Budget de l’enseignement supérieur : de qui se moque-t-on ?

Alors que le nombre de jeunes amené à rejoindre l’Enseignement supérieur est en augmentation et que nos établissements universitaires rencontrent d’importantes difficultés financières, le budget de l’Enseignement supérieur et sa répartition auprès des établissements présentée au CNESER du 14 décembre n’est ni à la hauteur des besoins, ni des ambitions affichées du Gouvernement.

Un budget insuffisant pour répondre au besoin des universités

L’augmentation de 182,65 millions d’euros de la subvention pour charge de service public des établissements est positive mais demeure largement insuffisante pour répondre aux besoins de l’Enseignement supérieur. En effet, ce budget ne prend en compte ni l’augmentation du nombre de jeunes amené à rejoindre  l’Enseignement supérieur ni les difficultés budgétaires déjà existantes au sein de nos établissements. Alors que la communauté universitaire estime les besoins de nos établissements à 2 milliards d’euros par an[1] et que la Cour des Comptes a notamment alerté sur la « situation budgétaire préoccupante »  de quinze universités, ce budget ne fait qu’acter le manque de financement de nos établissements et ouvre la porte à une nouvelle dégradation de nos conditions d’études.

Un budget qui révèle l’hypocrisie du gouvernement  

Loin des effets d’annonce, le budget de l’Enseignement supérieur ne permettra pas d’accueillir les jeunes dans de bonnes conditions. Pire, alors que le projet de loi « Orientation et réussite des étudiants » était débattu à l’Assemblée ces derniers jours, que le Ministère a défendu comme l’antidote à l’échec en premier cycle, ce budget nous montre, s’il fallait encore des preuves, l’envers du décor. Accompagnement pédagogique, remise à niveau, parcours individualisé, meilleur suivi des étudiant.e.s … Sans moyens suffisants, toutes ces bonnes intentions ne sont qu’un leurre. Les chiffres ne mentent pas, ce budget ne donne pas les moyens aux établissements universitaires de favoriser la réussite. En effet, une grande partie de l’augmentation du budget de l’Enseignement supérieur résulte de mesures déjà décidées dans les exercices précédents tels que les 1 000 postes créés en 2017 ou encore la prise en compte des étudiant∙e∙s boursier∙e∙s. Cette situation est d’autant plus problématique que sur les 500 millions d’euros annoncés par le Gouvernement afin de financer la réforme, seuls 15,4 millions d’euros sont budgétés dans le budget 2018. Ces crédits qui sont supposés s’ajouter aux 182,65 millions supplémentaires ne sont, en réalité toujours pas répartis et sont largement insuffisants pour résoudre le problème des capacités d’accueil. Ce sont donc concrètement l’ensemble des établissements universitaires qui avec ce budget se retrouvent à devoir appliquer une réforme ni prête, ni à faire, ni même financée !

Un budget qui annonce la généralisation de la sélection à l’entrée de l’université

Alors que le Plan Etudiants autorise désormais les universités à refuser les étudiant∙e∙s faute de place dans les filières en tension, ce budget va renforcer la mise en place de la sélection à l’entrée de l’Université. En effet, les moyens alloués ne permettent pas aux établissements d’augmenter suffisamment leurs capacités d’accueil afin d’accueillir l’augmentation des effectifs étudiants à la rentrée 2018. L’été dernier a été marqué par les milliers de bachelier∙e∙s sans inscription, pour autant, loin de retenir la leçon, ce budget annonce une augmentation du nombre de bachelier∙e∙s qui se retrouveront pour la rentrée 2018 sans inscription du fait de la mise en place de la sélection. 

Un budget qui a été rejeté au CNESER et par la communauté universitaire

Le budget a été majoritairement rejeté par la communauté universitaire au CNESER (32 voix contre, 28 abstention et seulement 7 pour). Ainsi aucune organisation étudiante n’a voté favorablement à ce budget. Cette situation témoigne d’une véritable rupture entre un discours annonçant une réforme et un budget supposé favoriser la réussite des étudiant∙e∙s et une réalité pragmatique : les galères rencontrées par les étudiant∙e∙s vont continuer à progresser à la rentrée prochaine.

Dans ce contexte, l’UNEF appelle les étudiant∙e∙s à se mobiliser et aux parlementaires de s’exprimer contre le projet de réforme du Gouvernement visant à mettre en place la sélection à l’entrée de l’Université.

[1] Recommandation exprimée par le CNESER par le vote d’une motion issue du travail de sa Commission d’Etudes Spécialisé en septembre 2017.