Quel statut social pour les jeunes ?

Introduction :

L’objectif de cette formation est de revenir sur les difficultés sociales rencontrées par les jeunes et les solutions à envisager pour changer les choses en profondeur.

 

La reproduction sociale dans l’enseignement supérieur est particulièrement forte : selon la situation sociale de chacun e, l’origine de la famille, ou le capital culturel, on n’accède et ne réussit pas de la même manière à l’université. Cette situation est d’autant plus problématique que la mise en place de la sélection va aggraver ce phénomène. 

En France, seul 12,3% des étudiant e s inscrit e s en Licence sont fils et filles d’ouvriers contre 4,7% en doctorat (Source : Repères et références statistiques 2011). Les étudiant-e-s salarié-e-s ont un taux d’échec de 40% supérieur à ceux qui n’ont pas besoin de travailler pour financer leurs études.

Notre objectif est de rompre cette situation en permettant à chaque jeune qui le souhaite de pouvoir accéder à l’enseignement supérieur, à la filière de son choix et surtout de pouvoir y réussir.

1- Jeunes en formation : une situation d’urgence sociale.

Pour comprendre les galères que rencontrent les jeunes, il faut avoir en tête le caractère stigmatisant des politiques de jeunesse. La précarité sociale rencontré par les jeunes est présenté comme normal. Il en va de même de l’ensemble des difficultés scolaires ou quotidienne auxquels nous pouvons être confrontés. En témoigne la volonté du gouvernement d’instaurer un service militaire présenté comme un rite de passage nécessaire pour entrer dans la vie adulte.

1.1 Un nouvel âge de la vie

La jeunesse est en réalité un nouvel âge de la vie qui nécessite une protection social particulière. En effet, la hausse du besoin de formation et d’émancipation collective à participer à la création d’un nouvel âge de la vie.

  • Après la guerre : Seul 200 000 jeunes étaient étudiant-e-s (essentiellement fils et filles de personne d’origine social favorisé). Pour la grande majorité, on passait directement de l’enfance à l’état de salarié-e.
  • Aujourd’hui : Nous sommes plus de 2,4 millions d’étudiant-e-s auxquel s’ajoute un allongement de la durée des études. On ne passe plus directement de l’enfance à l’état de salarié e. On passe par une nouvelle étape, la jeunesse, qui nous permet de nous former et de nous émanciper de la situation de nos parents.

Ce qu’on appelle la jeunesse : n’est pas tant caractériser par l’âge mais par la période entre la fin de la scolarité obligatoire et l’entrée dans la « vie d’adulte »  (le 1er emploi stable). A titre de comparaison après la seconde guerre mondial, un nouvel âge de la vie a été crée, « le 3e âge », qui a amené à la mise en place d’une protection social (les retraites).

Le « 4ème âge », la jeunesse, se développe sans être reconnue et surtout protégée. Pourtant la la jeunesse est une période transitoire déterminante pour l’avenir de chacun-e :

  • Il a un impact particulièrement important sur la carrière professionnelle, son évolution (salaire, statut)
  • Le diplôme demeure la meilleur protection contre le chômage et la précarité social
  • La formation des jeunes participent à l’émancipation collective de la société et à la lutte contre le rejet de l’autre

1.2 Entre dépendance et précarité : une situation d’insécurité sociale

Avant l’accès à un emploi stable, toute perspective d’avenir reste incertaine. Faire des études ou non, accéder à son autonomie, s’émanciper de sa situation d’origine et de sa situation familiale est quasi impossible.

Pour pouvoir financer leurs études les jeunes bénéficient de trois types de ressources.

  • –  Les aides sociales : elles ne touchent en réalité qu’un-e étudiant-e sur trois et ne permettant pas de répondre suffisamment aux besoins des jeunes
  • –  Les aides familiales : elles sont de fait marqué par une inégalité social particulièrement importante entre ceux qui seraient issus de familles aisées et celles et ceux qui seraient d’origine plus modeste. A cela s’ajoute une situation de dépendance ne permettant pas aux jeunes de ce défaire des choix de l’influence de leur milieu familiale.
  • –  Le salaire des petits boulots : 68% des étudiant e s se salarient pour financer leurs études. 50% le font durant l’année universitaire. Le salariat étudiant est le premier facteur d’échec à l’université. Le temps consacré au travail est du temps qui ne sera pas consacré aux études. Il est vecteur de stress et de fatigue, donc de mauvaises conditions d’études.

ATTENTION au débat d’un « bon salariat » et d’un « mauvais salariat » :

  • –  Seulement 16% des étudiant e s ont un salariat en rapport avec leur formation, pour tous les autres le job n’est pas une expérience professionnelle supplémentaire, mais un job alimentaire.
  • –  Certains avancent que travailler moins de 10h par semaine n’a pas d’impact sur les études. 70% des étudiant e s qui font le choix de se salarier, travaille plus de 10 heures par semaines (source : enquête Vie étudiante, OVE 2010). Deux arguments sont à avancer : le temps de la formation doit être consacré à étudier et non à se salarier => reconnaitre la jeunesse comme

1.3 Un besoin commun, la formation. Une aspiration commune, l’autonomie

Si la jeunesse est hétérogène et constituée de situations diverses. Pourtant elle est liée par un besoin commun et une aspiration commune. Elle aspire à :

– Bénéficier d’une formation de qualité : a être formé pour s’insérer sur le marché du travail, à pouvoir réaliser l’activité professionnel de son choix

– L’autonomie : les jeunes aspirent à être pris en compte pour leur situation personnelle, à pouvoir faire leur propre choix et de ne plus être renvoyer systématiquement à la situation de leur parent.

