A la sortie des concertations sur la réforme du 1er cycle de l’enseignement supérieur, le compte n’y est pas !

 

Face aux multiples difficultés rencontrées par les étudiant.e.s (tirage au sort, amphis surchargés, des centaines de bachelier.e.s toujours sans inscription au mois d’octobre etc.), l’UNEF a fait le choix de participer aux concertations concernant la réforme du premier cycle universitaire pour porter la voix des étudiant.e.s et porter des solutions ambitieuses pour réformer l’enseignement supérieur. Il est urgent de passer un cap dans la démocratisation de l’enseignement supérieur, en garantissant son libre accès et en améliorant les conditions d’études.

 

Un cadre de discussion contestable

 

La création de 11 groupes de travail n’a pas permis d’aborder la réforme de l’enseignement supérieur avec une vision d’ensemble puisque chaque problématique ciblée par le Ministère a été abordée de manière séparée. En témoigne l’absence de discussion sur la mise en place de filières pluridisciplinaires, ou encore le refus de discuter dans le groupe de travail lié à l’orientation des conséquences désastreuses que pourrait avoir la mise en place de prérequis à l’entrée de l’université.
Qui plus est, d’un groupe de travail à l’autre les comptes rendus étaient loin d’être représentatifs de la diversité des positions exprimées. Pire encore, le Ministère fait le choix, en parallèle de ces concertations, d’annoncer comme tranchés des sujets supposés être en discussion au sein des groupes de travail. Nous refusons de servir d’alibi à une réforme à rebours des besoins des jeunes.

 

Aucune bonne réforme ne pourra se faire sans moyens supplémentaires

 
La nécessité d’une augmentation significative du budget de l’enseignement supérieur est une question qui a fait la quasi-unanimité parmi les acteur.trice.s de la concertation. Pourtant cette question a été systématiquement écartée par les rapporteur.se.s. Si le budget de l’enseignement supérieur est en hausse de 700 millions d’euros, cette somme est loin de répondre aux besoins des universités pour accueillir dans de bonnes conditions les nombreux.ses futur.e.s bachelier.ère.s. Cela est d’autant plus insuffisant que le projet de réforme du premier cycle serait réalisé sur les crédits du PIA (plan d’investissement d’avenir) augmenté de 450 millions d’euros pour l’occasion, et ainsi très certainement par le biais d’appels à projet. Ces appels à projet ne toucheront donc pas l’ensemble des universités, augmentant ainsi les disparités actuelles.

 

Une volonté d’instaurer une sélection qui ne dit pas son nom pour gérer les flux

 

Sans jamais présenter de projet précis, la volonté du Gouvernement d’imposer une sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur sous forme de prérequis a été rappelée avec insistance malgré de multiples oppositions. Si les contours définitifs des prérequis sont encore flous, une chose est sûre, le Gouvernement souhaite imposer aux étudiant.e.s leur choix d’orientation en dépit du bon sens. En fermant la porte de certaines filières à certain.e.s étudiant.e.s ou en leur imposant une année de remise à niveau, le Gouvernement entend gérer les flux plutôt que de répondre aux besoins des jeunes. L’UNEF rappelle sa ferme opposition à toute forme de sélection à l’entrée de l’université !

 

Un Gouvernement qui est prêt à brader les droits des étudiant.e.s

 

L’arrêté licence garantit à chaque étudiant.e, indépendamment de son lieu de vie et d’étude, l’accès à des droits essentiels : l’accès aux rattrapagess, l’accès à un minimum de 1500 heures de cours enseignés durant sa licence, etc…Ces droits fondamentaux qui garantissent une égalité entre les étudiant.e.s, sont remis en cause au nom de la modularisation de la licence. Ainsi, des étudiant.e.s inscrit.e.s dans une même filière risqueraient de ne plus avoir accès au même nombre d’heures de cours, aux mêmes matières et au final à un diplôme n’ayant pas la même valeur sur le marché du travail. C’est donc une concurrence exacerbée entre étudiant.e.s qui risque de voir le jour.

 

Des concertations qui proposent des fausses solutions face à des vrais problèmes

 

Alors que M. Filatre, rapporteur général des concertations, va remettre ses conclusions jeudi à la communauté universitaire, et face à des concertations qui n’ont pas permis de traiter les véritables problèmes, voire pire, qui proposent des mesures profondément régressives, l’UNEF revendique :

– La mise en place d’un véritable service public de l’orientation à même de donner les outils aux jeunes pour qu’ils puissent construire leur projet d’orientation tout au long du lycée

– La mise en place de filières pluridisciplinaires afin de permettre aux étudiant.e.s de continuer à construire leur projet d’étude tout au long de leur parcours universitaire

– La protection du libre accès à l’enseignement supérieur. Alors que l’orientation subie est l’une des premières causes d’échec, la prise en compte du choix des jeunes n’est pas négociable.

– Le refus de toute remise en cause des droits acquis par les étudiant.e.s en licence

– Un investissement de 2 milliards d’euros supplémentaires par an dans le budget de l’enseignement supérieur pendant 10 ans afin de créer des places et d’accueillir l’ensemble des bachelier.e.s dans de bonnes conditions.