Projet de loi El Khomri : le gouvernement fête les 10 ans du CPE… à sa façon !

En 2006, une mobilisation sociale historique rassemblait l’UNEF et les syndicats de salariés pour mettre en échec le gouvernement de Villepin et son projet de Contrat Premier Embauche (CPE). Ce contrat de travail spécifique pour les jeunes de moins de 26 ans prévoyait une période d’essai de 2 ans pendant laquelle les employeurs auraient pu licencier sans motifs.

Il faut donc reconnaître au Président de la République un sens particulier des commémorations. Presque 10 ans jour pour jour après le déclenchement de la mobilisation contre le CPE, il annonce un projet de loi qui, en terme de précarisation des jeunes, n’a rien à envier au projet de Dominique de Villepin. Quand il était dans l’opposition, François Hollande critiquait le recul des droits des jeunes sur le marché du travail et l’utilisation du 49-3 par le gouvernement pour l’imposer. Maintenant qu’il est Président de la République, il utilise les mêmes recettes contre la jeunesse d’aujourd’hui.

Accords d’entreprise dérogatoires au code du travail qui peuvent moduler les salaires et le temps de travail, suppression du plancher d’heures de travail pour les salarié-e-s à temps partiel, remise en cause des 11 heures minimales de repos entre chaque journée de travail, plafond du temps de travail hebdomadaire fixé à 60 heures… Nombreuses sont les mesures du projet de loi El Khomri qui font reculer les protections collectives des salarié-e-s alors même que ces politiques libérales ont prouvé leur incapacité à réduire le chômage depuis le début du quinquennat. Deux mesures vont particulièrement frapper les jeunes :

– Sur simple décision de l’employeur, le temps de travail des apprentis de moins de 18 ans pourra être porté jusqu’à 10 heures par jour et 40 heures par semaine. Cette mesure, qui dans les faits pourra concerner des apprentis de 15 ans, est un recul inacceptable qui remet en cause la protection des mineurs et le droit à une véritable formation initiale pour tous les jeunes.

– Le plafonnement des indemnités prud’homales va créer un « droit au licenciement abusif » dont les jeunes seront les premières victimes. Le barème annoncé par le gouvernement prévoit un plafond d’indemnité qui correspond à 3 mois de salaire pour 2 ans d’ancienneté, soit 12% de l’ensemble des revenus du salarié depuis la signature de son contrat. Pour comparaison, le CPE prévoyait une indemnité équivalente à 8% des revenus du salarié depuis le début de sa période d’essai qui pouvait durer jusqu’à 2 ans. 12% d’un côté, 8% de l’autre, à chaque fois pour un licenciement sans motif, c’est la seule nuance entre la loi El Khomri et le CPE.

L’UNEF exige donc le retrait du projet de loi El Khomri. C’est un préalable avant toute discussion sur les véritables attentes des jeunes pour leur insertion professionnelle : accès au CDI, fin des discriminations contre les jeunes pour l’accès aux droits sociaux, reconnaissance des qualifications dans les conventions collectives…

L’UNEF propose également aux jeunes de fêter les 10 ans du CPE à leur façon. Le syndicat étudiant lancera dès la semaine prochaine une campagne dans les universités contre la loi El Khomri et appelle les jeunes à manifester à l’occasion de la prochaine journée de mobilisation qui sera fixée par l’intersyndicale.