Processus de Paix en Colombie, quelle place pour les étudiant-e- s ?

Après 54 ans d’attente, le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé officiellement un accord de paix le 26 septembre dernier. Un accord qui marque un tournant historique vers la paix. Les FARC réunis pour leur 10ème (et possiblement dernière) assemblée générale ont ratifié à l’unanimité les accords et le président Colombien Juan Manuel Santos a annoncé qu’un référendum sera organisé le 2 Octobre prochain pour entériner définitivement la paix.

Vers la fin de la plus vieille guérilla du monde :

La création des premières guérillas remonte aux années 50/60 à travers la constitution de regroupes armés comme les FARC (principal acteur des guérillas). Elles se sont concentrées autour d’une contestation de l’appropriation des terres par des grands propriétaires terriens et de l’organisation de la lutte armée face au gouvernement, sourd à leurs revendications et peu enclins à faire progresser leurs droits. Le conflit s’est inscrit dans la durée du fait du contexte politique interne (mainmise du pouvoir par les deux principaux partis, faiblesse des pouvoirs régaliens de l’état sur les territoires) mais aussi international (évolution des guérillas dans les années 60 et émergence des narco-trafiques). Face à ces groupes paramilitaires et à cause de la faiblesse de l’état, des milices privées se sont multipliées ouvrant un conflit armé, meurtrier qui aura duré 52 ans, fait plus de 6,9 millions de déplacés et 260 000 morts.

Un long processus de paix qui devrait enfin trouver un débouché :

Le dépôt des armes par les FARC est l’aboutissement d’un long processus de paix initié en 1982 par le président Betancur. La faiblesse de la structure étatique Colombienne, et la mainmise des milices militarisées ont limité la capacité pour les groupes révolutionnaires de déplacer leurs revendications sur le terrain politique plutôt que l’affrontement militaire. Depuis 2012, un accord général pour la fin du conflit et la construction d’une paix durable prévoit plusieurs points de négociation, qui reprennent les principaux désaccords soutenus par les FARC. Cela concerne la démocratisation de l’accès à la terre, des garanties pour une véritable participation politique, la fin du conflit, la neutralisation des trafics de drogue, l’indemnisation et la prise en compte des victimes du conflit. Les guérilleros et le gouvernement ont déposés les armes dans la nuit du 28 et 29 Août.

Echec d’un référendum :

Les résultats montrent un pays divisé sur la question. L’ancien président Alvaro Uribe a mené la campagne du « non », arguant que l’accord serait « trop en faveur des FARCs ». Il souhaite utiliser ce référendum pour renégocier un nouvel accord. Les principaux points de tensions des 297 pages d’accord sont la mise en place de peines de substitution à la prison et la possibilité pour les membres de la guérilla de participer à la vie politique du pays. Dans un pays qui a subi la violence pendant 50 ans la culture de la paix a du mal à s’installer.

Une éducation loin d’être une priorité :

La libéralisation de l’enseignement supérieur en Colombie à favoriser la mise en place de l’enseignement privé qui est désormais plus présent que le public avec 82 établissements contre 32. Des frais d’inscriptions élevés (plus de 3000€) et une sélection par l’échec (70% d’échec en première année) poussent les étudiant-e-s au surendettement et une crise couve avec 80% des étudiant-e-s dans l’incapacité de payer leurs dettes. Dans cette situation les étudiants de l’Asociacion Colombiana de Estudiantes Universitarios (ACEU) ont tenu leur 6ème congrès national du 28 au 30 Octobre pour tenter de peser sur ces accords. Si la paix est importante elle ne peut être dissociée de la justice sociale. Leur volonté est de placer l’université au centre la reconstruction du pays. En ouvrant les portes de l’Université à tou-te-s, l’ACEU souhaite permettre aux jeunes colombien-ne-s d’être maîtres de l’avenir de leur pays. De plus l’Université aura un rôle central dans la mise en place d’une culture de la paix durable dans le pays.

L’UNEF est solidaires des combats des étudiant-e-s de Colombie et réclame avec eux des mesures contre la précarité, la démocratisation et la gratuité de l’enseignement supérieur ainsi que l’instauration d’une culture durable de la paix en Colombie.