Lutter contre le Racisme

Introduction :

La perception ou même la caractérisation du racisme au cours des années a beaucoup évolué. Dans le sens où l’on est passé passé d’un racisme, visible de tous, accepté, parfois même institutionnalisé à un racisme plus subtile, avoué à demi-mot, justifié par contexte politiques, socio-économique ou encore culturels (chocs des civilisations, débat identitaires, culture française/gauloise).

Système ségrégationniste de la colonie Algérienne :

Déjà en 1881, la IIIème République instituait un statut de « l’indigénat » créant un droit à deux vitesses. Furent légalisés à l’intention des « indigènes musulmans non naturalisés », le séquestre, les commissions disciplinaires, puis les tribunaux répressifs (qui ignoraient la séparation du judiciaire et du policier) et le principe de la responsabilité collective. Dans le même temps une politique assimilationniste visant à effacer les spécificités de la société algérienne fut mise en place. Nombre de mosquées et de zaouïas (édifice religieux musulman) furent rasées ou transformées en églises, l’enseignement de la langue arabe limité notamment durant les premières années de la IIIe République.

A. Système de domination :

1. Qu’est-ce que le racisme?

Argumentaire :
Le racisme renvoi à un système de domination qui s’appuie sur l’opposition de plusieurs groupes sociaux lié par l’existence supposé de « race ». Cela se traduit par l’idée qu’il existerait une norme (blanc-he occidental-e) et des groupes sociaux raciaux inférieurs auxquels sont attachés un ensemble de préjugés

Cela signifie :

  • Les groupes racisé-e-s sont victimes d’un système de domination qui se traduit à tous les niveaux de la société : marché de l’emploi, contrôle de police, stéréotype etc. A ce titre la racisation blanche n’existe pas mais nous reviendrons plus tard sur l’absence de racisme anti-blanc. Nous parlons de racisé parce que bien que l’existence de race a pu être a de nombreuse reprise contesté (scientifiquement, sociologiquement, etc.), la société de manière inconsciente et consciente renvoie toutes les personnes perçu comme non blanche au fait d’être membre d’une race sociale. Voir ci dessous.
  • Mise en place d’un système raciste essentialiste (les blanc-he-s seraient plus intelligen-e-s)
    • –  L’essentialisme désigne en sociologie l’idée selon laquelle des individus diffèrent (même de façon autre que physique) par essence. C’est-à-dire selon laquelle par essence dans le cas présent leur appartenance à une race sociale aurait une influence sur leur physiologie, ainsi que sur leurs aptitudes, leurs comportements ou encore leurs goûts personnels
    • –  Le racisme est subjectif, il ne se fonde sur aucun élément objectif et à ce titre a évolué avec les époques. On est passé d’un racisme « biologique » fondée sur l’idée qu’il existerait des différences biologiques fondants ces discriminations (vision évidemment contesté aujourd’hui par la science) à un racisme culturel fondé sur l’idée que certaine personne en raison de leur culture et de la pratique serait par essence inférieur.

2. Les évolutions du combat contre le racisme

La lutte contre le racisme a connu en France un certain nombre d’évolutions : historiquement, le courant majoritaire de lutte contre le racisme analysait le racisme sous un prisme très morale qui disait globalement que le racisme c’était pas bien et que c’était d’extrême-droite. L’objectif aujourd’hui est de sortir de cette analyse largement incomplète en reconnaissant que nous vivons dans un système raciste, par conséquent que de la même manière que le système patriarcal nous rend sexiste, nous sommes tou-te-s éduqué-e-s pour être racistes. On voit tous les jours des choses qui sont racistes, sans forcément s’en rendre compte. Pour illustrer cette situation plusieurs exemple :

  • la perception de « l’intelligence » (capacités, aptitudes intellectuelles) est inconsciemment assimilé à des personnes « blanches ». Par illustration, on va parler d’un-e footballeur-euse racisé-e-s en décrivant avant tous ses habtitudes physiques (ils court vite, il est physique, etc.) quand on va avoir tendance a parler d’un footballeur-euse « blanche » comme intelligent-e dans son jeux, dans ses déplacements.
  • Le manque de représentation de personnes racisé-e-s poussent notre imaginaire collectif à voir l’ensemble des personnes ayant participé à l’histoire à des personnes blanches. Ainsi Alexandre Dumas est souvent imaginé comme blanc.
  • Il existe une sous représentation des personnes racisé-e-s aux cinéma et à la télévision. Le taux de représentation des personnes issus de la diversité à la télé est selon une étude de 13%. De la même manière, il existe une  sur-représentation des personnes perçues comme blanches dans le rôle de héros/ héroïne en témoigne le cinéma qui voit du fait de bataille culturel émarger pour la première fois des personnes racisé-e-s dans le rôle de héros de blockbuster.
  • Sous représentation des personnes racisé-e-s dans les postes à responsabilités : chef d’entreprises, élus, dans les grandes écoles, etc

