Madame la ministre vous sacrifiez toute une génération !

Lors de la conférence de presse tenue ce lundi 30 octobre par Monsieur Philippe, Madame Vidal et Monsieur Blanquer, ont été annoncées plusieurs mesures constituant le « Plan étudiants» qui remettent en cause le libre accès à l’enseignement supérieur de toute une génération.

L’accès aux études de son choix, plus que jamais un parcours du combattant

Au lieu de chercher à ouvrir le champ des possibles post-bac pour l’ensemble des jeunes, en mettant en place un véritable service public de l’orientation, le Gouvernement veut refermer les portes de l’Université tout au long du processus d’orientation. Le Gouvernement fait le pari du découragement des lycéen∙ne∙s ! Cette réforme nous propose un empilement de dispositifs : le/la lycéen.ne fait des vœux, le conseil de classe doit donner son avis, les universités ont la possibilité de trier les dossiers selon un ordre de préférence et enfin le/la lycéen.ne aura une réponse plus ou moins favorable. Si l’étudiant.e garde le dernier mot pour les filières qui ne sont pas en tension, le Ministère compte, sans l’assumer, imposer une filière aux lycéen.ne.s pour « gérer les flux ». Pourtant, cela est facteur de démotivation et renforcera les problèmes d’orientation. C’est finalement l’arbitraire, hier réservé à quelques-un.e.s par le tirage au sort, qui sera généralisé.

La création de nouvelles conditions pour avoir accès à la filière de son choix

Le constat est partagé, il est urgent de remédier au 60% d’échec en licence. Pourtant les mesures annoncées ce matin ne sont pas à la hauteur de cette ambition puisque l’on nous fait croire qu’il faudrait changer les étudiants plutôt que l’université.

En effet, la réforme de l’accès au premier cycle universitaire donnera la possibilité pour les universités de conditionner l’accès à une filière à une prescription pédagogique spécifique. Le futur APB aura une nouvelle réponse possible : « oui,si ». Cela pourra se traduire par une année de remise à niveau, un rallongement de cursus universitaire, l’inscription dans un parcours spécifique etc.

Au lieu de mettre en place des dispositifs pédagogiques pour tou∙te∙s les étudiant∙e∙s sur la base du volontariat, le gouvernement fait encore une fois le choix d’imposer des dispositifs particuliers et d’entériner un enseignement supérieur à multiple vitesse avec la mise en place de licence en 4 ans.

La mise en place de la sélection à l’entrée des filières en tension

Cette réforme remet en cause le principe de libre accès à l’université qui garantit à chaque jeune titulaire du baccalauréat de pouvoir continuer ses études. Lorsque les demandes sont supérieures au nombre de places, les universités auront la possibilité de répondre tout simplement « non » à un étudiant. Cette sélection ne concernera pas uniquement les quelques filières citées habituellement. Pour rappel, cette année ce sont 169 filières qui ont eu recours au tirage au sort faute de place. Face au manque de moyen et à la hausse des effectifs étudiants cette situation va s’accroître pour la rentrée 2018. A court terme, ce sont ainsi, la majorité des filières qui pourront être concernées.

Des moyens pédagogiques supplémentaires avec un budget insuffisant … De qui se moque-t-on ?

Le Gouvernement nous annonce un investissement de 1 milliard à destination de l’enseignement supérieur étalé sur cinq ans supposé répondre aux besoins des étudiant∙e∙s. Il convient de rappeler que ce chiffre comprend 450 millions d’euros déjà annoncés et budgétisés à travers le Grand Plan d’investissement et qui se fera sous forme d’appels à projets. Toutes les universités n’y auront ainsi pas accès. Il ne reste donc que 500 millions d’euros sur 5 ans pour accueillir près de 3 millions d’étudiant.e.s d’ici 2025, ce qui est largement insuffisant pour répondre aux besoins des établissements.

Face à plus de 15 établissements dans une situation budgétaire particulièrement difficile selon la Cour des Comptes, ce sont nos heures d’enseignements et nos droits étudiants qui seront sacrifiés pour faire des économies en dépit de notre réussite et de notre insertion professionnelle. Alors comment croire à une révolution pédagogique dans de telles conditions ? Au-delà des effets d’annonce, ce sont nos conditions de vie et d’étude qui sont directement menacées.

Un contrat de réussite conditionnant le droit aux bourses

Le Gouvernement a également annoncé sa volonté de contractualiser les relations entre les étudiant∙e∙s et les établissements universitaires. Plutôt que de s’interroger sur les causes d’échec dans l’Enseignement Supérieur, le Gouvernement fait peser la faute sur les étudiant∙e∙s. En cas d’échec, la seule personne condamnée sera le/la jeune qui risquera de perdre ses droits aux bourses une protection sociale essentielle pour les plus précaires. Ce sont donc encore une fois les jeunes qui sont pointé.e.s du doigt et stigmatisé.e .s par cette réforme.

L’UNEF appelle les étudiantes à se faire entendre contre la mise en place de la sélection à l’entrée de l’université qui remet en cause notre droit à l’avenir.

L’UNEF lance le site sélection-université.lol pour revenir sur les éléments de la réforme et propose de signer une pétition afin d’imposer au Gouvernement de prendre en compte nos revendications.

L’UNEF revendique :

  •    L’abandon de toute forme de sélection dans la réforme du premier cycle universitaire

  •    Le maintien du cadrage national des droits étudiants que constitue l’arrêté licence

  •    Un investissement de 2 milliard d’euros par an pendant 10 ans pour l’enseignement supérieur