Ce n’est pas les étudiant.e.s qu’il faut changer, c’est l’université !

 

Hier, M Daniel Filatre, a remis son rapport général faisant le bilan des concertations sur l’accès à l’enseignement supérieur. Ce rapport est représentatif des débats en confirmant qu’aucun consensus ne ressort de ces concertations. Cependant, le rapport général a un parti pris inquiétant sur un certain nombre de sujets.
L’UNEF tient à réaffirmer plusieurs points dangereux et plusieurs limites qui ne devront pas être dépassées par l’arbitrage ministériel. Avec cette réforme, c’est l’avenir des jeunes qui est en jeu, iels doivent donc avoir le dernier mot !

 

Aucune réforme ambitieuse ne pourra se faire sans investissement supplémentaire dans l’enseignement supérieur

 

Le rapport général souligne le consensus de la communauté universitaire sur la nécessité d’un investissement supplémentaire dans l’enseignement supérieur, afin de pouvoir mettre en place une réforme à la hauteur des ambitions affichées. Mme Frédérique Vidal, Ministre de l’enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation, a affiché sa volonté de faire une réforme pour favoriser la réussite des étudiant.e.s. Si l’enjeu est bien de réformer l’université, son fonctionnement, ses méthodes d’enseignement et sa pédagogie, les investissements supplémentaires affichés dans le PLF 2018 sont loin de répondre aux besoins des universités, ne répondant pas à la hausse des effectifs étudiants ni de mettre en place une réforme du premier cycle.
Nous réaffirmons la nécessité d’un investissement d’ampleur, cadré nationalement et non sur appels à projet, pour permettre à toutes les universités sur le territoire de se réformer.

 

Nous refusons toute forme de sélection

 

Il est impératif de renforcer le système d’orientation à destination des jeunes afin de leur permettre d’être maître.esse.s de leur avenir en leur donnant les outils pour construire leur projet d’étude et leur projet professionnel. Cependant, nous refusons de figer leur destin à 17 ou 18 ans en les enfermant dans des parcours décidés pour elleux et par d’autres. A l’inverse, les jeunes doivent pouvoir accéder librement à la filière qu’iels souhaitent à l’université. Pourtant, le rapport fait le choix d’écarter cette hypothèse « difficile à retenir » en favorisant d’autres options instaurant une sélection à l’université, tantôt sous le terme de « prescription pédagogique » tantôt en assumant l’utilisation du terme « sélectif ». Au-delà des termes utilisés et des débats sémantiques, la Ministre ne doit pas satisfaire le rêve d’une élite qui veut revenir sur la démocratisation des études.
Face à un rapport qui occulte l’impact d’une orientation subie sur la réussite des étudiant.e.s et qui oublie d’évoquer l’apport de la pluridisciplinarité pour permettre aux jeunes de s’orienter progressivement, nous rappelons qu’il appartient aux jeunes de choisir leur orientation. Pour ne pas avoir une mauvaise réforme face à de vrais problèmes, seul le fait de garantir le libre accès à l’université dans la formation de son choix est acceptable.

 

Les universités ne doivent pas pouvoir déroger à la loi pour faire des expérimentations

 

Plutôt que de réformer l’enseignement supérieur de manière cohérente nationalement pour garantir l’accès des jeunes indépendamment de leur milieu social d’origine et de leur ville d’étude, le rapport pose l’idée de développer les expérimentations en dehors du cadre légal et des droits garantis à l’ensemble des étudiant.e.s. Que ce soit le nombre d’heure de cours délivrées en licence, l’accès au rattrapage où la possibilité de choisir ses enseignements, un étudiante n’aurait pas les mêmes droits en fonction de sa ville d’origine et de son origine sociale.

 

Il est urgent d’améliorer les conditions de vie des étudiants

 

Beaucoup d’étudiant.e.s échouent parce qu’iels ne sont pas étudiant.e à plein temps et travaillent pour financer leurs études. Contrairement à ce qui a été annoncé, la fusion des APL et des bourses sur critères sociaux est loin de faire l’unanimité. Alors que l’APL est la seule aide universelle qui aide les étudiant.e.s à avoir accès à un logement autonome, il est hors de question que soient mis en place de nouveaux critères familiaristes aux aides au logement, ce qui irait à rebours de l’autonomie des étudiant.e.s. Une réforme du système d’aides sociales ne peut se faire à moyens constants en retirant des aides sociales à des étudiant.e.s au motif d’une fusion et d’une simplification. Aucun.e étudiant.e ne doit perdre de l’argent avec cette réforme !

 

La Ministre doit prendre ses responsabilités en écoutant les étudiant.e.s

 

Il est plus que temps que la Ministre de l’Enseignement Supérieur entende les étudiant.e.s et prenne des décisions en faveur de la démocratisation de l’enseignement supérieur en garantissant le libre accès, la réussite et ainsi la mise en place d’un véritable plan d’investissement à destination de l’enseignement supérieur. Si ces revendications ne sont pas entendues, les étudiant.e.s utiliseront tous les outils à leur disposition pour se faire entendre.