysme à l’université. Les frais d’inscription élevés constituent la première barrière sociale. Compris entre 1930 et 3800€ ces droits dont les étudiants doivent s’acquitter privent de facto l’immense majorité de la population d’un accès à l’université. Une fois inscrit, les inégalités face à la réussite restent très fortes, le coût de la vie en ville est important et peu de dispositifs d’accompagnements sociaux sont à disposition des étudiants (logements universitaires, bourses…). Aujourd’hui seulement un étudiant sur 2 parvient à terme à obtenir un diplôme de licence, les premières victimes étant encore une fois les populations noires, pour qui le taux de réussite avoisine les 5%.

Les mobilisations de ces derniers jours sont l’occasion pour les étudiants de dresser ce constat amer du désengagement de l’Etat dans l’enseignement supérieur. Plusieurs dizaines de milliers d’étudiants sont descendus dans les rues en scandant « the fees must fall » (les frais doivent tomber) en référence aux précédentes mobilisations pour réclamer le démantèlement des statuts à la gloire de colons dans les universités publiques. Alors que le Parlement menaçait les étudiants d’une augmentation de 10% des frais, les mobilisations ont poussé le gouvernement à reculer et à rétablir les « anciens » frais d’inscriptions.

 

Une mobilisation loin d’être terminée :

Malgré cette première victoire du mouvement étudiant, les frais sont encore trop élevés pour des jeunes qui « souffrent parfois de malnutritions ou sont obligés de dormir dans les bibliothèques universitaires ». Alors qu’un jeune sur 2 est au chômage, seulement 5% d’entre eux accèdent à l’université. Les mobilisations de ce mois-ci ne sont donc que le début d’un mouvement plus large d’une jeunesse qui refuse de se résigner à subir la précarité extrême et est déterminée à lutter pour une transformation radicale du système éducatif.

Par leur mobilisation, les étudiants sud-africains font la preuve qu’ils sont à la pointe de la transformation sociale en Afrique du Sud et rappellent que la lutte contre l’apartheid est loin d’être terminée. Le gouvernement doit entendre les voix des jeunes et changer complétement de paradigme pour le financement des universités. L’UNEF est solidaire des étudiants mobilisés et réclame avec eux un accès universel à une éducation de qualité, ainsi qu’un réinvestissement massif dans le service public de l’enseignement supérieur.