3. Racisme institutionnel

Les institutions vont avoir une réaction différente selon si vous êtes racisé-e-s ou non. Cela se traduit à tous les niveaux :

  • Même dans le système juridique actuel qui garantit l’égalité entre tous les citoyens devant la loi, on se rend compte d’inégalités de traitement dans l’application des peines et dans le traitement des affaires. Exemple de l’affaire Adama Traoré 19/07/16: contrôle d’identité qui se solde par la mort d’un homme, plusieurs zones d’ombre pendant l’instruction de l’affaire (des rapports d’autopsie qui diffèrent, des dépositions des gendarmes corrigés plusieurs fois et démentis par les pompiers, etc), silence de la part du gouvernement lorsque celui-ci est interpelé.
  • En 2009 le CNRS a sorti une étude : les personnes perçues comme « noires » ont 6 fois plus de chance d’être contrôlé qu’un individu perçu comme blanc. Pareil pour les individus perçus comme « arabes » qui ont eux 8 fois plus de chance de se faire contrôler.Cela signifie que là où une personne non- racisée aura pas ou peu de difficultés à aller voir les institutions quelles quelles soient, les personnes racisé-e-s auront un lien plus distant : aller voir la police peut signifier devoir subir un contrôle, aller porter plainte peut être plus difficile…

C’est donc un système tout entier à remettre en cause et contre lequel il faut lutter.

B. Pourquoi parle t-on de racisation et de racisé-e

1. Définition

La racisation renvoie au processus psychologique, social, historique, politique par lequel la société désigne un groupe comme appartenant à une catégorie raciale perçue comme inférieure. Cette catégorie n’a pas de réalité objective (il n’existe pas de race biologique, ni de race culturelle). Pour autant, elle a une réalité dans l’ordre social. Ainsi, la société sur des critères subjectifs (dénué de réalité objective) perçoit des individus comme appartenant à un groupe racial. Par réaction à cette perception les individus qui sont perçu comme appartenant à ces groupes ce sentent racisé-e-s.

En France, la société est marquée par une vision philosophique, l’universalisme républicain. Cet idéal républicain, postule le fait qu’un individu doit être pris en compte indépendant de son origine social, de sa « race » ou encore de son sexe. Ce principe qui est un objectif essentiel est parfois utiliser afin d’invisibiliser les discriminations liée au racisme.

Il y a une nécessité à reconnaître que si le terme de « race » ne renvoi à aucune réalité objective, ce terme à une réel influence dans l’ordre social. Il est donc nécessaire de pouvoir prendre en compte les spécificités lié à chaque forme de racisme afin de lutter efficacement contre le racisme qui existe dans la société.

Le terme racisé a pour intérêt qu’il permet de rompre avec la vision du racisme sous le prisme unique d’actes hostiles envers les personnes racisé-e, en consacrant le rôle de la société dans la création de ces groupes sociaux. C’est la société qui crée de manière subjective la notion de « race ». Les racisé- e-s sont donc des personnes qui sont assimilés à un groupe racial en raison de critère subjectif posé par la société.

Ce terme permet ainsi de montrer que si les discriminations raciales rencontrent des déclinaisons spécifiques en fonction des différents types de racisation, les personnes racisé-e-s sont victimes d’une même discrimination. Une discrimination qui se fonde sur l’existence supposé de race qui les renvoie au fait d’appartenir à un groupe social perçu comme inférieur. Ainsi de la même manière qu’une femme bourgeoise et une femme ouvrière rencontrent toutes les deux des déclinaisons spécifiques d’une discrimination lié à leur genre, elles souffrent d’une même discrimination, le sexisme.

Cela se traduit de manière concrète par des actes racistes récurrents dans la société.

  • En 2015 il y a eu plus de 2000 actes racistes et antisémites recensés.
  • EN 2007 78,9 % des employeur-se-s préféraient un-e candidat-e blanc-he à un-e candidat-e racisé- e.