2. Un système d’aide à bout de souffle

Hérité de l’après-guerre, quand il y avait 200 000 étudiant e s, essentiellement d’origine social favorisé, le système d’aide social des jeunes ne s’est jamais adapté à l’augmentation du nombre de jeune.

2.1 Un système insuffisant :

Les aides accordées aux étudiant e s sont trop peu élevées, elles ne permettent pas de subvenir aux besoins (40% des étudiant e s boursier e s sont obligés de se salarier)

2.2 Un système illisible et inadapté :

Plus de 150 aides différentes existent (aides au logement, bourses, aides d’urgence), parfois contradictoires et le plus souvent méconnues des étudiant e s.

2.3 Un système profondément injuste :

L’Etat consacre quasiment autant d’argent en exonérations fiscales aux familles les plus riches ayant un étudiant à charge qu’en aides directes aux étudiant-e-s qui rencontrent des difficultés financière (à travers la demi part fiscale notamment).

Combien est versé en aides directes aux étudiant e s issus des familles les plus pauvres : 2 milliards d’euros / an

Combien d’argent perd l’Etat en exonérations fiscales aux familles les plus riches : Près de 2 milliards d’euros / an

 

3- Changeons le système de sécurité social pour protéger efficacement les jeunes

3-1 Apporté une aide financière aux jeunes : l’allocation d’autonomie

L’indépendance financière, si elle ne suffit pas à l’accès à l’autonomie, y contribue largement. La mise en place d’une allocation d’autonomie répond à cette objectif et est le volet indispensable du statut social.

Elle se caractérise par le fait de toucher tous les jeunes en formation, en prenant en compte exclusivement leur situation personnel et non plus celles de leur parent, d’un montant suffisant pour qu’aucun-e jeune ne soit obligé de se salarier pour financer ses études et qui est attribué automatiquement à l’ensemble des jeunes étudiant-e-s afin de lutter contre la méconnaissance de nos droits.

Une enquête de l’OVE fixe à 900 € – 1000 € (Paris) les besoins pour un-e étudiant e autonome.

Comparatif international :
Il existe trois grandes tendances en Europe, en matière de protection sociale des jeunes : Poser la question : quels sont-t-ils ?

  • –  Système scandinave
  • –  Système anglo-saxon
  • –  Système des autres pays (France, Espagne, Italie) => système basé sur la famille

3-2 Garantir l’accès à un logement autonome

Lorsqu’on veut construire sa vie, le logement est souvent la 1ère étape

Aujourd’hui 93% des étudiant-e-s qui vivent chez leurs parents le font par obligation (pas de moyens suffisants ou de logements disponibles). Pour rendre accessible le logement aux jeunes, nous revendiquons :

  • La construction de logements universitaires
  •  La mise en place de cautionnement solidaire pour permettre à chaque jeune de pouvoir accéder à un logement indépendamment de la situation financière de sa famille
  •  L’encadrement des loyers dans toutes les villes universitaires pour permettre de mieux réguler le prix des loyers
  • L’augmentation des aides au logement et exonération de la taxe d’habitation

3-3 Les conditions de recherche du premier emploi

Protéger socialement les jeunes nécessitent également de les protéger de l’entrée dans l’enseignement supérieur à l’obtention du première emploi stable.

  • –  Un an après 49% des jeunes estiment que leur emploi n’est pas en adéquation avec leur formation et 50% s’estiment être en « emploi d’attente ».
  • –  41% vivent leur période d’insertion professionnel grâce au soutien familial
  • –  21% grâce aux allocations chômages (jeunes ayant travaillé avant par contrat précaires,concerne peu ceux qui ont fait des études)
  • 13% grâce au RSA

L’allocation d’autonomie doit donc couvrir la période d’insertion, afin que chaque jeune diplômé soit protégé socialement le temps de chercher et trouver un emploi qui corresponde à sa qualification.

3-4 Financement des services publics de vie étudiante notamment les CROUS

Parce que la vie d’étudiant e ne s’arrête pas aux portes de la fac, l’UNEF porte d’autres revendications : La prise en compte du caractère étudiant dans l’accès aux transports, à la culture ou encore à la santé en permettant notamment au CROUS d’offrir des aides spécifiques à destination des jeunes.

4. Comment financer ce dispositif ?

1-C’est d’abord une question de choix politique, oui ça coûte cher, mais si tout le monde s’accorde à dire qu’aujourd’hui il faut investir dans l’enseignement supérieur et la recherche, il faut aussi avoir un volet social de cet investissement, sous peine de continuer à accentuer les inégalités sociales.

2- Comme la santé, l’éducation est un bien public qui doit être financé par la solidarité collective : on ne met pas d’argent dans une tirelire au cas où on serait malade, il y a la sécu. De la même manière ce n’est pas à chaque individu d’investir ou d’emprunter pour ses études, mais bien à la collectivité de couvrir les besoins de formations.

3-On a déjà 7 milliards d’aide aux étudiant e s (mixte : bourses financées par l’impôt, allocation logement, CAF, par cotisation)

Il manque 8 milliards mais il y quelques chiffres révélateurs qui nous montrent que cet argent existe :

 

  • 80 milliards d’euros : c’est le montant estimé de la fraude fiscale est estimée en France
  • 200 milliards d’euros : c’est le montant des aides publiques versées aux entreprises chaque année
  • 15- 20 milliards d’euros : c’est le montant estimée de l’investissement initiale nécessaire à la mise en place du service militaire proposé par le gouvernement.

L’argent existe, il faut savoir à quoi on l’emploie.