La non mixité, outil de lutte contre les discriminations

 

● 1. Qu’est-ce que la non-mixité militante ?

Un système oppressif est un système qui est totalisant (qui existe à tout niveau de la société et qui aura un impact sur toute notre vie). Nous sommes élevé.e.s dans ces systèmes oppressifs qui sont multiples et nous sommes habitué.e.s aux conséquences qu’ils peuvent avoir.
Ces systèmes créent des dominé.e.s : des personnes qui vont subir ce système d’oppression et n’en recevoir que des désavantages (moins de chances de trouver un travail, moins de visibilité, plus de violences subies…).

Par conséquent celles et ceux qui ne sont pas discriminé.e.s par ce système oppressif sont des dominant.e.s, qu’ils et elles le souhaitent ou non et qu’ils et elles en soient conscient.e.s ou non.

La non-mixité dans un cadre militant est l’organisation entre concerné.e.s, à un moment déterminé, pour lutter contre une discrimination donnée. Cela signifie que durant le temps de la non-mixité les personnes se retrouvent isolées d’une partie de leurs dominant.e.s qui ne vivent pas leurs oppressions.

Il est parfois possible d’être et dominé.e et dominant.e en même temps, c’est pour cela que plusieurs cadres de réunions non mixtes existent. De la même manière, certains cadres peuvent être des réunions non mixtes intersectionnelles.

La non-mixité peut prendre plusieurs formes dans une organisation :

  • –  une non-mixité temporaire : l’objectif est de ce donner des cadres temporaires de non mixité pour permettre aux personnes discriminées de s’exprimer, d’évoquer leurs oppression et par la suite de s’exprimer dans un cadre mixte en vue de permettre aux collectifs de changer ses comportements et de lutter efficacement contre les discriminations.

–  une non-mixité permanente : c’est le cas de certaines associations qui vont s’organiser en permanence entre concerné.e.s

 

● 2. Pourquoi la non-mixité c’est important ?

Contrairement à ce que certain.e.s détracteur.se.s de la non-mixité peuvent dire, la non-mixité n’est pas un but à atteindre, c’est un outil qui peut être utilisé pour lutter contre les discriminations et qu’il est important de ne pas mettre de côté lorsque l’on veut mener ces combats. L’objectif est simplement de s’aménager des espaces non-mixtes durant le temps militant et non pas de l’étendre à toute la société : on est pas anti-hommes, anti-blanc.he.s, anti-hétéro, anti-cis… parce qu’on s’organise à un moment sans elles et eux.

En effet, la non-mixité permet :

  • de libérer la parole des personnes concerné.e.s : il est plus simple de parler des violences que l’on a pu subir entre personnes qui les ont aussi subies, plutôt qu’avec des personnes qui nous ont potentiellement déjà faites subir.
  • de tirer des analyses communes : la parole des personnes discriminé.e.s est très souvent remise en question. Devoir en permanence ce justifier ou avoir l’impression que sont ressentie est isolé ne permet pas facilement aux discriminé-e-s de lutter contre les discriminations subies. Les espaces de non-mixité permettent donc de plus rapidement pouvoir dresser des constats et que ces derniers soient plus justes et par conséquents plus efficaces pour réussir à mener nos combats.
  • aux concerné.e.s de s’organiser et d’avoir des espaces qui leurs soient propres : les dominant.e.s sont présent.e.s dans toutes les instances décisionnelles, qu’elles soient politiques, économiques, administratives… les espaces de non-mixité permettent par conséquent d’avoir des espaces protégés qui leurs soient propres dans une société qui est généralement déjà non mixte socialement.
  • De créer de la solidarité entre personnes concerné.e.s. Ainsi, les réunions non-mixtes ne sont pas « interdites a des gens», mais organisées POUR les personnes victimes de discriminations

● 3. Pourquoi remettre en cause la non-mixité peut être dangereux ?

Certaines personnes qui vivent des discriminations peuvent refuser de s’organiser dans des cadres non mixtes. Pour autant cela ne veut pas dire que cela donne le droit dans l’absolu de remettre en cause l’outil de la non-mixité qui est considéré par certain.e.s comme nécessaire.

Remettre en cause la non-mixité, c’est décrédibiliser la parole des concerné.e.s qui ne pourraient pas s’organiser entre eux.elles, et par conséquent décrédibiliser l’ensemble des combats qui pourraient être menés contre les discriminations en cadre non-mixte.

● 4. Pourquoi la non-mixité racisé.e n’est pas “conforter l’idée que les races existent” ?

Le racisme est un système de domination politique, qui nécessite de reconnaître l’existence de groupes sociaux, dominant.e.s/dominé.e.s : les personnes racisées ( = celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont assimilé.e.s à à un groupe social inférieur par le système raciste), et les personnes non- racisé.e.s ( = celles et ceux qui, consciemment ou non, bénéficient socialement et culturellement du statut de dominant.e.s).

Ainsi, si les races – au sens biologique du terme – n’existent pas, le système raciste s’appuie sur la racisation d’individu.e.s. Lutter contre le racisme sans reconnaître ni nommer ce processus serait vain.

De par notre culture politique spécifique, la non-mixité pour les personnes racisé.e.s produit des réactions particulièrement vives en France, y compris au sein de la gauche : notre réflexion politique se structure autour du principe d’universalisme républicain. Un principe qui traduit une affirmation forte de l’égalité : tou.te.s les individu.e.s, quelle que soit leur origine, disposent des mêmes droits et portent une aspiration commune à l’émancipation.

Pourtant, ce même universalisme républicain a été détourné au service des différents systèmes de domination. Au XIXème siècle, la colonisation est théorisée comme un moyen de diffusion de l’universalisme républicain et d’émancipation des peuples colonisés. Encore aujourd’hui, l’universalisme républicain est manipulé pour invisibiliser des discriminations sexistes et racistes.

Il est donc nécessaire d’articuler une affirmation de l’universalisme républicain comme projet politique et un soutien à la lutte des groupes sociaux dominés comme un moyen pour y parvenir. Une articulation qui se fait depuis longtemps dans le mouvement ouvrier (revendication d’une République sociale pour que la République soit véritablement égalitaire) et qui doit pouvoir se faire dans le mouvement antiraciste.