Par ailleurs, la parole raciste se libère et les déclaration racistes sont fréquentes, que ce soit contre des politiques ou des individus : Une élue d’Indre-Et-Loire a dit de Christiane Taubira en 2015 qu’elle était comme un singe voulant une banane, mais aussi des déclarations politiques comme Manuel Valls qui dit en 2013 que “Les Roms n’ont pas vocation à rester en France”, un maire UDI qui a dit la même année en parlant des gens du voyage qu’”Hitler n’en avait peut être pas tué assez”… Les exemples sont légions de déclarations, mais aussi de choix politiques racistes.

L’été 2016 a été le moment d’un grand débat national sur le Burkini pour savoir si des femmes avaient le droit ou non de porter des vêtements religieux sur la plage, alors même qu’il n’a jamais été empêché aux bonnes soeurs d’aller se mouiller les pieds en gardant leur tunique et leur voile. Des femmes se sont retrouvées arrêtés sur la plage alors qu’elles ne faisaient rien d’autre que porter ce vêtement. La France a été condamnée par l’ONU pour ce débat, ce qui ne l’a pas empêché de continuer. Pour montrer le caractère incongrue de la situation, il suffit de ce rappeler que des reportages télévisés sur des nones à la plage ont pu être réalisé sans qu’à un seul moment la question de leur vêtement ait pu être poser.

2. Pourquoi le « racisme anti-blanc » n’est pas assimilable as du racisme

La racisation comme on a pu l’évoquer est un système de domination qui se traduit par le fait qu’une personne victime de discrimination est subjectivement perçue comme appartenant à une race perçu comme inférieur. Cette perception à pour effet que les personnes racisé-e-s ce sentent appartenir ou du moins être perçu comme appartenant à une racisation. Au delà de la simple perception, le phénomène de racisation ce traduit par la mise en place d’une stigmatisation à tous les niveaux de la vie (emploi, étude, vie quotidienne, institution, etc.). Aucune personne racisé-e ne peux échapper aux phénomène de racisme.

A l’inverse, les personnes perçues comme « blanche » ne sont pas tant perçu par la société comme étant racisé-e blanc que comme étant la norme. Si une personne perçu comme « blanche » peu être victime de violence, elle n’est pas victime d’un système de domination à l’échelle de la société qui la stigmatise à chaque instant. Ainsi les personnes perçu comme « blanche » profiteront même involontairement d’un système qui leur est plus favorable (exemple : ne pas se faire contrôler dans les transports parce qu’il y a des racisé-e-s dans la même rame de métro, à niveau de qualification égale avoir plus de chance d’obtenir un poste qu’une personne racisée, etc. ).

Quelques illustrations de ce phénomène :

  • Le cas des produits de beauté est une parfaite illustration du racisme : Lorsque ces produits sont à destinations de personne « blanche », ils ne font l’objet d’aucune annotation particulière. Par contre lorsqu’ils sont à destination de personne racisé-e-s ont voit souvent apparaitre des annotations particulières indiquant que ce produit n’est pas fait pour la norme mais pour les personnes racisé-e-s (produit spécial peau noire etc.)
  • Le cas de la représentation télévisuel : On peut observer que majoritairement comme cela à pu être évoqué un peu plus tôt les personnes perçu comme « blanches » apparaissent comme étant la norme en matière télévisuel (87% de la représentation télévisuel selon le CSA). On peut observer que les personnes racisé-e-s n’apparaissent que pour illustrer des problématiques spécifiques (par exemple : dans les pub de sensibilisation sur le VIH, on peu observer une sur représentation des personnes racisé-e-s) ou pour reproduire des stéréotypes (par exemple : personnes racisé-e-s dans des postes de voleur, ou encore de meurtrier).
  • Le cas de la photographie : Par défaut les appareils photo sont paramétrés pour prendre de manière optimale des « peaux blanches » qui sont la norme. Il faut modifier les paramètres de son appareil photo pour réaliser des photos dans les mêmes conditions de personne racisé-e (le teint de peau à en effet un impact sur la photo).

C. Ce mobiliser pour changer les choses

L’UNEF est un syndicat de transformation sociale : c’est à dire que nous ne nous contentons pas de simplement dénoncer un système, mais de nous battre pour le détruire. L’UNEF fait donc de la lutte contre le racisme une priorité, nous avons donc été au cœur des luttes contre le racisme sur de nombreux sujets et par de nombreux biais : en nous battant en externe, en menant la bataille culturelle et en s’assurant en interne de comportement irréprochable.

Avoir une organisation qui est progressiste non seulement dans ses paroles mais aussi dans ses actes est un enjeux fondamentales.