Paris Saclay : les polytechniciens ou la démocratisation des études, le gouvernement doit choisir !

Le 15 décembre dernier, pas moins de trois ministres – Thierry Mandon, Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian- se sont réunis à l’Ecole polytechnique pour annoncer la création d’un « pôle d’excellence regroupant les écoles d’ingénieurs au sein de l’Université Paris-Saclay » et le déblocage d’un financement de 60 millions d’euros à destination de l’X.
L’UNEF affirme sa ferme opposition au projet porté par le gouvernement pour Paris-Saclay. Il traduit tout à la fois la défense d’un système d’enseignement supérieur archaïque et inégalitaire – dont l’Ecole Polytechnique est la tête de pont– et un profond mépris pour les 1,5 million d’étudiants des universités qui voient leur conditions d’études se dégrader sans que les pouvoirs publics estiment nécessaire de réagir.

 

Quel avenir pour l’Université Paris-Saclay ?
L’UNEF ne partage pas le projet qui était porté jusqu’à présent par le regroupement Paris-Saclay. A travers la distribution de « labels d’excellence » à une poignée de formations sélectives, Paris-Saclay relève déjà d’une logique de concurrence plutôt que de coopération entre établissements. Les dernières annonces du gouvernement, en donnant de fait le pilotage du regroupement aux grandes écoles qui le composent, ne feront que renforcer le caractère inégalitaire de ce projet.
L’UNEF demande une remise à plat du projet de l’Université Paris-Saclay. Le rapprochement entre universités et grandes écoles doit être au service de la démocratisation du service public d’enseignement supérieur, non un cheval de troie pour contaminer les universités avec un modèle élitiste qui provoque un niveau de reproduction sociale rarement égalé dans le monde.

 

Pour les polytechniciens, l’austérité est à géométrie variable…
Il semble que les polytechniciens, si promptes à appliquer l’austérité à nos services publics et à notre protection sociale quand ils occupent les administrations et les cabinets ministériels, ont effectué un travail de lobbying suffisant pour en dispenser leur école.
Hasard de calendrier, les 60 millions d’euros débloqués pour l’Ecole Polytechnique ont été annoncés la semaine où le CNESER confirmait une hausse dérisoire de 65 millions d’euros pour le budget de l’ensemble des universités françaises.
Il faut bien prendre la mesure de ces annonces. Pour une école de 2700 étudiants issus à une écrasante majorité des milieux sociaux les plus favorisés, le lobbying des polytechniciens permet de débloquer 60 millions d’euros. Pour les universités françaises qui accueillent 1,5 million d’étudiants (un chiffre en hausse constante de par l’évolution démographique), le gouvernement annonce un budget en augmentation de 65 millions d’euros, une somme dérisoire qui ne couvrira même pas la hausse mécanique de leurs charges. Le Président de la République a donc légèrement recadré sa priorité à la jeunesse en la réservant aux étudiants de l’Ecole Polytechnique…

L’UNEF réaffirme son exigence d’un investissement budgétaire massif pour les universités dès l’année 2016. Au vu de l’évolution démographique et de l’objectif de 60% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, les besoins de financement des universités se chiffrent en milliards.