Nous refusons d’être la génération sacrifiée : les jeunes maintiennent la pression face à l’urgence sociale

Tribune de Lilâ Le Bas dans l’Humanité 

Le printemps dernier a été un temps inédit pour notre camp social, la contestation contre la Loi Travail a donné lieu à la plus grande mobilisation depuis le début du quinquennat. Pour les jeunes, ce nouveau texte était une attaque sans précédent, nous promettant de travailler plus pour gagner moins et se faire virer plus facilement. Alors que nous vivons déjà la précarité au quotidien pendant nos études – un jeune sur deux doit se salarier pour les financer-, pendant notre insertion professionnelle –multiplication des contrats précaires, stages, services civiques…-, c’est maintenant la promesse d’accéder à un emploi stable, qualifié et rémunéré à hauteur de nos diplômes qui nous ait enlevés. Nous sommes un paradoxe générationnel : d’un côté nous sommes la génération la plus qualifiée de l’histoire du pays, de l’autre nous serons certainement les premiers à vivre moins bien que nos parents. Est-ce ça, la promesse républicaine ? Est-ce ça, l’écho lointain de la priorité jeunesse matraquée par François Hollande en 2012 ?

Le décalage entre le projet de loi Travail et les aspirations de notre génération a fait exploser la colère sociale. Face à cela, les modes de contestations se sont multipliés : mobilisation citoyenne à travers la signature d’une pétition en ligne par plus d’un million de personnes, occupations de places publiques, émergences de nouveaux outils numériques, et nombreuses manifestations unitaire. Pendant plusieurs mois, des milliers d’étudiant.e.s, de lycéen.ne.s, d’apprenti.e.s, de jeunes précaires en emploi ou non sont descendu.e.s dans la rue contre la Loi Travail, mais également plus largement contre le paradigme social qu’on nous propose. Les jeunes ont exprimé leur volonté d’avoir un droit à l’avenir en refusant le bizutage social qu’ils connaissent aujourd’hui. Au cours du printemps 2016, une chose est sûre : la jeunesse et le mouvement social ont refusé, main dans la main, cet horizon indépassable de précarité que l’on nous promet.

C’est l’avenir du pays, ceux qui bâtiront le monde de demain qui ont exprimé leur colère. Pourtant, ce gouvernement qui promettait le changement en 2012 a répondu par l’autoritarisme. Déjà à travers les violences policières qui ont maculé le mouvement, ensuite par les dénis de démocratie dont le gouvernement a fait preuve. Alors que le projet de loi Travail était minoritaire dans la rue, dans l’opinion publique, chez les syndicats représentatifs, le gouvernement à fait le choix de passer en force en utilisant à plusieurs reprises le 49-3 pour imposer son texte.

Alors ou en sommes-nous ? Comment envisager la suite ? La jeunesse qui s’est soulevée le printemps dernier était porteuse de progrès, de remise en cause du monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Malgré le passage en force du gouvernement, nous avons arraché des victoires significatives, un plan d’investissement de 500 millions d’euros, pour améliorer concrètement le quotidien de notre génération. C’est convaincu que l’action collective fait notre force que nous abordons la rentrée. En nous appuyant sur la mobilisation et nos victoires, nous nous battrons pour améliorer nos conditions de vie alors que la rentrée est encore une fois dure pour les étudiant.e.s avec un cout de la vie qui ne cesse d’augmenter, une précarité grandissante et des conditions d’études qui se dégradent.

Si en cette rentrée, l’actualité est nourrie par des sujets identitaires et racistes, que la seule réponse apportée à la détresse sociales des jeunes est une nouvelles fois autoritaire en proposant la mise en place service civique/civil/militaire obligatoire, notre responsabilité est de mettre au cœur du débat les préoccupations des jeunes et leurs aspirations à une société du vivre ensemble et non du repli sur soi. Le 15 septembre prochain, le mouvement social redescend dans la rue, jeunes et salarié.e.s toujours côte à côte pour remettre les questions sociales sur le devant la scène. Cette première échéance montre la tension qui persiste et doit être au carrefour de la rentrée sociale pour continuer à se mobiliser contre les nombreuses régressions que nous propose la Loi Travail tout en maintenant la pression  face au gouvernement pour conquérir de nouveaux droits. Il nous faut trouver un chemin pour que demain, les jeunes ne soient plus les spectateurs du monde, mais bien qu’ils en prennent les rennes.

Demain c’est loin, mais une seule certitude doit nous animer : ce n’est que par l’action collective que nous pourrons nous imposer et poser les jalons de la société nouvelle à laquelle nous aspirons.